Face à l’afflux massif de vêtements et textiles usagés, l’éco-organisme Refashion, mandaté par l’État, lance une campagne pour inciter les Français à déposer l’intégralité de leurs déchets textiles dans les bornes de collecte dédiées. Pourtant, les acteurs historiques comme Emmaüs ou Le Relais dénoncent un modèle saturé et une qualité des textiles récupérés en baisse constante, selon Le Figaro.

Chaque année en France, près de 3,5 milliards de pièces de vêtements, linge de maison et chaussures sont mises sur le marché. Une grande partie d’entre elles finit inévitablement en déchets, et deux tiers des Français jettent encore leurs textiles usagés dans les ordures ménagères, où ils seront incinérés ou enfouis. Une pratique que Maud Hardy, directrice générale de Refashion, qualifie de « catastrophe écologique » dans les colonnes du Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • En France, 3,5 milliards de pièces textiles sont mises sur le marché chaque année, dont une grande partie finit en déchets.
  • Deux tiers des Français jettent leurs textiles usagés dans les poubelles ménagères, où ils sont incinérés ou enfouis.
  • Refashion, éco-organisme mandaté par l’État, lance une campagne pour inciter à déposer l’intégralité des textiles usagés dans les bornes dédiées.
  • Les acteurs de la collecte comme Emmaüs ou Le Relais alertent sur un modèle saturé et une baisse de la qualité des textiles récupérés.
  • En 2014, Emmaüs pouvait valoriser 64 % des textiles collectés, contre seulement 56 % en 2024.
  • Refashion a été récemment sanctionné pour non-respect de ses obligations de reprise des textiles indésirables auprès des acteurs de l’économie sociale et solidaire.

Une campagne pour sensibiliser le grand public

Refashion, en charge de la gestion des déchets textiles pour le compte de l’État, a lancé mardi une campagne de sensibilisation pour encourager les Français à déposer leurs vêtements et textiles usagés dans les bornes de collecte dédiées. L’objectif ? Récupérer les 10 kg de textiles par habitant et par an qui finissent encore dans les poubelles ménagères, au lieu d’être incinérés ou enfouis.

Ces déchets pourraient être valorisés de deux manières : soit recyclés, par exemple pour fabriquer de l’isolant dans l’industrie automobile, soit transformés en combustibles solides de récupération (CSR) pour alimenter des usines ou des collectivités. Une alternative qui, selon Refashion, permettrait d’éviter le gaspillage et de limiter l’impact environnemental de ces déchets.

Les acteurs de la collecte dénoncent un modèle saturé

Les associations et entreprises de tri, comme Emmaüs ou Le Relais, tirent pourtant la sonnette d’alarme. Elles dénoncent une saturation du système et une dégradation constante de la qualité des textiles récupérés. Tarek Daher, délégué général d’Emmaüs, explique à l’AFP que « la qualité a tellement baissé que l’on ne peut plus valoriser que 56 % des textiles collectés en 2024, contre 64 % dix ans plus tôt ».

Cette baisse s’explique en partie par l’essor de la mode éphémère et des plateformes de revente comme Vinted, qui captent les vêtements en bon état avant qu’ils ne parviennent aux acteurs du réemploi. Résultat : ces derniers se retrouvent submergés par des tonnes de textiles inutilisables, comme des jeans élimés, des chaussettes dépareillées ou des chiffons tachés.

Des tensions récurrentes entre Refashion et les acteurs du tri

Depuis le début de l’année, Refashion a l’obligation légale de reprendre, sans frais, les textiles indésirables collectés par des acteurs comme la Croix-Rouge, Emmaüs, le Secours Catholique ou les recycleries. Pourtant, cette obligation n’est pas toujours respectée. Refashion a été sanctionné récemment par la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) pour non-respect de cette règle, selon Le Figaro.

Tarek Daher, d’Emmaüs, affirme que les retards et les volumes insuffisants sont récurrents :

« Il ne se passe pas deux jours sans qu’on ait des appels des structures sur le terrain qui nous disent : “Ça ne va pas, ils prennent 500 kg alors que j’ai 6 tonnes qui attendent…”. Et tout ça est très documenté »,
déclare-t-il à l’AFP. Refashion, de son côté, se défend en évoquant une « mise sous tension » du dispositif, notamment après la grève de la collecte de l’été 2025 menée par certains opérateurs de tri. L’éco-organisme assure désormais que le système est « pleinement opérationnel ».

Quel avenir pour la filière du textile usagé ?

Le gouvernement doit prochainement annoncer un nouveau cahier des charges pour la filière textile, qui fixera les obligations et objectifs à atteindre. Une réforme attendue avec prudence par les acteurs du secteur. Tarek Daher craint en effet que la solution de facilité ne consiste à privilégier la transformation des textiles en combustibles plutôt que leur réemploi, pourtant considéré comme la priorité.

Pour Refashion, la solution passe par une meilleure sensibilisation du public et une optimisation de la collecte. Maud Hardy souligne que « la grève de l’été 2025 a multiplié par dix les demandes de reprise sans frais », mettant en lumière les lacunes du système actuel. L’enjeu est de taille : éviter que des millions de tonnes de textiles ne finissent en décharge ou en incinérateur chaque année.

Et maintenant ?

Le nouveau cahier des charges, attendu dans les prochaines semaines, pourrait redéfinir les règles du jeu pour les acteurs de la filière. Les associations espèrent qu’il renforcera les obligations de Refashion en matière de reprise des textiles indésirables et qu’il donnera la priorité au réemploi plutôt qu’à la valorisation énergétique. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer la crise qui touche le secteur depuis plusieurs années.

En attendant, Refashion continue sa campagne de sensibilisation, tandis que les acteurs de la collecte tentent de s’adapter à un modèle en pleine mutation. Une chose est sûre : la question du devenir des textiles usagés en France reste un défi majeur pour les années à venir.

Selon Refashion, il faut les déposer dans les bornes de collecte dédiées, même s’ils sont abîmés. Ces points de collecte (Le Relais, Croix-Rouge, etc.) sont équipés pour recycler ou valoriser ces textiles, plutôt que de les jeter dans les poubelles ménagères où ils seraient incinérés ou enfouis.