Une tendance se dessine chez les adolescents et jeunes adultes : celle d’un retrait progressif de l’autoportrait public sur les réseaux sociaux. Selon nos confrères de Libération, la publication de selfies s’effacerait au profit d’un partage plus restreint, voire intime, des photos de soi.

Ce qu'il faut retenir

  • La publication de selfies en ligne recule chez les 15-25 ans, remplacée par des échanges privés
  • Deux motivations principales expliquent ce phénomène : la crainte du harcèlement et une lassitude généralisée
  • Les plateformes comme Instagram et Snapchat restent dominantes, mais leur usage évolue
  • Les jeunes privilégient désormais des cercles plus restreints, voire des conversations privées
  • Cette tendance reflète une remise en question plus large de la visibilité en ligne

Un phénomène observable chez les moins de 25 ans

Les données recueillies par Libération montrent que les jeunes générations modifient leur rapport à l’image de soi. Autrefois symbole de visibilité et de reconnaissance sociale, le selfie perd de sa centralité. Entre 2023 et 2026, les études d’usage des réseaux sociaux révèlent une baisse notable de la publication de photos personnelles en ligne, notamment sur les comptes publics. Les jeunes préfèrent désormais partager leurs clichés via des messageries privées ou des stories éphémères, accessibles uniquement à un cercle choisi.

Cette évolution s’inscrit dans un contexte où la pression sociale et les risques liés à la surexposition numérique pèsent de plus en plus lourd. Selon une enquête interne citée par Libération, près de 60 % des 18-24 ans déclarent avoir réduit leur activité de publication de selfies ces trois dernières années.

Crainte du harcèlement et lassitude : les deux piliers de ce retrait

Les motivations de ce changement de comportement sont doubles. D’une part, la crainte du harcèlement en ligne joue un rôle clé. Les jeunes générations, ayant grandi avec les réseaux sociaux, sont bien conscientes des dérives possibles : moqueries, critiques, voire cyberharcèlement. « On ne veut plus être jugé sur son apparence ou ses choix », explique une étudiante de 20 ans interrogée par Libération. « Publier un selfie, c’est s’exposer à des commentaires blessants, et ça, on en a marre. »

D’autre part, une lassitude générale s’installe face à la surconsommation d’images de soi. Après des années de publications quotidiennes, certains jeunes estiment que l’autoportrait en ligne a perdu de son sens. « À force de se prendre en photo tous les jours, ça devient vide », confie un lycéen de 17 ans. « On a l’impression de ne plus exister que par nos likes. »

Des plateformes en mutation, mais toujours dominantes

Malgré ce recul, les réseaux sociaux traditionnels comme Instagram ou Snapchat restent des outils incontournables pour les jeunes. Cependant, leur usage se transforme. Les fonctionnalités éphémères, comme les stories ou les messages privés, gagnent en popularité. Selon Libération, 70 % des moins de 25 ans utilisent désormais ces options pour partager des moments de leur vie, sans pour autant les rendre publics. Les algorithmes, autrefois conçus pour maximiser l’engagement, doivent désormais composer avec cette nouvelle donne : l’intimité prime sur la visibilité.

Certains influenceurs, autrefois stars des selfies, adaptent également leur stratégie. Une partie d’entre eux mise désormais sur des contenus plus authentiques, moins centrés sur l’image de soi. « Les jeunes recherchent de la sincérité », souligne un créateur de contenu de 23 ans. « Un selfie parfait, c’est fini. Maintenant, on veut voir la réalité, même imparfaite. »

Et maintenant ?

Cette tendance pourrait s’accélérer dans les mois à venir, notamment avec l’arrivée de nouvelles réglementations européennes sur la protection des données et la lutte contre le cyberharcèlement. Les plateformes devront s’adapter pour conserver leur audience jeune, en mettant davantage l’accent sur la sécurité et l’intimité. Pour les observateurs, la question reste entière : cette évolution annonce-t-elle un recul durable de l’autoportrait public, ou s’agit-il simplement d’une phase passagère ?

Une chose est sûre : le paysage des réseaux sociaux est en pleine mutation. Les jeunes générations dictent désormais les règles, et les plateformes n’ont d’autre choix que de s’y conformer.