Au Royaume-Uni, l’industrie cinématographique accorde bien plus d’importance à un acteur prénommé Chris ou à un animal parlant qu’à une actrice de plus de 60 ans. C’est ce que révèle une étude menée par la campagne Age Without Limits, portée par l’organisation britannique Ageing Better, et relayée par Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Sur les 100 films les plus rentables au Royaume-Uni entre 2023 et 2025, seulement 5 avaient une femme de plus de 60 ans comme personnage principal.
- À l’inverse, 6 films mettaient en scène un acteur prénommé Chris, dont trois avec Chris Pratt.
- Les animaux parlants ont quatre fois plus de chances d’être les héros principaux que les actrices de plus de 60 ans.
- Une étude montre que 33 % des Britanniques estiment qu’il y a trop peu de films avec des actrices principales de plus de 60 ans.
- Meryl Streep, 76 ans, vient de connaître un succès mondial avec la suite de The Devil Wears Prada.
Depuis plusieurs années, le cinéma hollywoodien et britannique est régulièrement pointé du doigt pour sa sous-représentation des femmes âgées. Chris Evans, Chris Hemsworth, Chris Pine ou Chris Pratt trustent les rôles principaux dans les blockbusters, au point que les internautes parlent désormais de « bataille des Chris ». Pourtant, derrière cette anecdote se cache une réalité bien plus préoccupante : la quasi-absence des actrices de plus de 60 ans dans les rôles centraux.
Selon les données compilées par la campagne Age Without Limits, sur les 100 films les plus lucratifs au Royaume-Uni entre 2023 et 2025, seuls cinq avaient pour personnage principal une femme de plus de 60 ans. Dans le même temps, six films mettaient en scène un acteur prénommé Chris, dont trois portés par Chris Pratt (The Super Mario Bros Movie, Guardians of the Galaxy Volume 3, The Garfield Movie).
Les films britanniques les plus rentables mettant en vedette une actrice de plus de 60 ans pendant cette période sont Allelujah (2023, avec Jennifer Saunders), My Big Fat Greek Wedding 3 (2023, avec Nia Vardalos), Book Club: The Next Chapter (2023, avec Diane Keaton), The Substance (2024, avec Demi Moore) et Freakier Friday (2025, avec Jamie Lee Curtis).
Autant dire que la concurrence est rude face à une pléthore de « Chris » et d’animaux parlants. La campagne révèle en effet que les films ont quatre fois plus de chances d’avoir pour héros principal un animal doué de parole plutôt qu’une actrice de plus de 60 ans. Une statistique qui en dit long sur les priorités de l’industrie cinématographique.
Un manque criant de représentation, un public vieillissant et un appel à l’action
La sous-représentation des femmes âgées à l’écran n’est pas un simple détail anodin. Elle reflète une tendance plus large de l’âgisme, souvent lié au sexisme, qui marginalise les femmes une fois qu’elles ont franchi le cap des 60 ans. Emma Thompson, actrice britannique de 67 ans, oscarisée et anoblie, a décidé de prendre la parole pour dénoncer cette situation.
« Les femmes représentent la moitié de la population et nous vieillissons. Alors où sont les histoires qui parlent de nous ? Plus nous vieillissons, plus nous devenons intéressantes. Je veux voir davantage de films qui placent les femmes qui vieillissent au centre : nous sommes captivantes, proches des gens, et il est grand temps que nous occupions le devant de la scène. »
Elle a ajouté : « Les femmes âgées n’ont pas besoin d’autorisation pour exister à l’écran. Elles existent déjà dans le monde, le cinéma doit simplement rattraper la réalité. »
La directrice générale du Centre for Ageing Better, la Dre Carole Easton, a elle aussi critiqué cette disparité. Selon elle, « il est absolument aberrant que si peu de films aient été réalisés ces dernières années avec une femme âgée au premier plan ». Elle souligne que jusqu’à un spectateur de cinéma sur cinq au Royaume-Uni a 55 ans et plus, un public qui dépense des centaines de millions de livres chaque année pour se rendre au cinéma.
« La représentation des acteurs et actrices plus âgés dans les grands rôles est totalement disproportionnée par rapport à la part des femmes âgées dans le public des salles ; ce manque de représentation est franchement insultant. Et malheureusement, cela ne concerne pas que le cinéma. Dans de nombreux médias, dans de nombreux secteurs professionnels et domaines de la vie publique, la contribution des femmes âgées est minimisée, marginalisée et ignorée. »
D’après une enquête menée auprès de 4 000 Britanniques, 33 % des sondés estiment qu’il ne se fait pas assez de films avec une actrice principale de plus de 60 ans. Cette proportion atteint 39 % lorsqu’on ne considère que les réponses des femmes. À l’inverse, seulement 3 % des personnes interrogées estiment qu’il y a trop de films mettant en scène des actrices de plus de 60 ans.
Des chiffres qui révèlent une inégalité persistante
Les chercheurs de l’École de cinéma, médias et design de l’Université de West London ont analysé les films britanniques de la dernière décennie. Leurs conclusions sont sans appel : les personnages féminins de 65 ans et plus ont plus de trois fois moins de chances d’apparaître à l’écran que les hommes du même âge. De plus, les femmes de plus de 50 ans parlent 14 % moins que les hommes de la même tranche d’âge dans les films étudiés.
Les chercheurs notent également que les personnages féminins âgés, autonomes et complexes restent rares. Les femmes de plus de 60 ans sont souvent dépeintes comme « passives, pitoyables, tournées en dérision parce qu’elles ne se comportent pas en fonction de leur âge », ou reléguées en marge de l’intrigue principale. Harriet Bailiss, co-responsable de la campagne Age Without Limits, dénonce cette situation :
« En ne représentant pas correctement les personnes âgées, et les femmes âgées en particulier, l’industrie du cinéma participe activement à reléguer les personnes âgées aux marges de la société. Pour de nombreuses personnes âgées qui en viennent à douter de leur propre valeur en intériorisant l’âgisme qu’elles constatent au quotidien dans la société, ce manque de représentation ne fait que renforcer l’idée qu’elles comptent de moins en moins en vieillissant. »
Elle ajoute : « L’âgisme est la forme de discrimination la plus répandue, mais elle n’est toujours pas prise suffisamment au sérieux. L’âgisme limite le travail, la santé, les relations, les ambitions et la confiance en soi. »
Pour l’instant, la balle est dans le camp des décideurs du secteur cinématographique. Leur choix déterminera si l’industrie saura enfin refléter la diversité de son public, ou si elle continuera à ignorer une partie importante de la société.
Selon les données de la campagne Age Without Limits, il s’agit de : Allelujah (2023, avec Jennifer Saunders), My Big Fat Greek Wedding 3 (2023, avec Nia Vardalos), Book Club: The Next Chapter (2023, avec Diane Keaton), The Substance (2024, avec Demi Moore) et Freakier Friday (2025, avec Jamie Lee Curtis).
Une meilleure représentation permet de lutter contre l’âgisme et le sexisme, tout en reflétant la diversité du public. Les femmes de plus de 55 ans constituent jusqu’à un spectateur de cinéma sur cinq au Royaume-Uni et dépensent des centaines de millions de livres par an pour aller au cinéma. Leur absence à l’écran envoie un message négatif sur leur place dans la société.