Spécialiste du vieillissement et pionnière dans l’application clinique de l’épigénétique, la chercheuse Chiara Herzog s’impose comme une figure majeure des sciences médicales contemporaines. Depuis le 1er mai 2026, elle mène des travaux à la fois au King’s College de Londres et à l’université de Cambridge, deux établissements britanniques de renom. Son objectif ? Mieux comprendre les mécanismes du vieillissement pour en ralentir les effets, mais surtout améliorer la qualité de vie des patients, en particulier des femmes. Une démarche saluée par le grand média allemand Die Zeit, qui consacre cette semaine une série estivale à sept intellectuels et scientifiques « parmi les plus prometteurs » de leur génération, comme le rapporte Courrier International.

Ce qu'il faut retenir

  • Chiara Herzog, bio-informaticienne au King’s College de Londres et à l’université de Cambridge, dirige un groupe de recherche sur les processus de vieillissement depuis mai 2026.
  • Son travail se concentre sur l’épigénétique, l’étude des variations dans l’expression des gènes, permettant de prédire des risques de maladies ou des antécédents médicaux.
  • Elle a développé un test de dépistage du cancer de l’endomètre, moins invasif que les méthodes traditionnelles, en collaboration avec l’université d’Innsbruck (Autriche).
  • Ses recherches soulignent les lacunes dans les études cliniques, souvent centrées sur les hommes, et mettent en lumière les spécificités du vieillissement féminin.
  • Son approche vise à augmenter l’espérance de vie en bonne santé plutôt que la longévité brute, un enjeu majeur pour les politiques de santé publique.

L’épigénétique, cette science encore méconnue du grand public, repose sur l’idée que notre environnement et nos modes de vie influencent l’expression de nos gènes. Pour Chiara Herzog, ces « motifs épigénétiques » – des marques chimiques qui se superposent à notre ADN – constituent une véritable mine d’informations. « En les déchiffrant, on peut déterminer si une personne a fumé dans le passé ou prédire son risque de contracter certaines maladies », explique-t-elle dans une interview relayée par Courrier International. Une avancée qui ouvre des perspectives inédites en médecine préventive, notamment pour les cancers féminins.

Un test révolutionnaire pour dépister le cancer de l’endomètre

Parmi les applications concrètes de ses recherches, Chiara Herzog a joué un rôle clé dans le développement d’un test de dépistage du cancer de l’endomètre, la muqueuse interne de l’utérus. Jusqu’à présent, les médecins ne disposaient que de l’échographie pour détecter d’éventuelles anomalies, suivie, dans la majorité des cas, de biopsies douloureuses et invasives. Le nouveau protocole, mis au point avec une équipe de l’université d’Innsbruck, repose sur des frottis bien moins traumatisants pour les patientes. « Ce test pourrait remplacer les méthodes actuelles dans la grande majorité des cas », souligne la chercheuse. Une innovation qui, si elle est validée à grande échelle, pourrait réduire significativement les souffrances des femmes concernées et les coûts pour les systèmes de santé.

Ce projet s’inscrit dans une volonté plus large de repenser la médecine au prisme des spécificités féminines. « Nos connaissances sur le vieillissement des femmes sont lacunaires », rappelle Chiara Herzog. Les études cliniques se sont trop souvent concentrées sur les hommes, négligeant les différences biologiques liées aux hormones, au système immunitaire ou aux effets de la ménopause. Une omission que la bio-informaticienne s’attache à corriger, en plaçant les femmes au cœur de ses recherches.

L’épigénétique, un outil pour lutter contre l’écoanxiété et les défis du XXIe siècle

La sélection de Chiara Herzog parmi les « penseurs de demain » par Die Zeit s’inscrit dans un contexte plus large de crise des certitudes. Face aux bouleversements climatiques et géopolitiques, la science devient un rempart contre le désarroi collectif. La série estivale du média allemand met en lumière sept personnalités dont les travaux éclairent les défis contemporains : intelligence artificielle, droit, architecture, gériatrie ou encore climat. Pour autant, Chiara Herzog se distingue par son approche à la fois rigoureuse et accessible, évitant les écueils des promesses mirifiques en matière de longévité. « On ne parle pas d’immortalité, mais de mieux vivre plus longtemps », précise-t-elle.

Son parcours illustre une tendance forte dans la recherche médicale actuelle : l’abandon des approches unisexes au profit d’une médecine personnalisée. Les données épigénétiques permettent déjà d’adapter les traitements en fonction des profils génétiques, mais aussi des antécédents environnementaux. « Le motif épigénétique est un langage que notre corps utilise pour nous parler de notre passé, de notre présent et même de notre futur », résume la chercheuse. Une métaphore qui résume l’ambition de ses travaux : transformer la science en un outil au service de la santé de tous.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pour Chiara Herzog et son équipe consistent à valider à plus grande échelle le test de dépistage du cancer de l’endomètre, avant d’envisager une diffusion internationale. Par ailleurs, ses recherches sur l’impact des hormones et du système immunitaire féminin pourraient inspirer de nouvelles lignes directrices pour les essais cliniques. Enfin, ses travaux sur l’épigénétique pourraient trouver des applications dans la lutte contre d’autres pathologies, comme les maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives. Reste à voir si les financements suivront, dans un contexte où la recherche médicale reste inégalement répartie entre les sexes.

L’histoire de la médecine est jalonnée de découvertes qui ont bouleversé notre rapport à la santé. Avec Chiara Herzog, c’est une nouvelle page qui s’écrit, où la science ne se contente plus de soigner, mais apprend à anticiper. Une révolution discrète, mais aux conséquences potentielles immenses pour des millions de femmes à travers le monde.

L’épigénétique étudie les variations de l’expression des gènes, influencées par l’environnement et le mode de vie, sans modifier la séquence ADN elle-même. Contrairement à la génétique classique, qui se concentre sur les mutations héréditaires, l’épigénétique permet de comprendre comment nos expériences (tabagisme, stress, alimentation, etc.) modulent notre santé à long terme.

Historiquement, les essais cliniques ont privilégié les hommes pour éviter les variations hormonales liées au cycle menstruel, considérées comme un facteur de complexité. Cette approche a conduit à des traitements moins adaptés aux femmes, dont les effets secondaires et les réponses aux médicaments diffèrent souvent de ceux des hommes.