Comme le rapporte RFI, les opérations de déguerpissement ont repris à Abidjan en moins d’une semaine, suscitant une vive polémique. Menées par le district autonome d’Abidjan, ces « opérations de restauration de l’ordre urbain » visent à démolir des quartiers précaires, alors que la saison des pluies bat son plein. À Port-Bouët, dans le sud de la capitale économique, un deuxième quartier informel, Vridi-Canal, est en cours de destruction. Ce site, occupé depuis plus de six décennies, illustre l’ampleur des tensions autour de ces expulsions forcées.
Ce qu'il faut retenir
- Les déguerpissements ont repris en moins d’une semaine à Abidjan, selon RFI, malgré le contexte de saison des pluies.
- Un quartier informel de Port-Bouët, Vridi-Canal, est en cours de démolition, alors qu’il existe depuis plus de 60 ans.
- Ces opérations, menées par le district autonome d’Abidjan, sont critiquées par l’opposition politique.
Des expulsions relancées en pleine saison des pluies
Les opérations de déguerpissement, présentées comme des « restaurations de l’ordre urbain » par les autorités, ont repris leur rythme à Abidjan. Pourtant, la saison des pluies, qui s’étend de mai à juillet, rend les conditions de vie déjà précaires encore plus difficiles pour les populations concernées. À Port-Bouët, dans le sud d’Abidjan, les bulldozers ont commencé à raser Vridi-Canal, un quartier où des milliers de personnes vivaient depuis des générations. Selon RFI, cette opération fait suite à une première vague de déguerpissements survenue quelques jours plus tôt dans un autre secteur de la ville.
Les autorités ivoiriennes justifient ces expulsions par la nécessité de lutter contre l’occupation illégale des terrains et de moderniser la capitale économique. Cependant, les associations de défense des droits humains et l’opposition dénoncent une politique brutale, menée sans solution de relogement préalable pour les familles expulsées. « Ces opérations surviennent au pire moment, alors que les pluies transforment les zones informelles en marécages », a souligné un responsable associatif sous couvert d’anonymat.
Port-Bouët dans la tourmente : Vridi-Canal, un quartier historique menacé
Vridi-Canal, situé à Port-Bouët, est l’un des quartiers les plus anciens et les plus densément peuplés d’Abidjan. Fondé il y a plus de soixante ans, il abrite des centaines de familles, des commerces informels et des activités portuaires artisanales. Les riverains, pris de court par l’annonce des démolitions, tentent tant bien que mal de sauver ce qui peut l’être. « On nous a prévenus seulement la veille de l’arrivée des bulldozers. Où allons-nous aller avec nos enfants ? », s’est insurgé un habitant, cité par RFI.
Les images diffusées par les médias locaux montrent des familles entassant leurs biens dans des charrettes, tandis que des groupes de jeunes tentent de bloquer l’accès aux engins de démolition. Les forces de l’ordre, déployées en nombre, maintiennent l’ordre mais ne peuvent empêcher les scènes de désolation. Selon des témoignages recueillis sur place, les démolitions ont déjà touché plus de 200 habitations, sans que les autorités n’aient proposé d’alternative viable aux expulsés.
L’opposition dénonce une politique « inhumaine et précipitée »
À l’Assemblée nationale, plusieurs députés de l’opposition ont vivement critiqué la gestion de ces déguerpissements. « Le gouvernement joue avec le sort des plus vulnérables. Expulser des gens en pleine saison des pluies, sans relogement, relève de l’irresponsabilité », a déclaré un député du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). D’autres responsables politiques, comme ceux du Front populaire ivoirien (FPI), ont évoqué une « stratégie électorale » visant à libérer des terrains pour des projets immobiliers avant les prochaines élections.
Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Urbanisme, a pour sa part réaffirmé sa volonté de « nettoyer la ville des constructions anarchiques ». Il a rappelé que des indemnisations étaient prévues pour les propriétaires disposant de titres fonciers, tout en reconnaissant que « les solutions de relogement prennent du temps ». Un argument qui ne convainc pas les associations, qui rappellent que la majorité des habitants de Vridi-Canal sont locataires ou squatteurs, sans droit légal sur les terrains occupés.
En attendant, les habitants de Port-Bouët doivent faire face à une situation humanitaire de plus en plus tendue. Les pluies, qui s’intensifient depuis le début du mois, aggravent les risques sanitaires et sécuritaires dans les zones non loties. Les autorités promettent des « solutions rapides », mais pour des milliers de familles, le compte à rebours est déjà bien entamé.
Selon les directives du district autonome d’Abidjan, seules les personnes disposant d’un titre foncier peuvent prétendre à une indemnisation. Les locataires et squatteurs, majoritaires dans les quartiers précaires comme Vridi-Canal, n’ont droit à aucune compensation financière, mais peuvent éventuellement être relogés dans des conditions précaires, sous réserve de places disponibles.