Alors que les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20 se réunissent les 31 août et 1er septembre à Asheville, aux États-Unis, un avertissement inédit a été lancé par le principal régulateur financier mondial. Selon Le Figaro, Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre et actuel président du Conseil de stabilité financière (CSF), met en garde contre un risque de « correction désordonnée » des marchés, susceptible de s’amplifier sous l’effet des cybermenaces liées à l’intelligence artificielle.
Dans un courrier adressé aux responsables financiers du G20 et rendu public lundi, Bailey souligne que l’IA pourrait aggraver des fragilités déjà présentes sur les marchés, sans pour autant prédire un krach imminent ou une crise directement provoquée par cette technologie. Pour autant, son message, qualifié d’« alarmant » par la source, rappelle que les outils automatisés et les algorithmes complexes pourraient, en cas de défaillance ou de manipulation, accélérer une propagation rapide des perturbations financières.
Ce qu'il faut retenir
- Une réunion du G20 se tient les 31 août et 1er septembre à Asheville (États-Unis), réunissant ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales.
- Andrew Bailey, président du CSF et gouverneur de la Banque d’Angleterre, alerte sur un risque de « correction désordonnée » des marchés.
- Le CSF, créé après la crise de 2008, met en avant le danger d’un cyberrisque amplifié par l’IA, sans pour autant prédire un krach immédiat.
- L’instance insiste sur le risque de rencontre entre des marchés déjà fragilisés et des vulnérabilités technologiques nouvelles.
Un régulateur mondial sonne l’alerte avant une réunion clé
La réunion du G20 à Asheville s’annonce comme un moment crucial pour évaluer la stabilité économique mondiale. C’est dans ce contexte que Andrew Bailey, à travers son courrier adressé aux responsables financiers, a choisi de tirer la sonnette d’alarme. Selon Le Figaro, il n’exclut pas l’hypothèse d’une « correction désordonnée » des marchés, c’est-à-dire une chute brutale et non maîtrisée des cours, qui pourrait se propager bien au-delà des frontières nationales.
L’originalité de cet avertissement réside dans son lien avec l’intelligence artificielle. Bailey ne pointe pas l’IA comme la cause directe d’une crise, mais comme un facteur d’amplification des risques existants. Les outils d’IA, de plus en plus intégrés dans les systèmes de trading et de gestion des risques, pourraient, en cas de défaillance ou de cyberattaque, accélérer la propagation de perturbations financières à l’échelle mondiale.
L’IA, un multiplicateur de risques déjà sous haute surveillance
Le Conseil de stabilité financière, créé en 2009 pour prévenir une nouvelle crise comme celle des subprimes, rappelle que les marchés financiers restent fragiles après des années de tensions géopolitiques et économiques. L’ajout d’une couche de complexité technologique, comme celle apportée par l’IA, soulève des questions inédites sur la résilience des infrastructures financières.
Dans son communiqué, le CSF insiste sur le fait que l’IA n’est pas encore la source d’une crise avérée, mais qu’elle pourrait devenir un « accélérateur » en cas de choc. Autant dire que les régulateurs, déjà en alerte sur les cybermenaces traditionnelles, doivent désormais intégrer cette nouvelle dimension dans leurs scénarios de crise.
« Les marchés mondiaux sont exposés à une correction désordonnée susceptible de se propager largement. »
Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre et président du CSF
Des marchés fragilisés et des vulnérabilités technologiques croissantes
Le contexte dans lequel intervient cet avertissement est marqué par plusieurs facteurs de tension. Les marchés financiers, après des années de politiques monétaires accommodantes, subissent les effets des hausses des taux d’intérêt et des incertitudes économiques persistantes. Dans ce paysage déjà tendu, l’intégration massive de l’IA dans les processus de trading et de gestion des risques introduit une nouvelle variable difficile à anticiper.
Les cyberrisques, qu’ils soient liés à des attaques malveillantes ou à des défaillances techniques, pourraient ainsi trouver un terrain propice à une propagation rapide. Les régulateurs, conscients de cette menace, travaillent depuis plusieurs années à renforcer les cadres de supervision, mais la complexité des outils d’IA rend la tâche particulièrement ardue. « Bref, le défi est double : surveiller des marchés déjà sous tension tout en anticipant les risques émergents liés à l’innovation technologique », analyse un expert cité par Le Figaro.
Un enjeu qui dépasse le cadre du G20
Au-delà des discussions entre États, cet avertissement du CSF rappelle que la stabilité financière est désormais indissociable de la cybersécurité et de la maîtrise des technologies émergentes. Les régulateurs du monde entier, y compris en Europe où des textes comme le Digital Operational Resilience Act (DORA) entrent progressivement en vigueur, doivent désormais intégrer l’IA dans leurs stratégies de surveillance.
Alors que l’IA transforme en profondeur de nombreux secteurs, son impact sur la finance soulève des questions plus larges : comment concilier innovation et stabilité ? Faut-il encadrer davantage l’utilisation de ces outils, ou miser sur leur capacité à améliorer la résilience des marchés ? Autant de débats qui devraient occuper une place centrale dans les mois à venir, à l’heure où les cybermenaces deviennent un risque systémique.
Une « correction désordonnée » désigne une chute brutale et chaotique des cours boursiers, souvent caractérisée par une volatilité extrême et une propagation rapide des pertes. Contrairement à une correction « normale », elle est difficile à anticiper et peut s’étendre bien au-delà des actifs initialement touchés, en raison de l’effet domino des transactions automatisées et des comportements de panique.