Selon BFM Business, une étude récente révèle un paradoxe frappant chez les salariés français : près de 70 % d'entre eux ont déjà été surpris, voire sidérés, par des retours de leurs collègues ou managers ne correspondant pas à l'image qu'ils ont d'eux-mêmes. Réalisée par Fasterclass, spécialiste des formations managériales, cette enquête met en lumière les tensions entre perception personnelle et jugement extérieur en milieu professionnel.

Ce qu'il faut retenir

  • 93 % des salariés français interrogés déclarent avoir déjà été surpris par un feedback en décalage avec leur propre perception d'eux-mêmes.
  • 23 % ont vécu cette expérience « souvent », 49 % « parfois », et 21 % « rarement ».
  • 69 % des actifs avouent avoir été sidérés par au moins une remarque inattendue, dont 30 % à plusieurs reprises.
  • 23 % des salariés mettent en doute la légitimité de l'interlocuteur pour éviter la critique, tandis que 21 % cherchent à se justifier systématiquement.
  • Seuls 17 % tentent d'abord de comprendre le feedback pour en tirer un enseignement constructif.
  • 53 % des Français estiment être les mieux placés pour identifier leurs propres faiblesses, contre 19 % qui font davantage confiance à leurs collègues.

Un choc entre image de soi et regard extérieur

L'étude de Fasterclass, menée auprès d'un panel représentatif de salariés français, souligne l'ampleur du décalage entre la représentation que les individus ont d'eux-mêmes et la perception qu'en ont leurs pairs. Près de 7 actifs sur 10 reconnaissent avoir été surpris par une remarque qui heurtait leur auto-perception, parfois à plusieurs reprises. Ce phénomène illustre une difficulté récurrente dans les relations professionnelles : l'écart entre l'identité professionnelle souhaitée et celle perçue par autrui.

Les retours négatifs ou inattendus peuvent ainsi provoquer un véritable choc, surtout lorsque ceux-ci remettent en cause des aspects centraux de l'identité professionnelle. Selon Raphaël Maisonnier, CEO de Fasterclass et conférencier, ce décalage s'explique en partie par la confiance excessive des Français dans leur propre jugement. « En ce qui concerne leurs points faibles, les Français font (encore) confiance à leur propre regard », observe-t-il.

Quand le feedback devient un miroir brutal

Les salariés français semblent souvent mal armés pour recevoir des critiques constructives. Face à un feedback qui les surprend, une majorité adopte une posture défensive : 23 % disqualifient l'interlocuteur, 21 % se justifient immédiatement, et seuls 17 % cherchent à creuser les propos pour en tirer un enseignement. Cette tendance s'explique en partie par une appréhension généralisée à demander des retours sincères.

Près de la moitié des actifs (49 %) éprouvent une certaine réticence à solliciter un avis franc sur leur travail, par crainte de fragiliser leur image professionnelle. Parmi eux, 16 % déclarent ressentir une forte appréhension, tandis que 33 % admettent une crainte modérée. À l'inverse, 28 % ne redoutent pas les critiques et 11 % les perçoivent même comme une opportunité de progression personnelle.

« Demander du retour, c’est tout sauf un aveu de faiblesse : c’est envoyer un signal fort. Celui de quelqu’un de motivé, qui veut progresser, qui ne laisse rien au hasard et qui a le sens du détail. Autrement dit, une véritable opportunité de renforcer sa réputation professionnelle. »
— Raphaël Maisonnier, CEO de Fasterclass

La critique positive, un levier sous-estimé

L'enquête met en avant un autre paradoxe : le feedback positif est souvent plus efficace qu'une critique directe pour ancrer un changement de comportement. Valoriser les attitudes à reproduire peut ainsi s'avérer plus constructif que de pointer systématiquement les erreurs. Pourtant, cette approche reste peu exploitée dans les pratiques managériales traditionnelles.

Les entretiens annuels, par exemple, sont rarement perçus comme un outil efficace de progression. Les managers, souvent surchargés, peinent à se souvenir de l'ensemble des réalisations ou des axes d'amélioration d'un collaborateur sur une année complète. Alice Burks, DRH Monde chez Deel, insiste sur la nécessité d'un feedback continu : « Les conseils, les retours, les critiques constructives doivent avoir lieu toute l’année, c’est un travail de tous les jours, par message, au téléphone, sur un document partagé, lors d'un point à deux... »

Une lucidité surestimée ?

Malgré ces constats, les Français affichent une confiance marquée en leur propre lucidité. Deux tiers des actifs estiment bien se connaître, dont près d'un sur cinq « très bien ». Par ailleurs, 80 % se considèrent aussi lucides, voire plus lucides, que la moyenne sur eux-mêmes. Pourtant, cette confiance ne semble pas toujours se traduire dans les faits, comme le révèle l'étude.

Le décalage persistant entre l'image de soi et le regard des autres interroge sur la capacité des salariés à accepter une remise en question. Pour Raphaël Maisonnier, ce phénomène n'est pas une fatalité : « Souvent, le feedback mal formulé agit comme un miroir brutal — mais quand même nécessaire — pour progresser réellement. » L'enjeu réside donc autant dans la qualité des retours que dans la capacité des individus à les recevoir.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes pourraient passer par une refonte des pratiques managériales, avec un accent mis sur le feedback continu et bienveillant. Des initiatives de formation pour les managers et les salariés pourraient émerger dans les mois à venir, afin de réduire les écarts de perception et d'encourager une culture du retour constructif. Reste à voir si ces mesures suffiront à transformer durablement les habitudes professionnelles en France.

Cette étude, menée par Fasterclass, rappelle que le regard des autres reste un miroir puissant — et parfois déstabilisant — pour les salariés. À l'heure où les entreprises cherchent à optimiser la performance et l'engagement de leurs équipes, la question du feedback pourrait bien devenir un enjeu central des années à venir.

La clé réside dans une démarche proactive : solliciter régulièrement des retours, privilégier les feedbacks positifs pour renforcer les bonnes pratiques, et cultiver une écoute active lors des critiques constructives. Les formations en communication non violente et en intelligence émotionnelle pourraient également jouer un rôle déterminant.