Alors que le coup d’envoi de la Coupe du monde de la FIFA 2026, présentée comme l’édition la plus ambitieuse de l’histoire avec 48 équipes et 104 matchs, approche à grands pas, les retombées économiques promises aux pays hôtes pourraient décevoir, notamment aux États-Unis. Selon un rapport publié ce 5 mai 2026 par l’American Hotel & Lodging Association (AHLA) et relayé par Euronews FR, la demande touristique attendue ne se concrétise pas par des réservations hôtelières à la hauteur des espérances. Les voyageurs nationaux, plus nombreux que prévu, devancent largement les touristes internationaux, tandis que des obstacles structurels freinent l’afflux de visiteurs étrangers.
Ce qu'il faut retenir
- Seulement 80 % des hôteliers interrogés dans 11 villes hôtes américaines déclarent des réservations inférieures aux prévisions initiales.
- Entre 65 % et 70 % des hôteliers citent les contraintes de visas et les préoccupations géopolitiques comme principales raisons du recul de la demande internationale.
- Les annulations de blocs de chambres réservés par la FIFA et la hausse des coûts ont contribué à un « signal artificiel de demande précoce », aujourd’hui revu à la baisse.
- Les villes comme Miami et Atlanta enregistrent des résultats positifs, tandis que Kansas City, Boston, Philadelphie et San Francisco affichent des taux de réservation très en deçà des attentes.
- Les dépenses liées à l’événement pourraient atteindre 4,3 milliards de dollars, principalement dans l’hôtellerie et la restauration, mais Oxford Economics estime que les retombées économiques globales seront « marginales et de courte durée ».
Un enthousiasme mondial qui ne se traduit pas par des réservations concrètes
Présentée comme un événement historique avec un record de 48 équipes et une diffusion mondiale, la Coupe du monde 2026 suscite un engouement certain. Pourtant, selon le dernier rapport de l’AHLA, intitulé FIFA World Cup 2026 Hotel Outlook, l’enthousiasme ne se traduit pas encore par une affluence touristique à la mesure des attentes. Les voyageurs nationaux, plus enclins à réserver des hébergements pour l’été, remplissent les hôtels à des niveaux habituels, mais les touristes internationaux, essentiels pour dynamiser l’économie locale, restent en retrait. « Les hôtels des marchés hôtes se préparent depuis des années pour la Coupe du monde, et s’il y a une véritable excitation, les données dressent un tableau plus nuancé », a déclaré Rosanna Maietta, présidente-directrice générale de l’AHLA.
Les obstacles aux déplacements internationaux, couplés à la hausse des coûts des transports et de l’hébergement, jouent un rôle clé dans ce déséquilibre. Les contraintes administratives, notamment en matière de visas, et les inquiétudes géopolitiques freinent considérablement la conversion des intentions de voyage en réservations effectives. Un phénomène qui contraste avec l’optimisme affiché par les organisateurs avant le tournoi.
Des annulations de blocs et des attentes revues à la baisse
L’une des raisons majeures de cette déception tient à la gestion initiale des réservations hôtelières. Les hôtels avaient bloqué d’importants volumes de chambres pour répondre aux besoins officiels de la FIFA, créant un « signal artificiel de demande précoce ». Cependant, environ la moitié des répondants indiquent avoir libéré une partie de ces blocs, faute de confirmations suffisantes de la part des organisateurs ou des fédérations participantes. Résultat : les prévisions de demande ont dû être révisées à la baisse, privant certains marchés d’un afflux touristique escompté.
Ce phénomène a particulièrement affecté les villes moins habituées à accueillir des événements sportifs de cette envergure. À Kansas City, par exemple, entre 85 % et 90 % des hôteliers interrogés signalent des niveaux de réservation inférieurs aux attentes, avec une demande similaire à celle d’un été standard sans grand événement. Des tendances comparables sont observées à Boston, Philadelphie, San Francisco et Seattle, où certains opérateurs qualifient la Coupe du monde de « non-événement » pour l’instant. À l’inverse, Miami et Atlanta, bénéficiant d’un attrait touristique plus marqué et d’une meilleure connectivité aérienne, enregistrent des performances supérieures aux projections.
Un impact économique inégal selon les régions
L’analyse des données révèle une disparité frappante entre les marchés. Les grandes métropoles comme New York et Los Angeles, bien que moins touchées que les villes moyennes, affichent des réservations en deçà des prévisions liées à la Coupe du monde, sans pour autant enregistrer de baisse par rapport à un été classique. À Dallas et Houston, environ 70 % des hôtels confirment des réservations inférieures aux projections, malgré un taux d’occupation stable grâce à une demande de base soutenue.
Les dépenses totales générées par l’événement sont estimées à 4,3 milliards de dollars, principalement dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration. Toutefois, selon les économistes d’Oxford Economics, les retombées économiques globales devraient rester « marginales et de courte durée ». Barbara Denham, économiste pour Oxford Economics, souligne que « une grande partie de la demande se substituera à des voyages existants », limitant ainsi l’effet positif sur l’économie locale. Les plus petites villes, moins saturées par le tourisme traditionnel, pourraient néanmoins en tirer un bénéfice relatif.
« Pour exploiter pleinement le potentiel de la Coupe du monde, les États-Unis et la FIFA doivent garantir une expérience accueillante et fluide pour les voyageurs internationaux. Cela passe par l’évitement de hausses inutiles des coûts des visas et des transports, ainsi que par la modération des taxes locales qui pourraient nuire aux rencontres et aux consommateurs. »
Dans un contexte où l’événement est censé marquer l’histoire du football mondial, l’enjeu dépasse désormais le seul cadre sportif. La capacité des pays hôtes à transformer cet élan en une expérience mémorable et économiquement profitable dépendra en grande partie de leur capacité à lever les freins structurels qui persistent. Une question reste en suspens : dans quelle mesure ces retards dans les réservations pourront-ils être rattrapés d’ici le début de la compétition ?
La Coupe du monde 2026 marque plusieurs records : elle rassemble 48 équipes, contre 32 auparavant, et prévoit 104 matchs, soit une compétition élargie de près de 50 %. C’est la première fois que l’événement est organisé conjointement par trois pays — les États-Unis, le Canada et le Mexique — et par seize villes hôtes en Amérique du Nord.
Les principaux obstacles identifiés sont les contraintes de visas, les préoccupations géopolitiques, la hausse des coûts des transports et de l’hébergement, ainsi que les annulations de blocs de chambres initialement réservés par la FIFA. Ces facteurs limitent la conversion des intentions de voyage en réservations effectives.