La chercheuse Marion Bet s’appuie sur l’analyse des changements de comportements en matière de sécurité routière ou de consommation de tabac pour explorer les leviers permettant d’adapter nos modes de vie actuels, selon Le Monde.

Dans le cadre de son podcast « Chaleur humaine », Marion Bet, spécialiste des sciences comportementales, décrypte les mécanismes ayant permis des évolutions durables dans deux domaines emblématiques : la réduction des accidents de la route et la baisse de la consommation de tabac. Deux exemples où les politiques publiques, couplées à une prise de conscience collective, ont conduit à des transformations significatives de nos habitudes. Autant dire que ces leçons pourraient inspirer d’autres secteurs, comme les transports ou l’alimentation, où les enjeux environnementaux et sanitaires appellent aussi à repenser nos pratiques.

Ce qu'il faut retenir

  • La sécurité routière a connu une baisse drastique des accidents grâce à des mesures combinées : limitation de vitesse, port de la ceinture obligatoire, et campagnes de sensibilisation répétées.
  • En France, le nombre de morts sur la route est passé de 11 000 en 1972 à 3 260 en 2023, selon les données de la Sécurité routière.
  • La consommation de tabac a reculé de plus de 50 % depuis 1990, en partie grâce à l’interdiction de la publicité, aux hausses de prix et à l’essor des espaces non-fumeurs.
  • Marion Bet souligne que ces changements reposent sur des « politiques publiques volontaristes », combinées à une évolution des normes sociales.

Des politiques publiques qui ont fait leurs preuves

Pour Marion Bet, les progrès observés en matière de sécurité routière illustrent l’efficacité d’une approche multidimensionnelle. Dès les années 1970, la France a instauré des contrôles radar automatisés, une mesure qui, bien que controversée à l’époque, a permis de réduire significativement les excès de vitesse. Les campagnes de sensibilisation, comme celles mettant en scène des familles endeuillées, ont aussi joué un rôle clé en ancrant le message dans la conscience collective.

Côté tabac, la combinaison de mesures fiscales et réglementaires a porté ses fruits. L’augmentation régulière du prix du paquet, l’interdiction de fumer dans les lieux publics et la neutralisation des paquets ont contribué à une baisse durable de la consommation. « Ces mesures ont agi comme un signal fort, montrant que l’État prenait le problème au sérieux », explique Marion Bet. En 1990, près de 40 % des Français fumaient quotidiennement ; en 2025, ils ne sont plus que 24 %, selon Santé publique France.

Des leviers transposables à d’autres enjeux sociétaux ?

Si la sécurité routière et le tabac semblent éloignés des débats actuels sur la viande ou l’avion, Marion Bet y voit pourtant des parallèles. « Ces deux exemples montrent que les changements de comportement ne sont possibles que si les politiques publiques sont accompagnées d’une acceptation sociale », précise-t-elle. Dans le cas de la viande, par exemple, les campagnes mettant en avant les impacts environnementaux ou sanitaires peinent à convaincre, faute de mesures coercitives similaires.

Pour les transports aériens, où l’empreinte carbone reste un sujet brûlant, Marion Bet souligne que « les alternatives doivent être rendues plus accessibles ». Le développement des trains de nuit ou l’encadrement des tarifs des billets low-cost pourraient, selon elle, jouer un rôle comparable à celui joué par les radars sur les routes. En Suède, l’introduction d’une taxe carbone sur les vols domestiques a déjà permis une baisse de 4 % des émissions du secteur aérien en un an, un résultat encourageant.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient passer par une généralisation des mesures incitatives ou contraignantes, mais leur succès dépendra de leur acceptation par le public. Un projet de loi visant à réduire l’empreinte carbone des Français devrait être présenté à l’automne 2026, incluant des mesures sur les transports et l’alimentation. Reste à voir si les leçons tirées de la sécurité routière ou du tabac pourront être appliquées avec la même efficacité.

Ces exemples rappellent que les transformations sociétales ne sont jamais le fruit du hasard. Elles naissent d’une volonté politique, d’une mobilisation collective et d’un cadre réglementaire adapté. À l’heure où les débats sur la transition écologique s’intensifient, les travaux de Marion Bet offrent une grille de lecture précieuse pour repenser nos modes de vie sans renoncer à nos libertés.