La Chine a mis en place une stratégie commerciale ambitieuse en Afrique, offrant un accès sans droits de douane à 53 des 54 pays du continent, selon BFM Business. Seul l’Eswatini, dernier pays africain à entretenir des relations diplomatiques avec Taïwan, reste exclu de ce dispositif, illustrant la pression exercée par Pékin pour isoler Taipei sur la scène internationale. Ce mécanisme s’inscrit dans une politique de long terme initiée au début des années 2000, visant à renforcer l’influence économique chinoise en Afrique.
Ce qu'il faut retenir
- 53 pays africains bénéficient d’un accès sans droits de douane aux exportations chinoises, contre un seul exclu : l’Eswatini.
- Le dispositif couvre les 20 principales économies africaines pour deux ans, et 33 pays supplémentaires ont été intégrés progressivement.
- Les échanges commerciaux sino-africains ont atteint un record de 348 milliards de dollars en 2025, faisant de la Chine le premier partenaire commercial du continent.
- L’Eswatini est le dernier pays africain à reconnaître Taïwan, ce qui lui vaut d’être exclu des avantages commerciaux chinois.
- Le président taïwanais Lai Ching-te s’est rendu en Eswatini en avril 2026, malgré des pressions chinoises pour bloquer son voyage.
- Pékin a multiplié les initiatives pour réduire la dépendance au dollar américain, comme un système de paiement transfrontalier par QR code avec l’Indonésie.
Une stratégie commerciale pour consolider l’influence chinoise en Afrique
Depuis le début des années 2000, la Chine a progressivement élargi les exemptions de droits de douane pour les exportations africaines vers son marché. Selon BFM Business, les 20 principales économies africaines bénéficient désormais de ces avantages pendant deux ans, tandis que 33 autres pays ont été ajoutés au fil du temps. Cette ouverture profite particulièrement aux secteurs agricoles et miniers, où les droits de douane — autrefois compris entre 8 % et 30 % — sont désormais supprimés.
Parmi les produits concernés figurent le cacao ivoirien et ghanéen, le café et les avocats kényans, ainsi que les agrumes et le vin sud-africains. L’objectif affiché par Pékin est de renforcer ses liens économiques avec le continent, alors que certains pays africains cherchent à diversifier leurs partenariats commerciaux, notamment après les politiques tarifaires restrictives mises en place par l’administration Trump aux États-Unis.
L’Eswatini, otage de la rivalité Chine-Taïwan
L’Eswatini, petit royaume d’Afrique australe, est le seul pays africain à reconnaître officiellement Taïwan. Cette position en fait une anomalie stratégique pour Pékin, qui considère l’île comme une province chinoise et mène une politique active pour isoler Taipei sur la scène diplomatique. En excluant l’Eswatini des avantages commerciaux, la Chine envoie un message clair : les relations avec Taïwan ont un coût.
Ce différend s’est illustré en avril 2026 lorsque le président taïwanais Lai Ching-te s’est rendu en Eswatini pour célébrer le 40e anniversaire de l’accession au trône du roi Mswati III. Son voyage, initialement prévu fin avril, avait été reporté après que plusieurs pays — les Seychelles, Maurice et Madagascar — eurent refusé d’autoriser le survol de leur espace aérien à l’avion présidentiel taïwanais, sous la pression de Pékin selon Taipei. Finalement, Lai Ching-te a rejoint l’Eswatini à bord de l’avion du souverain swazi.
« Les Taïwanais sont des citoyens du monde ; les Taïwanais ont le droit d’établir des liens avec le reste du monde », a déclaré le président taïwanais à son retour à Taipei, soulignant que son pays ne céderait pas aux pressions extérieures.
Tensions diplomatiques et réactions internationales
La visite de Lai Ching-te en Eswatini a provoqué une vive réaction de la Chine, dont le ministère des Affaires étrangères a critiqué le déplacement, le tournant en dérision. Pékin a dénoncé une tentative de Taïwan de « saper la souveraineté chinoise », rappelant que ses relations avec les pays africains reposent sur le principe d’une seule Chine.
De leur côté, les États-Unis ont accusé la Chine de mener une « campagne d’intimidation » à l’encontre de Taïwan, une accusation rejetée par la diplomatie chinoise. Cette séquence illustre la rivalité plus large entre Pékin et Taipei, alors que la Chine renforce son influence économique en Afrique tout en poursuivant l’isolement diplomatique de Taïwan.
Pékin étend son influence au-delà de l’Afrique
La stratégie chinoise ne se limite pas au continent africain. En Asie, Pékin multiplie les initiatives pour réduire la dépendance au dollar américain et promouvoir l’usage international du yuan. Récemment, la Chine et l’Indonésie ont mis en place un système de paiement transfrontalier par QR code, permettant d’utiliser des applications comme Alipay pour régler des achats dans les deux pays, dans leur devise respective.
Des systèmes similaires existent déjà en Thaïlande, au Vietnam, en Malaisie et à Singapour. Ces dispositifs visent non seulement à faciliter les transactions commerciales, mais aussi à renforcer l’adoption du yuan dans les échanges internationaux, une tendance qui s’accélère depuis plusieurs années.
En Asie, l’expansion des systèmes de paiement transfrontaliers par QR code devrait se poursuivre, notamment en direction des pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean). Pékin pourrait également accélérer ses efforts pour promouvoir le yuan dans les échanges commerciaux, en réponse aux tensions géopolitiques persistantes avec les États-Unis.
L’Eswatini est le dernier pays africain à reconnaître officiellement Taïwan, une position que la Chine considère comme une atteinte à sa souveraineté. En excluant l’Eswatini des exemptions de droits de douane, Pékin cherche à isoler Taipei sur la scène internationale et à décourager d’autres pays de suivre son exemple.
Les secteurs agricole et minier sont les principaux bénéficiaires de cette politique. Parmi les produits concernés figurent le cacao ivoirien et ghanéen, le café et les avocats kényans, ainsi que les agrumes et le vin sud-africains. Les droits de douane, autrefois compris entre 8 % et 30 %, sont désormais supprimés.