Le marché de la cigarette électronique connaît une croissance « fulgurante » en France, avec un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros en 2025. Selon Franceinfo - Santé, le collectif Contre-Feu, anciennement Alliance contre le tabac, publie ce mardi 14 avril 2026 un rapport détaillant les stratégies commerciales des industriels, jugées particulièrement agressives envers les adolescents.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, le marché de la cigarette électronique génère 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires en France.
  • Plus de la moitié des adolescents de 13 à 16 ans déclarent que les produits de vape leur donnent envie en raison de leur goût ou du marketing.
  • Les industriels utilisent des emballages colorés, des arômes sucrés et des produits ressemblant à des jouets pour attirer les jeunes.
  • Un tiers des vendeurs (buralistes et magasins spécialisés) acceptent de vendre des produits de vape à des mineurs.
  • Le collectif Contre-Feu demande l’instauration d’un paquet neutre et l’interdiction de la vente en ligne des produits de vape.

Un marché en expansion, tiré par des stratégies marketing ciblées

Selon Marion Catellin, directrice du collectif Contre-Feu et invitée de France Inter ce matin, le marché de la cigarette électronique a connu une progression « fulgurante » ces dernières années. En 2025, il représente un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros, soit une hausse significative par rapport aux années précédentes. Mais au-delà des chiffres économiques, c’est la stratégie commerciale des industriels qui inquiète particulièrement le collectif. « Les jeunes sont clairement les plus ciblés », a-t-elle déclaré, soulignant que les méthodes employées rappellent celles utilisées autrefois pour promouvoir la cigarette traditionnelle.

Pour séduire les adolescents, les fabricants misent sur des emballages aux couleurs vives, des produits ressemblant à des miniconsoles vidéo ou des minibiberons, et des arômes extrêmement sucrés, comme la barbe à papa, le bonbon ou même la « licorne ». Autant de détails conçus pour séduire les jeunes consommateurs, selon le rapport du collectif. « Ces stratégies visent à créer un attachement précoce à la nicotine, car plus un jeune commence tôt, plus il aura du mal à arrêter », précise Marion Catellin.

Une exposition massive aux campagnes promotionnelles

Le rapport de Contre-Feu révèle que plus de la moitié des jeunes âgés de 13 à 16 ans reconnaissent que les produits de vape leur donnent envie grâce à leur goût ou aux campagnes marketing qui les accompagnent. Un constat alarmant, d’autant que les industriels ne se contentent pas de cibler les adolescents via les emballages ou les saveurs. Certains influenceurs sont également « rémunérés pour faire la promotion de la cigarette électronique sur les réseaux sociaux », une pratique pourtant interdite par la loi.

Ces stratégies, bien que prohibées, semblent pourtant efficaces. Selon l’enquête du collectif, les jeunes sont particulièrement sensibles aux messages diffusés en ligne, où les produits sont souvent présentés comme inoffensifs, voire ludiques. « On observe une normalisation du vapotage chez les adolescents, qui perçoivent ces produits comme moins dangereux que la cigarette classique », explique Marion Catellin.

Des lacunes dans l’application de la loi

Le collectif Contre-Feu met en lumière les failles dans le respect des réglementations en vigueur. Selon leur enquête, un tiers des buralistes et des magasins spécialisés dans la vape acceptent de vendre des produits à des mineurs. Une situation qui contraste avec l’interdiction légale, mais qui révèle un manque de contrôle persistant. Par ailleurs, plus de la moitié des points de vente ne respectent pas la loi sur la publicité pour les produits de vape, pourtant strictement encadrée.

Pour endiguer cette tendance, Contre-Feu propose plusieurs mesures fortes. La première consisterait à instaurer un paquet neutre pour les cigarettes électroniques, à l’image de ce qui existe déjà pour les cigarettes traditionnelles. Cette mesure vise à limiter l’attrait visuel des produits et à réduire leur attractivité auprès des jeunes. Le collectif demande également l’interdiction de la vente en ligne des produits de vape, un canal où les mineurs peuvent facilement contourner les contrôles d’âge.

« La responsabilité des buralistes comme des magasins de vape est engagée. Ils doivent refuser de vendre ces produits à des mineurs, sous peine de sanctions. »
Marion Catellin, directrice du collectif Contre-Feu

Vers un durcissement des régulations ?

Les propositions de Contre-Feu s’inscrivent dans un contexte où les autorités sanitaires multiplient les alertes sur la hausse du vapotage chez les jeunes. En 2023, Santé publique France avait déjà tiré la sonnette d’alarme, révélant que près de 20 % des lycéens avaient déjà utilisé une cigarette électronique. Un chiffre en constante augmentation, malgré les campagnes de prévention.

Si les mesures demandées par le collectif étaient mises en place, elles pourraient marquer un tournant dans la régulation du marché. Cependant, leur application dépendra de la volonté politique et des contrôles renforcés. « Il ne suffit pas d’adopter des lois, encore faut-il les faire respecter », rappelle Marion Catellin. Pour l’heure, aucun calendrier n’a été annoncé par le gouvernement pour examiner ces propositions.

Et maintenant ?

Le rapport de Contre-Feu pourrait relancer le débat sur la régulation des produits de vape, notamment sur la question de l’interdiction de la vente en ligne. Une proposition qui devrait être examinée dans les prochains mois par les autorités sanitaires, d’autant que la pression des associations anti-tabac ne cesse de croître. Par ailleurs, une concertation entre les acteurs du secteur et les pouvoirs publics pourrait s’engager pour renforcer les contrôles sur le terrain, notamment dans les points de vente. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance actuelle.

En attendant, le marché de la cigarette électronique continue de croître, porté par des stratégies commerciales toujours plus innovantes. Pour les associations comme Contre-Feu, l’enjeu est double : protéger la santé des jeunes tout en encadrant un secteur économique en pleine expansion. Une équation complexe, où l’équilibre entre liberté commerciale et protection sanitaire sera au cœur des prochains mois.

Le rapport mentionne notamment des arômes sucrés comme la barbe à papa, le bonbon ou la « licorne », ainsi que des produits imitant des miniconsoles vidéo ou des minibiberons, conçus pour attirer visuellement les adolescents.

Selon le collectif, la vente en ligne permet aux mineurs de contourner plus facilement les contrôles d’âge. Interdire ce canal réduirait donc l’accès des jeunes à ces produits, tout en renforçant le respect des réglementations existantes.