Selon Le Figaro, l’écrivain algérien Kamel Daoud, lauréat du prix Goncourt en 2024 pour son roman Houris, a été condamné à trois ans de prison ferme par la justice algérienne. Cette décision, rendue en avril 2026, intervient pour une infraction à la « charte pour la paix et la réconciliation nationale », un texte controversé qui encadre la liberté d’expression en Algérie. Meursault, contre-enquête, son œuvre la plus célèbre, avait déjà été saluée pour son approche audacieuse de l’histoire franco-algérienne, en donnant la parole à la victime arabe de Meursault, personnage de Camus. Pourtant, son roman Houris — primé en France — n’a même pas été publié en Algérie. La condamnation inclut également une amende de cinq millions de dinars, soit environ 32 000 euros.
Ce qu'il faut retenir
- Kamel Daoud, écrivain et journaliste algérien, a été condamné à trois ans de prison et à une amende de 5 millions de dinars (32 000 euros) par la justice algérienne pour une infraction à la « charte pour la paix et la réconciliation nationale ».
- Cette condamnation concerne son roman Houris, prix Goncourt 2024, qui n’a pourtant pas été publié en Algérie.
- Daoud s’était déjà illustré avec Meursault, contre-enquête, une réécriture de L’Étranger de Camus, qui donne la parole à la victime arabe de Meursault.
- Cette affaire s’inscrit dans une série de restrictions judiciaires contre des intellectuels algériens, comme Boualem Sansal, condamné pour des propos sur un différend historique avec le Maroc.
- La décision pourrait pousser Daoud à l’exil et aggrave les tensions entre la liberté littéraire en France et les contraintes juridiques en Algérie.
Un écrivain au cœur des tensions franco-algériennes
Kamel Daoud, journaliste à Oran avant de devenir écrivain, est une figure majeure de la littérature contemporaine. Son style, à la fois acéré et poétique, a marqué des générations de lecteurs. Son roman Meursault, contre-enquête, paru en 2014, avait déjà suscité des débats en proposant une réponse à L’Étranger d’Albert Camus. En imaginant la voix du frère de l’Arabe tué par Meursault, Daoud offrait une réplique littéraire aux silences de l’histoire coloniale. Ce travail avait été salué par la critique française, mais aussi critiqué en Algérie pour sa réinterprétation des événements historiques.
Avec Houris, primé par l’Académie Goncourt en 2024, Daoud confirme son ambition : explorer les tabous des deux côtés de la Méditerranée. Pourtant, cette consécration française contraste avec les difficultés croissantes rencontrées par l’auteur en Algérie. La justice algérienne lui reproche d’avoir enfreint la « charte pour la paix et la réconciliation nationale », un texte adopté en 2005 pour clore les blessures de la guerre civile. Cette charte, souvent critiquée pour son flou juridique, est régulièrement utilisée pour museler les voix dissidentes.
Une condamnation symptomatique des restrictions en Algérie
Cette condamnation n’est pas isolée. Selon Le Figaro, elle s’ajoute à une série de mesures judiciaires contre des intellectuels algériens. Boualem Sansal, lui aussi écrivain, a été emprisonné pour des propos jugés critiques envers le Maroc, illustrant une tendance à instrumentaliser la justice pour des raisons politiques. « Après Sansal, la justice algérienne se mêle encore de dire le bien et le mal, cette fois en matière de littérature », souligne l’éditorial du Figaro. La décision contre Daoud semble donc s’inscrire dans une logique plus large de contrôle de la parole publique.
Le paradoxe est frappant : alors que Houris a été célébré en France pour sa liberté de ton, il est interdit en Algérie avant même d’y être publié. Cette situation pose une question de fond : jusqu’où un État peut-il s’immiscer dans la création littéraire au nom de la « réconciliation nationale » ? Pour Daoud, cette condamnation représente une double peine. Non seulement il est menacé d’emprisonnement, mais il risque aussi de voir son œuvre censurée dans son propre pays. « Cette décision est terrible et injuste », commente l’éditorial du Figaro, qui y voit une volonté d’exiler l’écrivain et de museler la pensée critique.
« La justice algérienne se mêle de dire le bien et le mal en matière de littérature. Cette décision est terrible et injuste envers Daoud. Elle le voue à l’exil. »
— Le Figaro
Les répercussions d’une décision controversée
Au-delà du cas personnel de Daoud, cette condamnation soulève des interrogations sur l’avenir de la liberté d’expression en Algérie. Depuis plusieurs années, les artistes, journalistes et écrivains font face à des restrictions croissantes. Les réseaux sociaux, souvent utilisés pour contourner la censure, sont de plus en plus surveillés. Dans ce contexte, une condamnation pour un roman non publié localement envoie un signal inquiétant : la littérature, même abroad, peut être jugée en Algérie.
Pour Daoud, les conséquences sont multiples. Sur le plan juridique, il risque une peine de prison et une amende qui, bien que symbolique en valeur absolue, représente un poids financier non négligeable. Sur le plan symbolique, cette décision pourrait dissuader d’autres auteurs de traiter de sujets sensibles. Enfin, sur le plan personnel, elle risque de le couper définitivement de son pays natal, où son œuvre est déjà marginalisée. « Elle le voue à l’exil », note Le Figaro, soulignant que des mandats d’arrêt internationaux pourraient être émis.
Cette affaire rappelle une réalité plus large : la littérature, quand elle dérange, devient souvent un champ de bataille politique. Entre la reconnaissance internationale et les contraintes locales, les auteurs comme Daoud incarnent cette tension. Leur combat n’est pas seulement pour la beauté des mots, mais pour la survie même de la pensée libre.
Kamel Daoud a été condamné pour avoir contrevenu à la « charte pour la paix et la réconciliation nationale », un texte algérien qui encadre strictement la liberté d’expression. La justice lui reproche des propos jugés contraires à cette charte, bien que son roman Houris, concerné par cette condamnation, n’ait jamais été publié en Algérie.