Un collectif réunissant des élus, des experts en cybersécurité et des acteurs du secteur publie, dans les colonnes du Monde – Politique, une tribune pour dénoncer le retard pris par la France dans la protection de ses données face à l’essor des attaques numériques. Selon les signataires, la généralisation des outils d’intelligence artificielle permet désormais à des acteurs malveillants de lancer des offensives simultanées et quotidiennes contre des centaines de cibles, mettant en péril non seulement la sécurité des citoyens, mais aussi la souveraineté nationale.

Ce qu'il faut retenir

  • Une tribune publiée dans Le Monde – Politique, signée par des élus, des experts et des professionnels de la cybersécurité, dénonce le retard stratégique de la France en matière de protection des données.
  • Les auteurs soulignent que l’intelligence artificielle rend les attaques numériques plus fréquentes et plus massives, pouvant cibler des centaines de victimes simultanément.
  • La sécurité des données est présentée comme une condition de la cohésion nationale et de la souveraineté du pays, selon les signataires.

Dans leur tribune, les auteurs rappellent que les cybermenaces ne cessent de se multiplier et de se sophistiquer. Les attaques par rançongiciels, les fuites de données sensibles ou encore les campagnes de désinformation menées via des outils automatisés deviennent monnaie courante. « Nous assistons à une militarisation du numérique », explique l’un des signataires, député à l’Assemblée nationale. « Chaque jour, des milliers de tentatives d’intrusion sont recensées, mais les moyens mis en œuvre par l’État restent insuffisants pour y faire face » précise-t-il.

Parmi les signataires figurent des personnalités issues de différents horizons politiques, ainsi que des spécialistes de la cybersécurité comme Guillaume Poupard, ancien directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). « La France doit impérativement accélérer la mise en place d’une stratégie globale de protection des données », a-t-il déclaré. Il met en garde contre le risque de dépendance technologique vis-à-vis de puissances étrangères, notamment lorsque les infrastructures critiques dépendent de solutions logicielles ou matérielles non souveraines.

« Protéger nos données n’est pas seulement une question de sécurité individuelle, mais une condition sine qua non pour préserver notre cohésion nationale et notre souveraineté. Sans une réponse forte et coordonnée, la France s’expose à des risques majeurs, tant sur le plan économique que géopolitique. »
Collectif d’élus et d’experts, tribune publiée dans Le Monde – Politique

Les auteurs de la tribune pointent du doigt un manque de coordination entre les différents acteurs publics et privés. « On observe une fragmentation des efforts, déplore un autre signataire, maire d’une grande ville française. Certaines collectivités locales disposent de moyens, d’autres non, et l’État peine à fédérer une réponse unifiée ». Ils appellent à la création d’une agence nationale dédiée à la résilience numérique, dotée de moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux.

Et maintenant ?

Si cette tribune alerte sur l’urgence d’agir, les prochaines étapes dépendront des réactions des pouvoirs publics. Une proposition de loi visant à renforcer la cybersécurité pourrait être examinée à l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année 2026, selon des sources proches du dossier. Par ailleurs, le gouvernement doit rendre publique sa nouvelle stratégie nationale pour la cybersécurité, dont la publication est attendue d’ici le premier trimestre 2027. Reste à voir si ces mesures suffiront à combler le retard accumulé.

Cette prise de position intervient alors que l’Union européenne renforce son cadre réglementaire avec l’entrée en vigueur progressive du règlement européen sur la cybersécurité (NIS 2), qui impose des obligations strictes aux États membres. La France, qui a déjà été pointée du doigt pour son manque de préparation dans certains rapports européens, pourrait se voir contrainte d’accélérer sa mise en conformité sous peine de sanctions.

Le débat dépasse désormais le cadre technique pour toucher à des enjeux de souveraineté et de confiance dans les institutions. Comme le rappelle un expert en intelligence économique, « dans un monde où les données sont le nouvel or noir, la capacité à les protéger détermine en grande partie la puissance d’un État ». Une réflexion qui devrait, selon les signataires, s’imposer comme une priorité nationale.

Les signataires évoquent notamment les attaques par rançongiciels, les fuites de données sensibles et les campagnes de désinformation automatisées rendues possibles par l’intelligence artificielle. Ils soulignent que ces attaques peuvent cibler des centaines de victimes simultanément, augmentant leur impact et leur dangerosité.