Courrier International révèle que les cachalots, ces géants des mers capables de plonger à plus de 2 000 mètres de profondeur, ont développé une technique originale pour dormir : l’émission de bulles d’air. Selon une étude internationale publiée dans le Journal of Experimental Biology, ces mammifères marins libèrent régulièrement des bulles pour maintenir leur position verticale, la tête orientée vers la surface, à environ 25 mètres de profondeur.

Ce qu'il faut retenir

  • Les cachalots émettent des bulles d’air pour réguler leur flottabilité pendant le sommeil, selon une étude internationale publiée dans le Journal of Experimental Biology.
  • Cette adaptation leur permet de rester immobiles en position verticale, évitant ainsi les mouvements liés aux vagues.
  • Les séances de sommeil durent entre 15 et 30 minutes, à une profondeur d’environ 25 mètres.
  • Leur tête, représentant près d’un tiers de leur corps et remplie de graisse et d’air, rend leur maintien en profondeur particulièrement complexe.
  • Les chercheurs ont équipé 42 cachalots de balises dans les eaux des îles Lofoten pour observer ce comportement.
  • Un mystère persiste : ces bulles sont-elles émises de manière inconsciente ou contrôlée par un hémisphère cérébral éveillé ?

Une anatomie défavorable à un sommeil immobile

Avec leur tête massive, qui représente près d’un tiers de leur corps et contient une importante quantité de graisse, d’huile et d’air, les cachalots (Physeter macrocephalus) sont confrontés à un défi physique lorsqu’il s’agit de dormir sous l’eau. « La physique joue contre eux », rappelle le site Earth.com. Leur anatomie, conçue pour la plongée profonde et la chasse, les prédispose en effet à remonter vers la surface dès qu’ils s’immobilisent. Pourtant, malgré cette contrainte, ils parviennent à trouver une position stable pour se reposer.

Selon les observations rapportées par Courrier International, c’est en émettant des bulles d’air de manière régulière qu’ils parviennent à contrebalancer la flottabilité naturelle de leur tête. Ces bulles leur permettent d’ajuster leur position à environ 25 mètres sous la surface, une profondeur suffisamment éloignée des vagues pour éviter d’être perturbés pendant leur sommeil. « Contrôler leur position à une telle profondeur est essentiel pour eux », précise l’étude.

Une technique de sommeil adaptée aux conditions marines

Les séances de sommeil des cachalots durent entre 15 et 30 minutes, une durée relativement courte comparée à celle des mammifères terrestres. Cette brièveté s’explique par leur besoin de remonter régulièrement à la surface pour respirer. « Quand ils remontent lentement vers la surface pour se reposer tout en restant à une certaine profondeur, ils libèrent des bulles d’air afin de contrebalancer l’expansion de l’air et d’atteindre une flottabilité neutre », explique le site australien ConnectSci, cité par Courrier International.

Cette technique leur permet de rester en équilibre dans la colonne d’eau, sans effort apparent. Les chercheurs ont équipé 42 cachalots de balises d’enregistrement des sons et des mouvements dans les eaux des îles Lofoten, en Norvège, pour étudier ce comportement. Les données recueillies ont confirmé que les bulles d’air étaient systématiquement émises pendant les phases de sommeil, et ce de manière synchronisée avec leur position verticale.

« C’est fascinant de découvrir les différentes adaptations mises au point par les mammifères marins afin de surmonter les défis du sommeil dans l’eau. »
Noémie Freymond, autrice de l’étude, interrogée par Earth.com

Un mystère persistant : conscience ou automatisme ?

Si les mécanismes de cette technique de sommeil sont désormais mieux compris, un mystère subsiste : les cachalots émettent-ils ces bulles de manière totalement inconsciente, ou bien leur cerveau, comme celui des dauphins, fonctionne-t-il par hémisphères alternés pendant le repos ? Chez les dauphins, en effet, un hémisphère cérébral reste éveillé tandis que l’autre se repose. Cette particularité leur permet de continuer à nager et à respirer tout en dormant. « Les cachalots font-ils des bulles de façon complètement inconsciente en sommeil total, ou bien un hémisphère cérébral commande-t-il l’émission des bulles pour maintenir l’animal dans la colonne d’eau ? », s’interrogent les chercheurs.

Cette question reste ouverte, faute de données suffisantes. Les balises utilisées par les scientifiques n’ont pas permis, à ce stade, de déterminer si les cachalots conservent une activité cérébrale partielle pendant leur sommeil. « Nous savons qu’ils contrôlent leur respiration lors de leurs plongées, mais leur état cérébral pendant le sommeil vertical reste à élucider », souligne l’équipe de recherche.

Une découverte aux implications scientifiques majeures

Cette étude, publiée dans le Journal of Experimental Biology, ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension des adaptations des mammifères marins à leur environnement. Elle confirme également que les cachalots, bien que dépourvus de vessie natatoire comme les poissons, ont développé des stratégies ingénieuses pour gérer leur flottabilité. « Leur capacité à ajuster leur position grâce aux bulles d’air illustre la complexité de leur physiologie », explique Noémie Freymond.

Ces observations pourraient également avoir des répercussions sur les recherches futures concernant le sommeil des cétacés. En effet, comprendre comment ces animaux parviennent à se reposer dans un environnement aussi hostile que l’océan pourrait éclairer d’autres aspects de leur comportement, comme leurs migrations ou leurs techniques de chasse.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à analyser plus en détail les données recueillies lors de l’étude, notamment les enregistrements sonores et les mouvements des cachalots. Les chercheurs prévoient également d’étendre leurs observations à d’autres populations de cachalots, afin de déterminer si ce comportement est universel ou spécifique à certaines régions. Une autre piste serait d’utiliser des technologies d’imagerie cérébrale adaptées aux cétacés pour étudier leur activité cérébrale pendant le sommeil. Enfin, ces découvertes pourraient inspirer des recherches sur les mécanismes de flottabilité chez d’autres espèces marines.

Une chose est sûre : cette étude rappelle, une fois de plus, la remarquable capacité des mammifères marins à s’adapter à leur environnement. Leur survie dépend en grande partie de leur ingéniosité, et chaque nouvelle découverte nous rapproche un peu plus de la compréhension de ces géants des mers.

Les cachalots dorment en position verticale principalement pour éviter d’être secoués par les vagues en surface. Leur tête massive, représentant près d’un tiers de leur corps et remplie de graisse et d’air, les rend naturellement instables en position horizontale. En dormant à la verticale, ils stabilisent leur position à environ 25 mètres de profondeur, où les mouvements de l’eau sont moins marqués.