Le niveau de confiance des Français envers la justice française atteint un point historiquement bas, selon un sondage Elabe pour BFMTV publié ce mercredi 10 juin 2026. 65 % des personnes interrogées déclarent ne plus avoir confiance dans l’institution judiciaire, un chiffre en chute de dix points depuis la dernière enquête réalisée en novembre 2025. Cette défiance record survient dans un contexte marqué par l’affaire Lyhanna, une enfant de 11 ans dont la mort dans le Gers, après une série de défaillances judiciaires et policières, a profondément ébranlé l’opinion publique. Comme le rapporte BFM - Faits Divers, cette enquête Elabe révèle également une perte de confiance généralisée envers les forces de l’ordre, tandis que les mesures annoncées par le gouvernement pour répondre à la crise peinent à convaincre.
Ce qu'il faut retenir
- 65 % des Français ne font plus confiance à la justice française, un niveau inédit depuis 2019, selon le sondage Elabe pour BFMTV.
- La confiance envers la gendarmerie s’effondre à 73 %, soit une baisse de neuf points depuis 2019, et celle envers la police chute à 66 %, perdant douze points en sept ans.
- 78 % des Français jugent « irréaliste » la demande de Gérald Darmanin aux procureurs de traiter 70 000 dossiers de violences sur mineurs d’ici le 14 juillet.
- 74 % des parents d’enfants mineurs estiment que leur enfant n’est pas en sécurité dans la société actuelle, tandis que seulement 23 % se disent rassurés.
- Le gouvernement propose de renforcer les peines pour les auteurs de viols sur plusieurs victimes mineures, avec la possibilité d’une perpétuité au lieu de 20 ans actuellement.
Une défiance historique envers l’institution judiciaire
Le sondage Elabe pour BFMTV, publié ce 10 juin 2026, dresse un constat sans appel : la confiance des Français dans la justice française n’a jamais été aussi faible depuis le lancement de cette enquête en 2019. Avec 65 % de méfiance, le chiffre dépasse de loin les précédents niveaux enregistrés, reflétant une institution judiciaire perçue comme défaillante. Cette chute de dix points en seulement sept mois s’explique en grande partie par l’affaire Lyhanna, une fillette de 11 ans dont la mort dans le Gers, en avril 2026, a révélé des dysfonctionnements graves dans le traitement des signalements et des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs.
Le ministre de la Justice a d’ailleurs reconnu publiquement « des défaillances » qui auraient pu éviter ce drame. Dans un communiqué, il a évoqué un « dysfonctionnement absolument terrifiant » au sein de l’institution, un aveu qui illustre l’ampleur de la crise de légitimité actuelle. Les Français, eux, pointent du doigt un manque de sévérité de la justice, citée par 53 % des sondés comme l’une des causes principales de la montée de la violence. 38 % désignent par ailleurs la mauvaise éducation parentale, tandis que l’État et la justice sont jugés « pas assez mobilisés » par respectivement 82 % et 80 % des personnes interrogées.
Les forces de l’ordre également touchées par la défiance
Si la justice cristallise les critiques, les forces de l’ordre ne sont pas épargnées. La confiance envers la gendarmerie s’établit à 73 %, en recul de neuf points depuis 2019, tandis que celle envers la police chute à 66 %, soit une perte de douze points en sept ans. Ces chiffres, révélés par le même sondage, illustrent une remise en cause globale du système de protection, amplifiée par l’affaire Lyhanna. Le général Hubert Bonneau, chef de la gendarmerie nationale, a d’ailleurs reconnu un « échec » de son institution dans cette affaire, après que le principal suspect, déjà connu pour des signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineures, a pu commettre son crime.
Cette crise de confiance s’étend jusqu’aux institutions scolaires et associatives. 68 % des Français estiment que l’école n’est pas à la hauteur sur la question de la protection des mineurs, et 63 % portent le même jugement sur les forces de l’ordre. En revanche, 62 % des sondés considèrent que les associations font « le nécessaire » pour protéger les enfants, un point positif dans ce paysage autrement sombre.
Des mesures gouvernementales jugées insuffisantes
Face à cette crise, le gouvernement a tenté de réagir. Sébastien Lecornu, ministre de l’Intérieur, a annoncé ce mardi 9 juin 2026 des mesures visant à renforcer la protection des mineurs. Parmi elles, l’idée de durcir les peines pour les auteurs de viols sur plusieurs victimes mineures, avec la possibilité d’une perpétuité réelle au lieu des 20 ans actuellement encourus. Une proposition qui s’inscrit dans une volonté affichée de répondre à l’émotion suscitée par la mort de Lyhanna.
Autre annonce forte : Gérald Darmanin, ministre de la Justice, a demandé aux procureurs généraux de reprendre « l’intégralité des plaintes touchant les enfants » d’ici le 14 juillet. Un total de 70 000 dossiers est concerné. Pourtant, 78 % des Français estiment cette mesure « irréaliste » et doutent de son efficacité, selon le sondage Elabe. Une magistrate, Evelyne Sire-Marin, a d’ailleurs tempéré ces ambitions en déclarant que « traiter 70 000 dossiers concernant des mineurs d’ici un mois est strictement impossible ».
Un sentiment d’insécurité généralisé chez les parents
Le sondage révèle une inquiétude profonde parmi les parents d’enfants mineurs. 74 % d’entre eux estiment que leur enfant n’est pas en sécurité dans la société actuelle, un chiffre qui contraste avec les 23 % qui se disent rassurés. Cette perception d’un environnement hostile s’accompagne d’une critique acerbe envers les institutions. 82 % des Français estiment que l’État et le gouvernement ne sont pas assez mobilisés pour lutter contre les violences sur mineurs, et 80 % partagent ce jugement concernant la justice. L’école, elle, est pointée du doigt par 68 % des sondés, tandis que les associations bénéficient d’une image plus positive, avec 62 % de confiance.
Les causes de cette montée de l’insécurité sont multiples, selon les Français. 53 % citent un manque de sévérité de la justice, 38 % une mauvaise éducation parentale, et 37 % (chiffre non précisé dans l’enquête mais mentionné dans l’article source) un manque de moyens alloués à la protection de l’enfance. Autant de facteurs qui alimentent un sentiment de vulnérabilité collective.
En conclusion, le sondage Elabe pour BFMTV révèle une crise de confiance sans précédent envers la justice et les forces de l’ordre, dans un contexte marqué par des drames évitables. Les annonces gouvernementales, bien que nombreuses, peinent à convaincre une opinion publique en quête de garanties tangibles. L’affaire Lyhanna, symbole des dysfonctionnements structurels, continue de hanter le débat public, rappelant que la protection des mineurs reste un défi majeur pour les institutions françaises.
Le gouvernement a proposé de renforcer les peines pour les auteurs de viols sur plusieurs victimes mineures, avec la possibilité d’une perpétuité réelle au lieu de 20 ans actuellement. Par ailleurs, Gérald Darmanin a demandé aux procureurs généraux de reprendre l’intégralité des 70 000 dossiers de violences sur mineurs d’ici le 14 juillet 2026.
Cette opinion s’explique par le volume exceptionnel de dossiers à traiter en un temps record, ainsi que par les déclarations de magistrats comme Evelyne Sire-Marin, qui a estimé que « traiter 70 000 dossiers concernant des mineurs d’ici un mois est strictement impossible ». Les Français doutent donc de la faisabilité opérationnelle de cette mesure.