Une étude récente de l’université Rice, située au Texas, met en lumière un lien significatif entre les cycles climatiques naturels et l’augmentation des risques de conflits armés dans le monde. Selon Futura Sciences, ces phénomènes pourraient jouer un rôle aggravant sur les tensions géopolitiques, alors qu’un épisode El Niño particulièrement marqué s’annonce pour les prochains mois.

Ce qu’il faut retenir

  • Des chercheurs de l’université Rice (Texas) ont analysé plus de 500 conflits survenus entre 1950 et 2023 pour établir un lien entre variabilité climatique et déclenchement de guerres.
  • Les phases El Niño et le dipôle de l’océan Indien (IOD) sont identifiées comme les principaux facteurs climatiques aggravants.
  • La sécheresse, induite par El Niño dans certaines régions, augmente significativement le risque de conflits, contrairement aux inondations, pour lesquelles aucun lien n’a été démontré.
  • Un El Niño fort est attendu pour l’été 2026 et devrait persister jusqu’en 2027, une période déjà marquée par des tensions géopolitiques persistantes.
  • Les prévisions saisonnières permettent d’anticiper ces risques 6 à 8 mois à l’avance, offrant une fenêtre pour adapter les stratégies de prévention.

Les auteurs de l’étude, publiée le 11 mai 2026 dans la revue Pnas, soulignent que si les causes premières des guerres restent politiques, économiques et sociales, les aléas climatiques agissent comme un multiplicateur de risques. « En raison de leurs impacts sur les sécheresses, les famines et les inondations, les différentes phases de la variabilité climatique peuvent façonner des schémas d’instabilité sociale », écrivent-ils. Autrement dit, le climat ne déclenche pas les conflits, mais il en aggrave les conditions propices.

El Niño et La Niña : deux faces d’un même cycle aux effets opposés

Le phénomène El Niño Southern Oscillation (ENSO), qui alterne entre phases chaudes (El Niño) et froides (La Niña), influence le climat mondial via des mécanismes de téléconnexions. Ces derniers désignent les répercussions atmosphériques à distance d’un phénomène localisé, comme une anomalie thermique dans le Pacifique équatorial. Selon les chercheurs, le risque de conflit s’accroît pendant les phases El Niño, et ce, indépendamment de leur intensité.

Les effets varient selon les régions. Dans les zones où El Niño provoque des sécheresses, comme en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud-Est, le risque de tensions sociales et de conflits augmente. Les auteurs précisent : « L’augmentation du risque de conflit liée à El Niño résulte de ses téléconnexions sèches, les preuves de téléconnexions humides étant limitées ». À l’inverse, dans les régions où El Niño entraîne des pluies abondantes, comme en Amérique du Sud, aucun lien direct avec les conflits n’a été établi, même si les inondations peuvent avoir des conséquences humanitaires graves.

Le dipôle de l’océan Indien, un acteur plus localisé mais tout aussi dangereux

Le dipôle de l’océan Indien (IOD) est un autre phénomène climatique étudié par les chercheurs. Il se caractérise par des variations de température entre les côtes africaines et australiennes. Ses phases, qu’elles soient positives ou négatives, accroissent le risque de conflits dans des zones fortement téléconnectées, notamment la Corne de l’Afrique et l’Asie du Sud-Est. Contrairement à El Niño, dont les effets sont globaux, l’influence de l’IOD reste plus localisée, mais tout aussi préoccupante.

Ces découvertes s’appuient sur l’analyse de 500 conflits survenus entre 1950 et 2023, une première étude d’une telle envergure à l’échelle mondiale. Les travaux antérieurs se concentraient généralement sur des régions spécifiques, limitant la portée des conclusions. Ici, les chercheurs ont pu établir des corrélations statistiques robustes entre les phases climatiques et les périodes de tensions accrues.

Un El Niño fort attendu pour l’été 2026 : quelles conséquences ?

Les prévisions saisonnières pour l’été 2026 indiquent clairement la mise en place d’un épisode El Niño, dont l’intensité pourrait être marquée. Selon les modèles climatiques, ce phénomène devrait persister jusqu’en 2027. Une situation d’autant plus inquiétante qu’elle survient dans un contexte géopolitique déjà tendu, avec des conflits internationaux en cours et de nouvelles tensions en gestation.

Les cartes de prévision des précipitations pour juin, juillet et août 2026, établies par le service européen Copernicus, montrent des zones en marron, indiquant des conditions plus sèches que la normale. Ces régions, déjà vulnérables sur le plan socio-économique, pourraient voir leur risque de conflits s’amplifier. À l’inverse, les zones en vert, où les pluies seront plus abondantes, ne présentent pas de corrélation directe avec l’escalade des tensions.

Et maintenant ?

Les auteurs de l’étude insistent sur l’importance de mieux intégrer les prévisions climatiques dans les stratégies de prévention des conflits. Un phénomène comme El Niño peut être anticipé six à huit mois à l’avance, offrant une fenêtre pour renforcer la résilience des populations et des institutions. Cependant, la mise en œuvre de mesures préventives reste un défi, notamment dans les régions où les infrastructures et les systèmes de gouvernance sont déjà fragiles. La communauté internationale pourrait être amenée à revoir ses approches en matière de gestion des risques climatiques et de diplomatie préventive.

Alors que la communauté scientifique affine ses modèles pour mieux comprendre ces interactions, les décideurs politiques et les organisations internationales disposent désormais d’un outil supplémentaire pour anticiper les crises. Reste à savoir si ces connaissances seront suffisamment prises en compte face à l’urgence des tensions actuelles. Pour les chercheurs, une chose est sûre : le climat ne créera pas la paix, mais il pourrait, dans certaines conditions, en faciliter l’effritement.

Selon l’étude de l’université Rice, El Niño augmente le risque de conflits principalement via ses effets sur les sécheresses. Le manque d’eau aggrave les tensions autour des ressources, favorisant l’instabilité sociale et les affrontements, notamment dans les régions déjà vulnérables. En revanche, les inondations liées à El Niño ne semblent pas corrélées avec une hausse des conflits.

Les prévisions saisonnières permettent d’identifier les régions où El Niño ou l’IOD vont provoquer des sécheresses ou des pluies exceptionnelles. Cependant, la corrélation avec les conflits dépend aussi de facteurs socio-économiques et politiques locaux. Les chercheurs estiment que ces outils offrent une marge de manœuvre pour anticiper les risques, mais leur efficacité dépendra de la capacité des États à agir en conséquence.