Erik Tegnér, directeur du média identitaire Frontières et éditorialiste sur CNews, a été condamné ce 18 juin 2026 à six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Bobigny. Selon BFM – Faits Divers, cette décision s’inscrit dans le cadre d’une procédure initiée après la publication, en janvier 2025, d’un hors-série magazine pointant du doigt une soixantaine d’avocats spécialisés en droit des étrangers.

Ce qu'il faut retenir

  • 60 avocats identifiés et présentés comme « coupables » d’une « invasion migratoire » dans un hors-série de Frontières publié en janvier 2025.
  • Condamnation pour « risque causé à autrui », délit créé par une loi de 2021 après l’assassinat de Samuel Paty pour lutter contre le doxxing.
  • Le tribunal a souligné une « rhétorique accusatoire virulente » et rappelé que ces avocats « ne faisaient qu’exercer leur mission au service de la République ».
  • Dix avocats ont saisi la justice après avoir subi des menaces et du harcèlement en ligne.
  • Erik Tegnér a écopé de six mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour cette publication.

Dans sa décision rendue public aujourd’hui, le tribunal a rappelé que les avocats visés « ne faisaient qu’exercer la mission qui leur était confiée par la République » et qu’ils constituent « les piliers de l’État de droit ». La justice a ainsi mis en avant le cadre strict dans lequel s’exerce la liberté d’expression, notamment quand elle s’accompagne d’une « rhétorique accusatoire virulente » mettant en danger les personnes ciblées.

L’affaire trouve son origine dans la parution, en janvier 2025, d’un numéro spécial de Frontières intitulé « Le podium des avocats les plus empressés à défendre les étrangers en situation irrégulière ». Ce document de 60 pages listait, avec leurs coordonnées professionnelles, les noms de ces avocats, les désignant comme « coupables » d’une « invasion migratoire » et de « militants idéologiques ». Selon BFM – Faits Divers, certains étaient également présentés comme « payés par vos impôts avec l’aide juridictionnelle », une affirmation relayée sur les réseaux sociaux du média, notamment X, TikTok et Instagram.

Les répercussions de cette publication ont été immédiates. Plusieurs avocats ont subi des messages de menaces, certains allant jusqu’à appeler à « pendre » les professionnels ainsi désignés. Me Agathe Grenouillet, avocate représentant dix parties civiles, a déclaré à BFM : « Mes clients ont été particulièrement touchés dans leur vie personnelle par cette publication qui a jeté leurs noms en pâture aux lecteurs de Frontières. Surtout, il a été rappelé que ce sont des avocats qui font simplement leur travail, et que ce travail est essentiel pour la démocratie. » Elle s’est déclarée « extrêmement satisfaite » de la décision rendue ce jour.

« La protection de la liberté d’expression conduit le tribunal à examiner avec soin la balance entre le ton adopté et le droit à l’information. Le droit d’enquêter et de publier sur le sujet des dispositifs de financement de l’aide aux migrants n’est pas en cause. Mais la liberté d’expression s’exerce dans les limites posées par la loi. »

— Extrait des motivations du tribunal correctionnel de Bobigny, 18 juin 2026

La bâtonnière de Marseille, contactée à l’époque de la publication, avait dénoncé un « dossier nauséabond, truffé d’erreurs », qualifiant l’initiative de « jeter 60 avocats en pâture ». L’objectif affiché par Frontières était de dresser un « bilan » des professionnels du droit censés favoriser l’immigration irrégulière, une thématique récurrente dans la ligne éditoriale du média identitaire. Sur ses plateformes, le groupe avait même publié les photos et identités de trois avocats, accusant ces derniers d’être rémunérés par des fonds publics pour défendre des étrangers en situation irrégulière.

Le délit retenu par le tribunal – le « risque causé à autrui » – a été instauré en août 2021, à la suite de l’assassinat de Samuel Paty. Cette infraction vise spécifiquement à lutter contre le doxxing, pratique consistant à diffuser publiquement des informations personnelles dans l’intention de nuire. Dans cette affaire, les juges ont estimé que la publication du hors-série avait « délibérément exposé les parties civiles à des risques d’atteintes avérés à leur encontre », justifiant ainsi la sanction prononcée à l’encontre d’Erik Tegnér.

Et maintenant ?

Cette condamnation marque une étape dans la jurisprudence concernant les limites de la liberté d’expression face à des publications à caractère accusatoire. Il reste à voir si cette décision sera assortie d’un appel de la part d’Erik Tegnér ou de ses avocats. Par ailleurs, le tribunal a rappelé que la liberté de la presse s’exerce dans le respect de la loi, notamment lorsque des personnes sont exposées à des risques concrets. Aucune date n’a encore été fixée pour d’éventuelles suites judiciaires ou recours.

Sollicités par BFM – Faits Divers, les avocats d’Erik Tegnér n’ont pas pu être joints pour réagir à la décision rendue ce jour. Les parties civiles, quant à elles, ont salué une décision qu’elles jugent « nécessaire pour protéger les professionnels du droit » et rappeler le cadre de leur mission.

Il s’agit d’un délit créé par une loi de 2021 pour lutter contre le doxxing. Ce texte sanctionne la diffusion publique d’informations personnelles dans l’intention de nuire à autrui ou de l’exposer à des risques concrets, comme des menaces ou des violences.