La Chine a franchi une nouvelle étape dans son ambitieux programme spatial en envoyant, lundi, trois membres d’équipage à bord du vaisseau Shenzhou-23 vers sa station spatiale Tiangong. Parmi eux, un astronaute effectuera un séjour d’un an en orbite, une première pour le pays asiatique, comme le rapporte Le Monde. Cette mission vise à valider les technologies et les conditions de vie nécessaires pour les futures expéditions habitées vers la Lune, alors que Pékin accélère son calendrier pour un alunissage d’ici 2030.

Ce qu'il faut retenir

  • Un séjour record en orbite : un astronaute chinois restera 12 mois à bord de la station Tiangong, un record pour le pays.
  • Shenzhou-23 : le vaisseau utilisé pour cette mission, qui marque une nouvelle étape dans le programme spatial habité chinois.
  • Tiangong : la station spatiale chinoise, opérationnelle depuis 2022, sert de laboratoire pour les expérimentations en vue des missions lunaires.
  • Objectif Lune : ces tests en orbite basse doivent préparer les futurs vols habités vers la Lune, prévus d’ici la fin de la décennie.

Une mission stratégique pour les ambitions lunaires de la Chine

Le séjour prolongé d’un astronaute à bord de Tiangong s’inscrit dans une logique de préparation méthodique des missions habitées vers la Lune. « Ces expérimentations sont essentielles pour valider les systèmes de support-vie, les procédures d’urgence et les capacités de résistance humaine sur de longues durées », a expliqué un responsable du programme spatial chinois, cité par Le Monde. La Chine, qui a déjà réussi à poser un rover sur la face cachée de la Lune en 2019 et à ramener des échantillons lunaires en 2020, accélère désormais sa feuille de route pour envoyer des taïkonautes sur le satellite naturel de la Terre.

La station Tiangong, assemblée entre 2021 et 2022, joue un rôle central dans cette stratégie. Contrairement à la Station Spatiale Internationale (ISS), dont la Chine est exclue pour des raisons géopolitiques, Tiangong est entièrement conçue et exploitée par Pékin. Avec un volume habitable de 110 m³, elle permet de mener des recherches en microgravité, en biologie et en physique, tout en servant de plateforme pour les futurs voyages vers la Lune.

Shenzhou-23 : une mission en trois temps

Le vaisseau Shenzhou-23, lancé depuis le centre spatial de Jiuquan dans le désert de Gobi, a acheminé trois taïkonautes vers Tiangong. L’un d’eux, dont le nom n’a pas encore été officiellement communiqué, restera en orbite pendant un an, tandis que les deux autres effectueront un séjour standard de six mois. « Cette rotation permet d’évaluer les effets physiologiques et psychologiques d’un séjour prolongé en apesanteur », a précisé un expert spatial anonyme dans les colonnes du Monde.

Les deux autres membres de l’équipage se concentreront quant à eux sur la maintenance de la station et la réalisation d’expériences scientifiques. Parmi les tests prévus figurent des études sur la croissance des plantes en milieu confiné, des analyses de l’impact des radiations cosmiques sur le corps humain, et des essais de nouveaux matériaux pour les combinaisons spatiales. Ces données seront cruciales pour les futures missions lunaires, où les conditions seront bien plus hostiles qu’en orbite basse.

Vers une présence permanente sur la Lune

Cette mission s’ajoute à une série d’annonces récentes de la Chine pour renforcer sa domination dans l’espace. En 2025, Pékin prévoit de lancer le premier module de sa station lunaire internationale (ILRS), développée en partenariat avec la Russie. Ce projet, qui vise à établir une base permanente sur la Lune d’ici 2035, s’appuiera sur les leçons tirées des séjours en orbite autour de la Terre.

« La Lune est une étape logique avant Mars », a souligné un responsable de l’Agence spatiale chinoise (CNSA) lors d’une conférence de presse. La CNSA mise sur des technologies réutilisables et des systèmes autonomes pour réduire les coûts et les risques des missions habitées. En parallèle, la Chine développe un nouveau lanceur lourd, le Longue Marche 10, capable de transporter jusqu’à 27 tonnes vers la Lune, contre 21 tonnes pour son prédécesseur.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année, la Chine devrait envoyer une nouvelle mission habitée vers Tiangong, avec à son bord des taïkonautes supplémentaires pour renforcer les effectifs en orbite. Par ailleurs, des tests supplémentaires des systèmes de support-vie et des combinaisons spatiales sont prévus avant 2027, date à laquelle devrait être lancé le premier vol habité vers la Lune. Les résultats des expérimentations menées lors du séjour d’un an seront analysés en détail pour ajuster les protocoles des futures missions.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de rivalité accrue avec les États-Unis, qui prévoient également de renvoyer des astronautes sur la Lune via le programme Artemis. La Chine, qui mise sur une approche plus graduelle mais constante, pourrait bien devancer Washington si ses calendriers sont respectés. Une chose est sûre : l’espace est devenu un nouveau terrain de compétition géopolitique, et Tiangong en est l’un des symboles les plus tangibles.

Cette durée permet de tester les effets physiologiques et psychologiques d’un séjour prolongé en apesanteur, essentiels pour préparer les missions lunaires de plusieurs semaines. Les données recueillies aideront à améliorer les systèmes de support-vie et les protocoles médicaux.