Une expédition scientifique vient de marquer une étape clé dans l’évaluation des conséquences de l’immersion de déchets radioactifs au fond de l’océan Atlantique. Selon Reporterre, des chercheurs ont collecté des échantillons autour de fûts contenant des résidus nucléaires, immergés jusqu’en 1990 dans une zone située à quelque 4 700 mètres de profondeur, au cœur des plaines abyssales de l’Atlantique Nord-Est. L’objectif ? Comprendre l’impact de cette pratique sur les écosystèmes marins profonds, alors que les analyses des prélèvements sont désormais en cours.
Ce qu'il faut retenir
- Une expédition scientifique a exploré, en 2026, une zone de 4 700 mètres de profondeur dans l’Atlantique Nord-Est, où des fûts de déchets radioactifs avaient été immergés jusqu’en 1990.
- Les chercheurs ont prélevé des échantillons autour de ces fûts à l’aide du sous-marin habité Nautile, un engin de 8 mètres de long spécialement conçu pour les missions en eaux profondes.
- Les analyses des prélèvements doivent permettre d’évaluer l’état des conteneurs et leur impact potentiel sur les fonds marins et la biodiversité locale.
- Cette immersion massive de déchets radioactifs, pratiquée dans les décennies 1960 à 1990, soulève des questions sur la gestion à long terme des résidus nucléaires.
- L’expédition s’inscrit dans le cadre d’une démarche scientifique visant à documenter et surveiller les sites de stockage sous-marin de déchets dangereux.
Une plongée au cœur des plaines abyssales
L’équipe de chercheurs a mené ses investigations à bord d’un sous-marin habité, le Nautile, un engin de 8 mètres de long équipé de projecteurs et de bras robotisés. À 4 700 mètres sous la surface, la lumière naturelle est absente : seuls les faisceaux des projecteurs perçaient l’obscurité des plaines abyssales, révélant une étendue sableuse et désolée. C’est là, sur ce fond marin que certains décrivent comme un « cimetière », que reposent des milliers de fûts métalliques contenant des déchets radioactifs. Selon Reporterre, ces conteneurs ont été immergés entre les années 1960 et 1990 par plusieurs pays européens, dont la France, dans le cadre de pratiques aujourd’hui interdites.
L’expédition n’a pas pour but de récupérer ces fûts, mais bien de collecter des échantillons de sédiments, d’eau et d’organismes vivants à proximité. L’enjeu ? Détecter d’éventuelles traces de radioactivité et évaluer l’état de corrosion des conteneurs. « On en voit un, puis deux, puis trois… », a témoigné l’un des scientifiques à bord, cité par Reporterre, illustrant la densité de ces dépôts dans la zone étudiée.
Des pratiques aujourd’hui prohibées
Entre 1946 et 1993, des pays comme le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse et la France ont immergé des déchets radioactifs dans l’océan Atlantique et d’autres mers. Ces opérations, autorisées à l’époque par des conventions internationales, consistaient à enfouir des fûts métalliques remplis de résidus nucléaires dans des zones jugées suffisamment profondes pour être « oubliées ». En 1993, un moratoire international a mis fin à ces pratiques, les remplaçant par des solutions de stockage à terre, comme le centre de stockage de la Manche (CSM) en France.
Pourtant, malgré l’interdiction, ces sites sous-marins restent une préoccupation environnementale. Les conteneurs, même protégés par des gaines de béton ou d’acier, sont susceptibles de se corroder avec le temps. Une fois la barrière rompue, les radionucléides pourraient se disperser dans l’eau, avec des conséquences encore mal évaluées sur les écosystèmes marins. Les scientifiques craignent notamment une contamination de la chaîne alimentaire, à commencer par les espèces vivant à proximité des fonds marins.
Quelles suites pour cette expédition ?
Les échantillons prélevés lors de cette plongée sont désormais en cours d’analyse dans des laboratoires spécialisés. Les résultats, attendus dans les mois à venir, devraient apporter des éléments de réponse sur l’état actuel des fûts et sur d’éventuelles fuites radioactives. Selon Reporterre, ces données pourraient alimenter les débats sur la gestion des déchets nucléaires, alors que plusieurs pays réfléchissent à de nouvelles stratégies de stockage ou de retraitement.
Par ailleurs, cette expédition s’inscrit dans un mouvement plus large de surveillance des fonds marins, alors que l’ONU et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) appellent à une meilleure traçabilité des déchets dangereux immergés. En Europe, des projets comme ATLAS (Atlantic seabed litter and waste assessment) visent à cartographier ces sites et à évaluer leurs risques.
Cette expédition rappelle, une fois de plus, que les choix du passé en matière de déchets nucléaires continuent de hanter les écosystèmes. Bref, si l’immersion des fûts est aujourd’hui interdite, leurs conséquences, elles, pourraient encore durer des décennies.
Dans les décennies 1960 à 1990, plusieurs pays européens, dont la France, ont immergé des déchets radioactifs dans l’océan Atlantique, faute de solutions de stockage terrestre sûres et durables. Ces pratiques étaient alors autorisées par des conventions internationales, avant d’être interdites en 1993 par un moratoire.