Le projet de loi américain CLARITY Act, destiné à encadrer le marché des cryptomonnaies, se heurte à une résistance persistante des acteurs bancaires traditionnels. Selon Cryptoast, le CEO de JPMorgan, Jamie Dimon, a clairement affiché son opposition aux mesures proposées, déclarant qu’il « ne se soumettra pas » aux exigences portées par le dirigeant de Coinbase, Brian Armstrong. Cette position, exprimée lors d’une intervention sur Fox Business, relance les tensions autour d’un texte déjà marqué par des mois de négociations.
Ce qu'il faut retenir
- Le CLARITY Act vise à autoriser les entreprises crypto à verser des intérêts sur les stablecoins et dépôts, sans protection juridique renforcée pour les utilisateurs.
- Jamie Dimon (JPMorgan) rejette catégoriquement les propositions, invoquant un risque pour le système bancaire traditionnel.
- Brian Armstrong (Coinbase) défend les intérêts des utilisateurs via un lobbying massif à Washington, malgré un compromis récent.
- Une clause éthique liée aux investissements de Donald Trump dans les cryptos pourrait ralentir l’adoption du texte.
- Le projet de loi, adopté en commission le 15 mai 2026, reste bloqué par des désaccords persistants.
Le texte du CLARITY Act, adopté en commission bancaire du Sénat américain le 15 mai 2026, devait marquer une avancée majeure dans la régulation des cryptomonnaies aux États-Unis. Pourtant, les banques américaines, en tête desquelles JPMorgan, refusent d’entériner les dispositions concernant les rendements applicables aux stablecoins. Pour les établissements financiers traditionnels, ces mécanismes de rémunération, s’ils ne sont pas strictement encadrés, risquent de concurrencer directement les dépôts bancaires classiques. Une crainte que Jamie Dimon a réaffirmée lors d’une intervention sur Fox Business, soulignant que « le gouvernement doit agir avec prudence ». Selon lui, une mauvaise régulation « va poser un énorme problème » pour l’équilibre du système financier.
Côté crypto, Coinbase joue un rôle central dans les négociations. Son CEO, Brian Armstrong, a salué publiquement le compromis trouvé en commission, tout en maintenant une pression constante pour préserver les programmes de récompenses liés aux stablecoins. Ces derniers, très populaires auprès des utilisateurs, représentent un enjeu économique majeur pour la plateforme. Une stratégie payante à Washington : Coinbase a dépensé des centaines de millions de dollars en lobbying ces dernières années pour influencer le législateur. Une posture que Jamie Dimon ne manque pas de critiquer, qualifiant Brian Armstrong de « véritable connard » lors d’un récent débat public. Une animosité qui s’inscrit dans une rivalité plus large entre banques traditionnelles et acteurs crypto.
« En fin de compte, nous partageons tous le même objectif : améliorer la vie financière des Américains. Et des millions d’entre eux pensent que cela inclut la préservation des programmes de récompenses et l’adoption de règles claires qui protègent les consommateurs tout en gardant l’Amérique à l’avant-garde de l’innovation financière. Il est temps pour le Sénat de livrer son projet de loi. »
— Faryar Shirzad, directeur des politiques de Coinbase, d’après ses déclarations rapportées par Cryptoast.
Un autre obstacle se profile pour le CLARITY Act : les liens croissants entre l’ex-président américain Donald Trump et le secteur des cryptomonnaies. Une clause éthique, exigée par les démocrates au Congrès, pourrait compliquer l’adoption du texte si elle venait à être intégrée. Certains observateurs, comme Mark Hays (responsable politique de l’ONG Americans for Financial Reform), estiment que les acteurs crypto évitent de prendre position pour ne pas « mordre la main qui les nourrit ». Une prudence qui reflète la complexité des alliances politiques autour de ce projet de loi.
Le CLARITY Act, dans sa version actuelle, autoriserait les entreprises crypto à verser des intérêts sur des dépôts en stablecoins ou autres produits similaires, mais sans offrir de garanties juridiques solides aux consommateurs. Une disposition que les banques considèrent comme une menace pour leur modèle économique. Pour JPMorgan et ses pairs, la priorité reste la protection des dépôts traditionnels, face à une concurrence perçue comme déloyale. Une position qui contraste avec l’objectif affiché par Coinbase de démocratiser l’accès aux rendements financiers via les cryptomonnaies.
Les déclarations de Jamie Dimon s’ajoutent à un climat déjà tendu entre régulateurs, banques et acteurs crypto. En janvier 2026, lors du Forum économique mondial de Davos, il avait déjà exprimé son opposition aux cryptomonnaies, les qualifiant de « menace pour la stabilité financière ». Une rhétorique que les partisans du CLARITY Act jugent rétrograde, alors que le texte cherche précisément à concilier innovation et protection des consommateurs. Pour Coinbase, l’enjeu est double : défendre ses intérêts commerciaux tout en poussant pour une régulation claire, qui sécuriserait son écosystème.
Pour les observateurs, l’issue du CLARITY Act dépendra largement de la capacité des deux camps à trouver un terrain d’entente. Les banques, de leur côté, pourraient accepter des concessions si les garanties contre la concurrence déloyale des stablecoins sont renforcées. Quant à Coinbase et ses alliés, ils devront peut-être revoir leurs ambitions à la baisse pour éviter un blocage total du texte. Une chose est certaine : le marché crypto américain, déjà sous haute surveillance, reste en attente d’un cadre légal stable – même imparfait.
En attendant, les utilisateurs et investisseurs doivent composer avec une incertitude réglementaire persistante, tandis que les banques et plateformes crypto continuent de s’affronter sur le terrain politique.
Les banques, comme JPMorgan, s’opposent à l’autorisation pour les acteurs crypto de verser des intérêts sur les stablecoins, craignant une concurrence déloyale avec les dépôts bancaires traditionnels. Coinbase, de son côté, défend ces mécanismes de rémunération et pousse pour leur maintien dans le texte final.
Coinbase a investi des centaines de millions de dollars en lobbying pour influencer le législateur et préserver ses intérêts, notamment les programmes de récompenses liés aux stablecoins. Les banques, bien que moins médiatisées sur ce sujet, bénéficient de leur poids institutionnel pour faire valoir leurs positions.