Alors que la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 s’annonce déjà sous haute tension, le secteur culturel français reste étrangement absent des débats politiques. Pourtant, les signaux d’alerte s’accumulent : coupes budgétaires historiques, précarisation croissante des artistes et remise en cause de l’exception culturelle française. Une situation que dénonce sans détour Alexandre Curnier, éditeur et metteur en scène, dans une tribune publiée par Libération.

Ce qu'il faut retenir

  • L’écosystème du livre subit des coupes budgétaires sans précédent, menaçant sa pérennité.
  • Le statut des artistes se dégrade, avec une précarité qui s’aggrave d’année en année.
  • L’exception culturelle française, pilier de l’identité nationale, est désormais remise en cause par des offensives idéologiques inédites.
  • Le débat présidentiel de 2027 ignore massivement ces enjeux, alors que les échéances électorales approchent.
  • Alexandre Curnier, éditeur et metteur en scène, alerte sur cette « absence de vision » des candidats.

Selon Libération, les artistes et professionnels de la culture subissent une double peine : d’un côté, des financements publics en net recul, de l’autre, une remise en question des mécanismes de protection qui ont fait la force du modèle français. Les subventions aux salles de spectacle, aux librairies indépendantes ou aux festivals sont de plus en plus rares, tandis que les charges sociales et fiscales pèsent sur un secteur déjà fragile. « Les coupes budgétaires actuelles sont les plus importantes depuis des décennies », souligne Alexandre Curnier dans sa tribune. « On assiste à une véritable asphyxie financière ».

Côté artistes, la précarité n’a jamais été aussi criante. Entre intermittence du spectacle non renouvelée, droits d’auteur en baisse et revenus tirés des streams ou des ventes en ligne en chute libre, beaucoup peinent à joindre les deux bouts. Les intermittents, dont le régime spécifique est régulièrement attaqué, voient leurs droits se réduire comme peau de chagrin. « Le statut d’artiste est aujourd’hui l’un des plus précaires en France », rappelle Curnier. « Comment créer dans ces conditions ? ».

Mais le danger ne vient pas seulement de la réduction des moyens. L’exception culturelle française, ce modèle unique au monde qui protège la création artistique grâce à des quotas, des taxes sur les géants du numérique ou des aides à la diffusion, est aujourd’hui directement visée. Plusieurs partis politiques, notamment ceux qui prônent une libéralisation à outrance de l’économie, militent pour son affaiblissement. « Notre exception culturelle est un rempart contre l’uniformisation des contenus », explique l’éditeur. « Si on la fragilise, c’est toute la diversité de notre paysage culturel qui est menacée ».

Pourtant, malgré l’urgence de la situation, le thème de la culture reste le grand absent des programmes des candidats à la présidentielle. Aucun débat télévisé, aucune proposition concrète ne semble émerger sur ce sujet. « C’est comme si la culture n’avait pas sa place dans le débat démocratique », s’indigne Curnier. « On parle d’écologie, d’économie, de sécurité, mais jamais de ce qui fait notre identité : notre art, notre littérature, notre cinéma ».

Et maintenant ?

Alors que les primaires et les débats préparatoires s’intensifient, la question reste entière : les candidats à la présidentielle de 2027 intégreront-ils enfin la culture dans leur programme ? Une tribune comme celle d’Alexandre Curnier pourrait-elle faire bouger les lignes ? La campagne pourrait offrir une opportunité pour clarifier les intentions des différents camps politiques sur ce sujet, même si rien n’est moins sûr. Une chose est certaine : si rien ne change, le secteur culturel risque de subir encore plusieurs années de vaches maigres.

Reste à voir si les professionnels du secteur parviendront à faire entendre leur voix avant que les choix électoraux ne scellent, pour cinq ans, le sort de la création en France. Entre indifférence politique et urgence sociale, l’équation semble plus que jamais insoluble. Une chose est sûre : le temps presse, et les artistes, eux, n’ont plus les moyens d’attendre.

L’exception culturelle française désigne un ensemble de mécanismes législatifs et fiscaux visant à protéger et promouvoir les œuvres culturelles françaises face à la domination des produits étrangers, notamment américains. Elle inclut des quotas de diffusion pour la musique et le cinéma, des aides à la production, des taxes sur les plateformes numériques et un soutien aux librairies indépendantes. Ce modèle, unique au monde, a permis de préserver une industrie culturelle dynamique malgré la concurrence internationale.