Selon Futura Sciences, plus de 70 % du cobalt mondial est extrait en République démocratique du Congo (RDC), un pays où son exploitation soulève des enjeux sanitaires et sociaux majeurs. Derrière chaque batterie de smartphone, d’ordinateur ou de véhicule électrique se cache une réalité bien moins reluisante que celle promise par la transition énergétique. Ce métal bleu argenté, indispensable à la fabrication des batteries lithium-ion, est extrait dans des conditions souvent dangereuses, voire inhumaines, posant une question cruciale : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour alimenter notre monde « vert » ?
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 70 % du cobalt mondial provient de la RDC, où son extraction est associée à des violations des droits humains et à des risques sanitaires graves.
- Les enfants vivant près des mines de Kolwezi affichent un taux de cobalt dans les urines dix fois supérieur à la normale, selon une étude des universités KU Leuven et de Lubumbashi.
- Entre 15 % et 30 % du cobalt congolais est extrait artisanalement, souvent par des mineurs payés quelques francs par jour, dans des conditions décrites comme « inhumaines » par le chercheur Siddharth Kara.
- Des entreprises comme Tesla, BMW et Apple tentent de réduire leur dépendance au cobalt, en intégrant des batteries sans cobalt ou en diversifiant leurs approvisionnements.
- Le recyclage, porté par des acteurs comme Redwood Materials, pourrait devenir une alternative majeure d’ici 2025, avec une capacité estimée à alimenter un million de véhicules électriques par an.
- Aux États-Unis, 68 % des réserves de cobalt se trouvent à moins de 60 km de territoires autochtones, selon MSCI ESG Research.
Un métal au cœur de la transition énergétique… et de ses contradictions
Le cobalt occupe une place paradoxale dans notre quotidien technologique. Présent dans nos poches, nos garages et nos réseaux électriques, il est pourtant rarement évoqué en dehors des cercles spécialisés. Pourtant, ce métal est au cœur d’une contradiction majeure de notre époque : indispensable à la transition énergétique, il est aussi extrait dans des conditions qui font polémique. La demande mondiale de batteries lithium-ion, pilier des véhicules électriques et des énergies renouvelables, devrait être multipliée par quatre d’ici 2030, selon le Forum économique mondial. Or, 80 % de la production mondiale de cobalt provient de la RDC, où son extraction repose en partie sur des mines artisanales aux pratiques douteuses.
Ce métal aux propriétés uniques permet aux batteries lithium-ion de stocker une grande quantité d’énergie tout en maintenant une température stable, qu’il fasse -20°C ou +40°C. C’est ce qui en fait un composant clé pour l’aérospatial, la défense, la médecine et, surtout, les technologies d’énergie propre. Sans cobalt, nos batteries actuelles seraient bien moins performantes, mais leur coût environnemental et humain reste un problème structurel. Les batteries lithium-ion, bien que rechargeables des centaines de fois, sont toxiques et leur recyclage reste complexe, un défi que les industriels peinent encore à relever.
Santé publique : un coût humain documenté
Les risques pour la santé liés à l’extraction du cobalt sont aujourd’hui bien documentés. Une étude menée par les universités KU Leuven (Belgique) et Lubumbashi (RDC) a révélé que les enfants vivant près des mines de Kolwezi, encerclée par les gisements miniers, présentaient un taux de cobalt dans les urines dix fois supérieur à celui des autres enfants. Ces niveaux dépassaient même les seuils acceptés pour des ouvriers d’usine européens, selon Benoît Nemery, pneumologue à la KU Leuven et coauteur de l’étude.
La poussière en suspension dans les mines libère également de l’uranium et du radon, deux agents cancérigènes, dans un environnement déjà peu couvert médicalement. « Les conditions de travail dans les mines artisanales congolaises sont inhumaines », a déclaré Siddharth Kara, chercheur à la Harvard T.H. Chan School of Public Health et auteur de l’ouvrage Cobalt Red. Son enquête, s’étalant sur vingt ans, a mis en lumière l’ampleur du travail forcé et de la traite humaine dans ces exploitations. Entre 15 % et 30 % du cobalt congolais est extrait par des mineurs indépendants, souvent payés quelques francs par jour, sans protection ni sécurité.
Les industriels réagissent, mais les solutions restent limitées
Face à cette crise, plusieurs acteurs industriels ont commencé à ajuster leurs stratégies. Tesla, par exemple, a réduit sa consommation moyenne de cobalt de plus de 60 % et intègre désormais des batteries sans cobalt dans ses nouveaux modèles. De son côté, BMW s’approvisionne depuis 2020 en cobalt au Maroc et en Australie, évitant ainsi les circuits congolais les moins contrôlés. Apple, quant à elle, s’est engagée à réduire son recours au cobalt et à privilégier des fournisseurs responsables.
Le recyclage représente une autre piste sérieuse. Redwood Materials, fondée par JB Straubel, ex-directeur technique de Tesla, récupère les batteries usagées pour en extraire cobalt, lithium, cuivre et nickel. La société estimait pouvoir alimenter un million de véhicules électriques par an grâce à des matériaux recyclés dès 2025. Pourtant, malgré ces avancées, la dépendance au cobalt congolais reste massive, et les alternatives peinent à suivre le rythme de la demande.
Aux États-Unis, une question qui se déplace sur le sol national
La problématique du cobalt ne se limite pas à la RDC. Aux États-Unis, 68 % des réserves de cobalt se trouvent à moins de 60 kilomètres de territoires autochtones, selon MSCI ESG Research. Lisa Benjamin, professeure de droit à la Lewis & Clark Law School de Portland, plaide pour que les communautés concernées aient un droit de veto réel sur les projets miniers qui les affectent. « La transition verte ne peut pas se construire sur de nouvelles injustices », a-t-elle souligné. Pourtant, pour l’instant, ce droit n’existe pas, et les projets miniers se poursuivent souvent sans consultation préalable des populations locales.
Le cobalt illustre ainsi l’un des paradoxes les plus marquants de notre époque : la quête d’un avenir plus durable se heurte parfois à des réalités moins reluisantes. La balle est désormais dans le camp des industriels, des gouvernements et des consommateurs, qui devront choisir entre la facilité immédiate et une transition plus juste.
Le cobalt permet aux batteries lithium-ion de stocker une grande quantité d’énergie tout en maintenant une température stable, ce qui est essentiel pour leur performance et leur durée de vie. Il est notamment utilisé dans les cathodes des batteries, où il améliore la densité énergétique et la stabilité thermique.
Plusieurs alternatives sont à l’étude, comme les batteries sans cobalt développées par Tesla, ou encore l’utilisation de matériaux comme le nickel, le manganèse ou le phosphate de fer. Cependant, ces solutions peinent encore à égaler les performances des batteries actuelles en termes de densité énergétique et de durée de vie.