Alors que le cinéma britannique n’a cessé de s’emparer de la figure de Winston Churchill, celle du général de Gaulle a longtemps résisté à l’exercice. Selon Franceinfo – Culture, le premier volet du diptyque « La Bataille de Gaulle » sort aujourd’hui en salles, avec Simon Abkarian dans le rôle-titre. Pourtant, jusqu’ici, le cinéma français s’est montré particulièrement réservé à l’idée d’incarner le fondateur de la Ve République.

Ce qu'il faut retenir

  • Simon Abkarian incarne le général de Gaulle dans « La Bataille de Gaulle – L’âge de fer », premier volet d’un diptyque sorti le 3 juin 2026.
  • Le général a été le héros de seulement six longs-métrages depuis 2006, dont un seul sur grand écran en 2020 avec Lambert Wilson.
  • À titre de comparaison, Churchill a été porté à l’écran une soixantaine de fois, dont une douzaine en tant que personnage principal.
  • La stature physique de de Gaulle (1,96 m), son aura historique et les divisions qu’il a suscitées dans l’opinion expliquent en partie cette réserve des réalisateurs.
  • Les archives télévisées abondantes du général, maîtrisant parfaitement les médias, rendent l’exercice d’incarnation encore plus délicat.

Un personnage historique parmi les plus difficiles à transposer

Le cinéma français a longtemps hésité à s’attaquer à la figure du général de Gaulle. Comme le rappelle Franceinfo – Culture, la première apparition notable du général à l’écran remonte à 1969, dans « L’armée des ombres » de Jean-Pierre Melville. Le cadrage en trois quarts, dos tourné, évoquait alors les représentations christiques des productions hollywoodiennes des années 1950. Pourtant, il aura fallu attendre le XXIe siècle pour que de Gaulle devienne le protagoniste d’un film. Simon Abkarian, choisi pour incarner le général dans « La Bataille de Gaulle », n’est que le deuxième acteur à endosser son uniforme à l’écran, après Lambert Wilson en 2020.

Ce délai s’explique en partie par la difficulté à représenter une figure aussi monumentale. « Il est présent et un peu pétrifié dans l’inconscient collectif français », confie Simon Abkarian. « C’est l’un des personnages principaux qui trône dans le Panthéon de l’histoire de France. Ce n’est pas n’importe qui : c’est l’homme qui sauve l’honneur de la France… » Pour l’historien Benoît Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale, peu d’acteurs « ont eu l’énergie ou la capacité d’incarner un personnage qui a fait l’histoire de France ».

Une stature physique et une carrière politique intimidantes

La carrure exceptionnelle du général (1,96 m) a également joué en défaveur des candidats à son interprétation. Comme l’explique Patrick Chesnais, qui l’a incarné en 2010 dans le docu-fiction « Je vous ai compris : De Gaulle 1958-1962 » (France 2), « au début, ce n’était pas du tout une évidence ». Les acteurs doivent chaque matin consacrer une à deux heures au maquillage – transformation des paupières, collage d’oreilles, perruque – pour se rapprocher du modèle. « Comme le disait Jean Vilar, au théâtre ou au cinéma, l’habit fait le moine », souligne Patrick Chesnais. « Le maquillage, le nez, la perruque… Ça aide. Et ça m’a aidé à y croire : quand je me regardais dans la glace, il y avait quelque chose qui m’amenait vers de Gaulle. »

Mais la ressemblance physique ne suffit pas. La carrière politique de de Gaulle, s’étalant de 1940 à 1969, a aussi contribué à rendre son incarnation complexe. Contrairement à Churchill, dont la carrière était largement derrière lui en 1945, de Gaulle est resté une figure active et controversée bien au-delà de la Libération. Il a divisé l’opinion en 1962 lors de la gestion de l’indépendance de l’Algérie, et son rôle pendant Mai 68 a également suscité des débats. « Il n’y a pas seulement le héros de 1940, mais aussi le fondateur de la Ve République, explique Benoît Pellistrandi. Cette présence écrasante dans la politique française du XXe siècle explique la timidité des réalisateurs. »

Une figure médiatique omniprésente, un défi pour les acteurs

Autre difficulté majeure : de Gaulle est une figure dont les Français connaissent chaque détail de l’apparence et de la voix. « Contrairement à Napoléon ou à Jeanne d’Arc, il existe une montagne d’archives télévisées pour de Gaulle, qui savait parfaitement utiliser les médias pour communiquer », rappelle Franceinfo – Culture. Les acteurs doivent donc composer avec une mémoire collective très précise, où chaque geste, chaque intonation est gravée dans les esprits. Patrick Chesnais raconte s’être immergé dans ces archives avant de passer des essais pour se convaincre lui-même de sa crédibilité : « Je me suis convaincu, et les autres étaient convaincus aussi, donc voilà, ça a commencé comme ça. »

Simon Abkarian, pour sa part, a puisé dans le phrasé si particulier du général. « Sa voix, sa diction, c’est du pain bénit, c’est offert à l’acteur », s’enthousiasme-t-il. « Dans le discours de l’Hôtel de Ville, il dit : *La France libérée, libérée avec le concours des armées de la France, avec le concours de la France tout entière*… Il tape sur "avec". Personne ne fait ça ! Mais lui le fait à dessein. C’est un acteur, il joue à être ce qu’il est… » Pour autant, l’exercice reste subtil : « On ne peut pas être dans le réalisme à 100 %, on est dans la représentation d’un personnage, pas son imitation », précise Patrick Chesnais.

« On n’aura jamais le clone du général de Gaulle. Après, c’est la magie du cinéma. C’est le talent des acteurs, du réalisateur, et c’est ça qui crée finalement la réussite d’un film. »
Benoît Pellistrandi, historien, rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale

Un potentiel cinématographique encore largement inexploité

Malgré ces obstacles, de Gaulle offre un terrain d’exploration cinématographique quasi illimité. La multiplicité des épisodes marquants de sa vie – de l’appel du 18 Juin à la fondation de la Ve République, en passant par la guerre d’Algérie – laisse entrevoir autant de films possibles. « De Gaulle est un personnage dont on pourrait réaliser autant de films que d’épisodes majeurs dans sa vie », souligne Benoît Pellistrandi. Pourtant, jusqu’à présent, le cinéma hexagonal n’a produit que six longs-métrages le mettant en scène depuis 2006, dont un seul sur grand écran avant 2026.

Le succès du diptyque d’Antonin Baudry pourrait-il changer la donne ? Le premier volet, « La Bataille de Gaulle – L’âge de fer », sorti aujourd’hui, pourrait ouvrir la voie à d’autres adaptations. Si les salles plébiscitent le film, les réalisateurs pourraient enfin se saisir de cette figure historique avec moins de craintes. « Trop longtemps trop écrasant pour être porté à l’écran, le général connaîtra-t-il enfin son heure de gloire au cinéma ? », s’interroge Franceinfo – Culture.

Et maintenant ?

Le second volet du diptyque, attendu pour l’automne 2026, pourrait confirmer ou infirmer l’engouement du public pour cette figure historique. Si le film rencontre le succès escompté, d’autres projets pourraient émerger, explorant des périodes moins connues de la vie de de Gaulle. Reste à voir si les réalisateurs oseront s’aventurer au-delà de l’image d’Épinal, entre héros national et homme politique controversé.

Plusieurs raisons expliquent cette différence. D’abord, la stature physique intimidante du général (1,96 m) et son aura historique rendent l’exercice délicat. Ensuite, sa carrière politique longue et controversée – de 1940 à 1969 – a suscité des divisions dans l’opinion. Enfin, l’abondance d’archives télévisées le concernant impose aux acteurs une ressemblance physique et vocale quasi parfaite avec le modèle, ce qui n’est pas le cas pour Churchill.