Deux responsables du quotidien indépendant comorien « La Gazette des Comores », El-had Saïd Omar et Toufé Maecha, ont été interpellés lundi 8 juin en soirée par les forces de l’ordre. Selon RFI, cette arrestation intervient dans le cadre d’une enquête ouverte par le parquet, les autorités accusant les deux hommes de publications « susceptibles de troubler l’ordre public ».

Le directeur de publication et le journaliste, tous deux figures reconnues du paysage médiatique comorien, ont été placés en garde à vue dès leur interpellation, selon des sources locales contactées par la rédaction. L’affaire s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu aux Comores, où la santé de l’ex-président Ahmed Abdallah Sambi, actuellement incarcéré depuis 2021, reste un sujet sensible. Plusieurs médias indépendants avaient récemment évoqué son état de santé, suscitant des réactions contrastées au sein de la classe politique et de la société civile.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux journalistes du quotidien « La Gazette des Comores » interpellés lundi 8 juin au soir par la gendarmerie comorienne
  • El-had Saïd Omar, directeur de publication, et Toufé Maecha visés par une enquête du parquet pour « troubles à l’ordre public »
  • Les publications incriminées concernent l’état de santé de l’ex-président Ahmed Abdallah Sambi, incarcéré depuis 2021
  • Cette affaire survient dans un contexte politique déjà tendu aux Comores
  • Le quotidien « La Gazette des Comores » est le principal titre indépendant du pays

Une arrestation qui suscite l’incompréhension

L’interpellation des deux journalistes a immédiatement suscité une vague de réactions, tant au niveau national qu’international. Plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse ont dénoncé une mesure « disproportionnée » et « inquiétante pour le climat démocratique » aux Comores. Reporters sans frontières a ainsi rappelé dans un communiqué que « la liberté de la presse est un pilier essentiel de toute société démocratique » et appelé à la libération immédiate des deux professionnels des médias.

Côté comorien, certains responsables politiques proches du pouvoir ont justifié cette interpellation par la nécessité de « préserver l’ordre public » et d’éviter toute « manipulation de l’information ». Aucune déclaration officielle détaillée n’a cependant été publiée à ce stade pour préciser les griefs exacts retenus contre les deux journalistes.

Un quotidien sous pression

« La Gazette des Comores » est l’un des rares titres indépendants encore actifs dans l’archipel, où les médias sont régulièrement soumis à des pressions. Depuis plusieurs mois, le journal avait publié une série d’articles sur la détérioration de la santé d’Ahmed Abdallah Sambi, âgé de 71 ans, actuellement détenu dans l’attente de son procès pour « haute trahison » et « détournement de fonds publics ».

— Selon des sources médicales citées par le quotidien, l’ancien chef de l’État souffrirait de plusieurs pathologies, dont des problèmes cardiaques et des complications liées à son incarcération prolongée. Ces révélations avaient été relayées par d’autres médias locaux et internationaux, suscitant des débats sur les conditions de sa détention.

Le contexte politique et judiciaire sous tension

Ahmed Abdallah Sambi, au pouvoir entre 2006 et 2011, a été renversé en 2011 avant d’être arrêté en 2020 puis condamné à vie en 2021 pour corruption et détournement de fonds. Son état de santé, régulièrement évoqué dans la presse, est devenu un enjeu politique majeur, certains de ses soutiens réclamant sa libération pour raisons médicales. À l’inverse, ses détracteurs estiment qu’il ne bénéficie d’aucun traitement de faveur malgré sa condamnation.

Cette affaire intervient alors que les tensions politiques persistent aux Comores, où le président actuel, Azali Assoumani, a été réélu en 2024 dans un scrutin contesté par l’opposition. Plusieurs figures politiques et observateurs craignent une radicalisation des positions et une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes judiciaires devraient être déterminantes pour l’avenir des deux journalistes. Selon des sources proches du dossier, leur garde à vue pourrait être prolongée de 48 heures, conformément à la législation comorienne. Une audience de confirmation de leur placement en détention provisoire est attendue d’ici le 10 juin au matin. Parallèlement, des organisations internationales comme Amnesty International ont d’ores et déjà appelé à une mobilisation rapide pour éviter tout risque de détention arbitraire.

Cette affaire pourrait également relancer le débat sur la liberté de la presse aux Comores, où plusieurs médias ont été fermés ou censurés ces dernières années. Les défenseurs des droits humains appellent à une enquête indépendante sur les circonstances de cette interpellation, tandis que la communauté internationale suit désormais le dossier de près.

Les autorités comoriennes évoquent des « publications susceptibles de troubler l’ordre public », sans préciser davantage les griefs exacts pour l’instant. Selon RFI, l’enquête ouverte par le parquet reste en cours et aucune charge officielle n’a encore été formallyisée.

Ahmed Abdallah Sambi, incarcéré depuis 2021 après sa condamnation pour corruption, est une figure politique divisive. Ses soutiens réclament régulièrement sa libération pour raisons médicales, tandis que ses opposants estiment qu’il doit purger sa peine. Son état de santé, évoqué dans plusieurs médias, cristallise donc des tensions politiques et judiciaires.