Pour la première fois de son histoire, Courrier International invite un artiste à s’emparer des pages de son édition papier. Alexandre Farto, alias Vhils, figure majeure de l’art urbain, signe ce numéro double et collector, marquant une collaboration inédite entre un magazine et un créateur dont l’œuvre dialogue avec l’actualité internationale.
Ce qu'il faut retenir
- Première collaboration d’un artiste invité à façonner l’édition papier de Courrier International, selon ses propres codes visuels.
- Vhils, artiste portugais de renom, est reconnu pour ses fresques urbaines réalisées à partir de strates murales, mêlant destruction poétique et création artistique.
- Ce numéro spécial explore le rôle de l’art dans la transformation des villes, en écho aux engagements de l’artiste et aux thématiques chères au magazine.
- Quatre couvertures distinctes sont créées à partir d’affiches du journal, retravaillées par Vhils en quatre billboards sculptés au cutter.
- Le dossier central aborde l’art comme levier de changement urbain, avec des contributions de Vhils sur ses projets internationaux et des articles de la presse étrangère.
- La publication inclut également des analyses sur des sujets d’actualité internationale, comme le sommet Trump-Xi ou la parentalité en Afrique du Sud.
Un artiste aux multiples facettes, engagé dans le dialogue social
Selon Courrier International, le choix de Vhils s’inscrit dans une volonté de croiser les enjeux contemporains avec la démarche artistique. L’artiste portugais, né en 1987, est en effet connu pour ses interventions dans l’espace public, où il utilise des techniques variées — du marteau-piqueur à l’explosif, en passant par la craie — pour révéler « ce qui se cache derrière les murs ». « Chaque mur est une découverte », explique-t-il dans un entretien accordé depuis son atelier de Lisbonne. « Je révèle ce qu’il y a sous la surface, mais sans savoir ce que je vais y trouver : ni quelles couleurs ni quelles histoires. »
Son travail, qui s’étend de Lisbonne à Shanghai, en passant par Rio, Le Caire, Londres ou Marseille, interroge les dynamiques urbaines et sociales. Vhils se définit comme un « archéologue des murs » et un passeur entre les époques, les périphéries et les centres, l’art et l’industrie. Cette approche résonne avec les thématiques régulièrement abordées par Courrier International : l’urbanisation accélérée, le lien social ou encore la place de l’art dans les villes.
Une collaboration inédite pour réinventer l’objet magazine
Pour ce numéro exceptionnel, les équipes de Courrier International et du Studio Vhils ont travaillé pendant plusieurs mois, à Paris comme à Lisbonne, afin de fusionner les univers du journalisme et de l’art. L’objectif ? Proposer une lecture alternative de l’actualité, où les articles dialoguent avec les créations de Vhils. « Un journal est aussi un objet, sensible et précieux », souligne la rédaction. « Nous voulions mettre en valeur sa dimension matérielle en confiant les clés de sa mise en page à un artiste dont l’œuvre joue avec la matière et les strates. »
La démarche a nécessité des échanges réguliers entre les deux équipes, depuis les réunions à distance jusqu’aux rencontres en présentiel. Ces dernières ont permis aux journalistes de s’imprégner de l’univers de Vhils, tandis que l’artiste découvrait les contraintes techniques liées à la fabrication d’un magazine. Résultat : une édition où l’art visuel et le contenu éditorial s’entrelacent. Les quatre couvertures, par exemple, sont issues de quatre affiches du journal retravaillées par Vhils, qui en a sculpté les strates au cutter pour en extraire des visages monumentaux.
Un dossier central dédié à l’art comme levier de transformation urbaine
Le dossier phare de ce numéro, intitulé « Le dossier sur l’art et la cité », s’articule autour de deux axes. D’une part, des articles sélectionnés dans la presse internationale — de Chengdu à San Francisco, en passant par São Paulo et Johannesburg — explorent le rôle transformateur de l’art dans les métropoles. D’autre part, Vhils apporte sa contribution en commentant ses propres projets dans ces mêmes villes. « Comme un écho au travail de l’artiste, auquel il répond lui-même par de courtes notes », précise Courrier International.
Parmi les éléments marquants de cette collaboration figure l’intégration d’images issues de « City Slow Motion », une série moins connue de Vhils. Entre 2016 et 2021, l’artiste a installé des caméras haute définition dans des villes du monde entier pour capturer la vie quotidienne et mettre en lumière la diversité culturelle face à la standardisation des métropoles mondialisées. Ces images, utilisées dans la partie « Transversales » du magazine, offrent un regard complémentaire sur son travail.
Un plaidoyer pour l’urbanisme du désordre
Le numéro s’achève sur un « vibrant plaidoyer pour l’urbanisme du désordre », en écho à la philosophie de Vhils. À l’entrée de son atelier de Lisbonne, une citation de l’écrivain portugais José Saramago accueille les visiteurs : « Le chaos est un ordre à déchiffrer. » Cette phrase résume l’esprit de l’édition : un appel à voir au-delà des apparences, à interpréter les strates de la société contemporaine à travers le prisme de l’art et du journalisme.
Pour Courrier International, ce numéro spécial marque une étape dans sa volonté de renouveler le format magazine. « Nous souhaitions montrer qu’un journal peut être bien plus qu’un support d’information : un objet d’art à part entière », explique la rédaction. La collaboration avec Vhils illustre ainsi la capacité du médium à transcender sa fonction traditionnelle pour devenir un espace de création et de réflexion.
Autres sujets marquants du numéro
Ce numéro exceptionnel ne se limite pas à la collaboration avec Vhils. Il propose également un éventail d’analyses et de reportages sur des sujets d’actualité internationale. Parmi eux, un dossier du Financial Times sur la « cosméticorexie », une pathologie touchant de plus en plus de jeunes filles obsédées par une peau parfaite, alimentée par l’industrie des cosmétiques et les réseaux sociaux. L’Italie est le premier pays à s’attaquer à ce phénomène, surnommé « Sephora Kids ».
Autre enquête majeure : un reportage du Süddeutsche Zeitung sur la parentalité en Afrique du Sud, où deux enfants sur trois grandissent sans père biologique, en raison des séquelles de l’apartheid. L’article met en lumière des hommes qui tentent de briser ce cycle et de devenir de meilleurs parents, malgré les défis socio-économiques.
Enfin, un article du Folha de São Paulo raconte l’histoire d’un dispensaire construit dans la réserve du Rio Gregório, en Amazonie brésilienne. Ce centre médical, qui dessert 242 familles réparties dans 17 villages, réduit considérablement les temps de trajet pour les soins, passés de trois à six jours à quelques heures seulement. Un projet salué par les habitants comme un « rêve qui se réalise ».
Autant dire que ce numéro de Courrier International se distingue par sa diversité et son ambition : mêler art, actualité et réflexion pour offrir aux lecteurs une expérience à la fois visuelle et intellectuelle.
Vhils, de son vrai nom Alexandre Farto, est un artiste portugais né en 1987, reconnu pour ses interventions urbaines qui transforment les murs en œuvres d’art. Son travail, à la fois destructeur et créateur, consiste à creuser les strates des murs pour révéler des visages ou des motifs, interrogeant ainsi les dynamiques sociales et urbaines. Courrier International s’intéresse à son approche car elle résonne avec ses propres thématiques : l’urbanisation, le lien social et le rôle de l’art dans la société. De plus, la collaboration permet de repenser le format magazine en y intégrant une dimension artistique.
Vhils utilise une grande variété de techniques, allant du marteau-piqueur à l’explosif, en passant par la craie ou le cutter. Ses œuvres, souvent monumentales, sont visibles dans de nombreuses villes à travers le monde, comme Lisbonne, Shanghai, Rio, Le Caire, Londres ou encore Marseille. Ces fresques, qui humanisent les espaces urbains, sont réalisées à partir de strates murales, révélant ce qui se cache sous la surface. Certaines de ses créations sont temporaires, tandis que d’autres deviennent des emblèmes des quartiers où elles sont implantées.