La polémique en ligne s’est intensifiée après qu’un producteur de musique électronique a été la cible d’un cyberharcèlement massif sur les réseaux sociaux, pour avoir demandé à Jordan Bardella de ne pas rendre hommage au DJ parisien Kavinsky, décédé fin juillet. Selon Le Figaro, les propos de Simon Delacroix, connu sous le pseudonyme The Toxic Avenger, ont déclenché une vague d’insultes et de menaces, révélant une fois de plus les tensions autour des clivages politiques et culturels dans le débat public.
L’affaire remonte au 29 juillet 2026, soit le lendemain du décès de Kavinsky, figure emblématique de la French Touch. Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), avait alors publié un hommage sur ses réseaux sociaux, saluant « l’un des plus grands ambassadeurs de la French Touch » dont la « disparition brutale » à 50 ans laisse « un vide immense ». Sous ce message, The Toxic Avenger avait laissé un commentaire provocateur : « S’abstenir de cet hommage. La musique électronique vous déteste, bien cordialement. »
Ce qu'il faut retenir
- Un commentaire en ligne qui a déclenché une vague de cyberharcèlement contre le DJ The Toxic Avenger, de son vrai nom Simon Delacroix.
- 20 000 abonnés sur les réseaux sociaux pour le producteur, connu pour ses collaborations avec Disiz et Orelsan.
- Des milliers de messages injurieux et des menaces de mort reçus sur X (ex-Twitter), notamment de la part de soutiens du RN.
- Des poursuites judiciaires envisagées par The Toxic Avenger après des menaces de mort, avec l’appui d’une avocate.
- Un débat sur le rôle de la musique électronique, perçue par certains comme un espace de valeurs progressistes, et par d’autres comme un domaine neutre politiquement.
Un hommage à Kavinsky qui divise
La publication de Jordan Bardella en l’honneur de Kavinsky a suscité une réaction immédiate dans les cercles de la musique électronique. Le DJ Simon Delacroix, sous le pseudonyme The Toxic Avenger, y a répondu en critiquant ouvertement le président du RN, qu’il accuse de ne pas représenter les valeurs de la scène électro. Dans un message posté le 31 juillet, il a réaffirmé sa position : « C’est la vérité : la musique électronique a été créée par des minorités, et prône des valeurs d’inclusivité, de solidarité et de tolérance. Tout ce que Jordan Bardella n’est pas. [...] Vous ne serez jamais nos camarades. »
Ces propos ont immédiatement provoqué une réaction en chaîne sur la plateforme X, où des milliers d’utilisateurs, majoritairement favorables au RN, ont inondé son compte de messages insultants. Parmi les formulations les plus répandues : « Tu ne représentes pas la scène électro, tu es un inconnu », « tu es complètement à la ramasse mon petit bonhomme » ou encore « évite de parler pour les autres s’il te plaît ». Certains internautes ont également remis en cause le rôle de Kavinsky dans la French Touch, affirmant que « Kavinsky ne s’est jamais positionné politiquement ».
Le harcèlement s’étend aux menaces de mort
Face à l’ampleur des attaques, The Toxic Avenger a tenté de relativiser dans un message publié sur ses réseaux, expliquant à ses abonnés que ce harcèlement était « seulement numérique » et qu’il « s’en est déjà remis ». Pourtant, la situation a rapidement dégénéré. Le producteur a reçu des menaces de mort, l’obligeant à envisager des poursuites judiciaires. « C’est condamnable et je ne laisse absolument plus rien passer, a-t-il déclaré. J’ai pris conseil auprès d’une avocate. Rendez-vous devant la juge. »
Selon Le Figaro, cette affaire illustre les tensions persistantes entre les sphères politiques et culturelles, où la musique électronique, souvent associée à des valeurs progressistes et inclusives, devient un terrain de confrontation idéologique. The Toxic Avenger, qui se présente comme un défenseur de ces valeurs, a tenu à rappeler que la scène électro française a toujours été marquée par la diversité, notamment à travers des collaborations avec des artistes issus de milieux variés, comme Disiz ou Orelsan.
Dans une interview donnée à la presse, il a également soulevé une question plus large : « On ne parle que de culture là ? Qu’est-ce que ce sera pour des sujets plus délicats si le RN passe au pouvoir ? » Une interrogation qui renvoie à l’inquiétude d’une partie de la communauté artistique face à l’évolution politique du pays.
Un débat sur la neutralité politique de la culture
L’affaire dépasse le simple cadre d’un clash en ligne. Elle reflète un clivage plus profond sur la place de la politique dans la culture. Pour certains, la musique électronique, comme d’autres arts, ne peut être dissociée des enjeux sociétaux. The Toxic Avenger défend cette vision en affirmant que « la musique électronique appartient aux minorités » et qu’elle incarne des valeurs incompatibles avec celles portées par le RN.
D’autres, en revanche, estiment que la culture doit rester un espace neutre, où les hommages relèvent de la sphère privée et non idéologique. Les détracteurs du DJ lui reprochent d’avoir politisé un hommage personnel, transformant un moment de recueillement en une tribune militante. « Tu es un inconnu, pourquoi tu te permets de parler au nom de toute la scène ? » peut-on lire parmi les commentaires les plus partagés.
Cette polémique survient dans un contexte où les débats sur l’engagement des artistes se multiplient, notamment après des prises de position publiques de personnalités du monde du spectacle en faveur ou contre certains partis politiques. Elle rappelle aussi les tensions récurrentes autour de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, où les insultes et les menaces se banalisent parfois au nom de convictions politiques.
En attendant, la communauté de la musique électronique, déjà marquée par la disparition de Kavinsky, doit désormais faire face à une nouvelle forme de violence : le harcèlement numérique. Un phénomène qui, s’il n’est pas nouveau, prend une ampleur inquiétante à l’ère des réseaux sociaux.
Cette affaire pose enfin une question de fond : dans un paysage politique aussi polarisé, la culture peut-elle encore prétendre à une forme de neutralité, ou est-elle condamnée à devenir un champ de bataille des idéologies ?
The Toxic Avenger, Simon Delacroix, a expliqué que la musique électronique « appartient aux minorités » et qu’elle prône des valeurs d’inclusivité et de tolérance, qu’il estime incompatibles avec les positions politiques de Jordan Bardella, qu’il accuse de ne pas partager ces idéaux. Il a ajouté que le RN et la scène électro n’avaient « rien en commun ».
The Toxic Avenger a annoncé avoir pris conseil auprès d’une avocate et envisage de poursuivre les auteurs de menaces de mort et de harcèlement. Une audience devant le tribunal est attendue dans les prochaines semaines, bien que la date exacte n’ait pas encore été communiquée.