Près d’un tiers des Français renoncent à appliquer de la crème solaire malgré les risques avérés pour la santé, selon une enquête annuelle OpinionWay pour la Fédération des entreprises de la beauté. Réalisée auprès de la population sur les plages et en dehors, cette étude révèle que les motifs invoqués sont variés : volonté de bronzer, coût, praticité ou encore préoccupations environnementales. Franceinfo - Santé fait le point sur les idées reçues entourant les crèmes solaires, en s’appuyant sur des données scientifiques et des recommandations officielles.

Ce qu’il faut retenir

  • La crème solaire ne bloque pas totalement le bronzage, mais le ralentit en protégeant la peau des ultraviolets.
  • Une crème SPF 50 laisse passer 2 % des rayons UVB, suffisant pour bronzer même avec une protection élevée.
  • Les crèmes solaires polluent les écosystèmes marins, avec plus de 35 kg de produits déversés par jour sur une plage de 1 000 personnes.
  • Certains filtres UV, comme l’oxybenzone ou l’octinoxate, sont pointés du doigt pour leur toxicité sur les coraux et les tortues.
  • Les crèmes minérales à base d’oxyde de zinc ou de dioxyde de titane sont préférables, mais l’étiquette « reef-safe » n’est pas réglementée.

Bronzage : la crème solaire ne l’empêche pas, mais le modère

Contrairement à une idée reçue, l’application d’une crème solaire n’interdit pas de bronzer. « Le bronzage est une réaction de défense de la peau face à une agression, ici les rayons ultraviolets », rappelle Franceinfo - Santé. En se protégeant avec une crème, même à indice élevé, la peau est moins agressée et bronze donc moins rapidement. Pourtant, même un SPF 50, renouvelé toutes les deux heures, laisse filtrer 2 % des UVB, un taux suffisant pour provoquer un changement de teint.

Cette protection est d’autant plus cruciale que toutes les peaux, qu’elles soient claires ou foncées, nécessitent une défense contre les ultraviolets. « Avoir davantage de mélanine dans la peau ne protège pas du soleil », souligne la même source. Autrement dit, les peaux mates ou noires doivent aussi recourir à une crème solaire pour prévenir les risques de cancers cutanés.

Pollution marine : un quart de la crème se dissout dans l’eau

Les crèmes solaires contribuent à la pollution des océans, un phénomène documenté par une revue de 110 études publiée en 2025 dans le Marine Pollution Bulletin. Selon ces travaux, au moins un quart de la crème appliquée se dissout dans l’eau lors de la baignade. Sur une plage fréquentée par 1 000 personnes, cela représente plus de 35 kg de produits déversés chaque jour en mer. Une quantité non négligeable, surtout lorsque l’on sait que les filtres chimiques peuvent persister dans l’environnement pendant des années.

Les tortues marines figurent parmi les premières victimes. Une étude parue en 2020 dans la même revue scientifique a détecté la présence d’agents solaires dans le sang de tortues caouannes juvéniles en mer Adriatique. En 2022, des chercheurs ont établi un lien entre des marqueurs d’inflammation chez certaines de ces tortues et leur taux de filtres UV, confirmant l’impact de ces substances sur leur santé.

Coraux en danger : des filtres UV à l’origine de dommages

Les récifs coralliens subissent aussi les conséquences des crèmes solaires. Chaque année, entre 6 000 et 14 000 tonnes de produits solaires se déversent dans les océans, selon une étude de 2016. Les expériences en laboratoire ont montré que certains filtres anti-UV, comme l’oxybenzone ou l’octinoxate, peuvent blanchir les coraux, altérer leur ADN ou provoquer des malformations. « Cependant, une revue de la National Academy of Sciences en 2022 indique que les concentrations mesurées dans la nature restent souvent inférieures aux seuils toxiques », tempère Franceinfo - Santé.

Pour l’heure, c’est surtout le réchauffement climatique qui constitue la menace principale pour les coraux. Les filtres UV aggravent-ils la situation ? Les scientifiques restent prudents, mais recommandent de limiter leur utilisation pour préserver ces écosystèmes fragiles. « À ce stade, les données ne permettent pas d’affirmer que les crèmes solaires sont la cause majeure du blanchissement des coraux, mais elles y contribuent localement », précise la même source.

Comment choisir une crème solaire plus respectueuse de l’environnement ?

Face à ces enjeux, le choix du produit devient crucial. Franceinfo - Santé recommande de privilégier les crèmes solaires minérales, composées d’oxyde de zinc ou de dioxyde de titane. Ces filtres physiques sont jugés moins nocifs pour les écosystèmes marins, bien que leur impact environnemental ne soit pas nul, notamment sous forme de nanoparticules. À l’inverse, certains filtres chimiques sont à éviter absolument : oxybenzone, benzophénone-1, benzophénone-8, OD-PABA, 4-méthylbenzylidène-camphre, 3-benzylidène-camphre, octinoxate ou encore octocrylène.

Une vigilance particulière s’impose face aux étiquettes « reef-safe » ou « sécurisée pour les récifs ». « Cette mention n’est pas réglementée et ne garantit rien », met en garde Franceinfo - Santé. Pour limiter son impact, il est aussi possible d’opter pour des vêtements et chapeaux anti-UV, une alternative efficace et durable.

Et maintenant ?

Les discussions autour de la réglementation des crèmes solaires pourraient s’intensifier dans les mois à venir. En 2023, plusieurs pays, dont Hawaï et Palau, ont déjà interdit certains filtres chimiques. En Europe, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) étudie actuellement la possibilité de restreindre l’usage de substances comme l’oxybenzone. Une décision est attendue d’ici fin 2026, ce qui pourrait inciter les fabricants à reformuler leurs produits. En attendant, les consommateurs sont invités à vérifier les compositions et à privilégier les alternatives minérales ou mécaniques.

Pour conclure, l’utilisation d’une crème solaire reste indispensable pour se protéger des risques de cancers cutanés, mais son impact environnemental doit être pris en compte. Entre protection personnelle et préservation des écosystèmes, le choix des produits et des modes de protection devient un enjeu de santé publique et écologique.

L’étiquette « reef-safe » n’est pas encadrée par une réglementation officielle. Elle est souvent apposée par les fabricants sans contrôle indépendant. « Elle ne garantit en rien l’innocuité du produit pour les récifs coralliens ou les espèces marines », indique Franceinfo - Santé. Pour être certain de limiter son impact, mieux vaut se référer aux compositions détaillées et privilégier les crèmes minérales.

Parmi les filtres chimiques les plus pointés du doigt figurent l’oxybenzone, l’octinoxate et l’octocrylène. Ces substances sont associées à des dommages génétiques, à un blanchissement des coraux et à des perturbations endocriniennes chez certaines espèces marines. Plusieurs études, dont celles publiées dans le Marine Pollution Bulletin, soulignent leur toxicité potentielle.