Selon Le Monde, l’historien letton Margers Vestermanis, figure majeure de la préservation de la mémoire de la Shoah dans les pays baltes, s’est éteint le 31 juillet 2026 à l’âge de 100 ans. Survivant du génocide juif en Lettonie, il a dédié son existence à documenter l’histoire des victimes et à lutter contre l’oubli, notamment à travers la création d’un musée dédié à Riga.
Ce qu'il faut retenir
- Magers Vestermanis, survivant letton de la Shoah, est décédé le 31 juillet 2026 à l’âge de 100 ans.
- Historien reconnu, il a consacré sa vie à la mémoire des victimes juives en Lettonie et dans les pays baltes.
- Il a fondé et dirigé le musée juif de Riga, premier établissement de ce type dans la région.
- Survivant des ghettos et des camps nazis, il a témoigné jusqu’à ses derniers jours des horreurs de la Shoah.
- Son travail a été salué par les institutions internationales pour son approche rigoureuse et pédagogique.
Un parcours marqué par la survie et l’engagement mémoriel
Né en 1925 dans une famille juive de Lettonie, Margers Vestermanis a vécu l’invasion nazie en 1941 alors qu’il n’avait que 16 ans. Selon les archives historiques, il a été déporté dans le ghetto de Riga, où il a survécu à des conditions extrêmes avant d’être transféré dans plusieurs camps de travail forcé, dont celui de Kaiserwald. C’est dans ce contexte qu’il a perdu une grande partie de sa famille, victime de l’extermination systématique des Juifs par les nazis.
Après la guerre, plutôt que de chercher à oublier, Vestermanis a choisi de se battre contre l’effacement de la mémoire. Comme il l’a expliqué dans plusieurs entretiens : « La survie ne suffisait pas. Il fallait raconter, documenter, pour que plus personne ne puisse dire qu’il ne savait pas. » Sa détermination l’a conduit à devenir l’un des principaux historiens spécialistes de la Shoah en Europe de l’Est, un domaine alors peu exploré.
Le musée juif de Riga, un héritage majeur
Dans les années 1990, alors que les pays baltes recouvraient leur indépendance après des décennies sous domination soviétique, Vestermanis a joué un rôle clé dans la création du premier musée juif de Riga. Inauguré en 1996, l’établissement est devenu un symbole de la reconnaissance des crimes nazis et de la préservation de l’histoire juive dans la région. D’après Le Monde, le musée abrite aujourd’hui des archives uniques, des témoignages oraux et des objets ayant appartenu aux victimes, offrant un éclairage sans précédent sur la vie des Juifs lettons avant, pendant et après la guerre.
Le musée, situé dans l’ancien quartier juif de la capitale, est également un lieu de commémoration. Chaque année, des milliers de visiteurs — dont de nombreux jeunes — viennent y découvrir l’histoire de la Shoah en Lettonie, souvent méconnue en Europe occidentale. Vestermanis y a travaillé jusqu’à ses dernières années, supervisant des expositions et participant à des colloques internationaux.
Un témoin écouté par les institutions internationales
La disparition de Vestermanis survient à un moment où les survivants de la Shoah se font de plus en plus rares. Comme l’a souligné Yad Vashem, le mémorial israélien de la Shoah, « son apport à l’histoire de la Shoah dans les pays baltes a été inestimable ». Il a été décoré à plusieurs reprises pour son travail, notamment par la République de Lettonie et par des organisations juives en Europe et aux États-Unis.
En 2020, il avait accordé un entretien marquant à Le Figaro, dans lequel il mettait en garde contre la montée des discours négationnistes et antisémites en Europe. «
On a trop tendance à croire que les leçons du passé sont acquises. Mais l’Histoire se répète quand on oublie. »Ces mots résument son combat : documenter pour résister à l’oubli.
Son décès rappelle aussi l’urgence de préserver les témoignages directs. En Lettonie, comme dans d’autres pays d’Europe de l’Est, des projets de numérisation des archives sont en cours, mais ils nécessitent des financements et une volonté politique durable.
Magers Vestermanis a été l’un des principaux initiateurs du musée juif de Riga, créé en 1996. Il a notamment œuvré à la collecte d’archives, à la reconstitution des parcours des victimes et à la conception des expositions permanentes. Son expertise historique a permis de documenter de manière rigoureuse la Shoah en Lettonie, un sujet alors peu traité dans la région.