Une nouvelle espèce d’araignée venimeuse, Loxosceles laeta — plus communément appelée recluse du Chili — a été observée pour la première fois au Portugal, plus précisément dans la ville de Porto, selon Euronews FR.

Cette découverte, révélée par des chercheurs du Musée d’histoire naturelle et des sciences de l’université de Porto, suscite l’attention des scientifiques, mais ceux-ci tiennent à rassurer sur le risque pour la population. « La probabilité que des personnes croisent cette espèce ou soient mordues par elle est faible », a déclaré José Manuel Grosso-Silva, entomologiste et spécialiste de cette famille d’araignées, lors d’un entretien accordé à Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Une première observation de la recluse du Chili (Loxosceles laeta) au Portugal a été faite à Porto, en septembre 2025 et janvier 2026, selon les chercheurs.
  • Cette espèce, originaire d’Amérique du Sud, peut provoquer des lésions cutanées nécrotiques en cas de morsure, bien qu’elle soit considérée comme peu agressive.
  • Une autre espèce similaire, la recluse méditerranéenne (Loxosceles rufescens), est déjà présente au Portugal depuis des décennies.
  • Le Portugal compte désormais plus de 300 espèces d’insectes exotiques introduites par l’activité humaine, favorisées par le réchauffement climatique.
  • Le premier cas de loxoscelisme documenté au Portugal remonte à 2023, causé par la recluse méditerranéenne.

Une espèce discrète, mais potentiellement dangereuse

D’après l’étude menée par les biologistes Francisco Gil et José Manuel Grosso-Silva, et citée par Euronews FR, la recluse du Chili est une espèce « discrète et peu encline à mordre ». Cependant, sa morsure peut avoir des conséquences graves : « Sa morsure peut provoquer des dégâts considérables sur la peau, entraînant fréquemment des lésions cutanées nécrotiques », précisent-ils.

Originaire de la partie occidentale de l’Amérique du Sud, cette araignée s’est répandue bien au-delà de son habitat naturel, notamment grâce aux échanges commerciaux internationaux. Au Portugal, deux mâles ont été identifiés : le premier, observé le 10 septembre 2025 sur un mur du Campo dos Mártires da Pátria, à Porto, et le second, retrouvé mort dans un piège adhésif le 10 janvier 2026.

Contrairement à d’autres araignées, la recluse du Chili ne construit pas de toiles aériennes pour capturer ses proies. Elle privilégie les zones sombres et abritées, comme les murs intérieurs ou les recoins des bâtiments. Son activité est principalement nocturne, ce qui limite les risques de rencontre avec l’homme.

Un risque limité, mais une surveillance accrue nécessaire

Malgré la présence confirmée de cette espèce, les chercheurs estiment que le danger reste modéré. « Le risque existe, mais il me semble faible, c’est pourquoi j’essaie de ne pas alimenter la panique ou un alarmisme excessif », a souligné José Manuel Grosso-Silva. La recluse du Chili partage en effet de nombreuses caractéristiques avec une autre espèce déjà présente en Europe : la recluse méditerranéenne (Loxosceles rufescens).

Cette dernière, originaire d’Amérique du Nord, s’est implantée en Europe depuis plus de deux siècles. Au Portugal, elle est aujourd’hui largement répandue. La principale différence entre les deux espèces réside dans la morphologie des mâles : les pédipalpes — ces appendices sensoriels et reproducteurs situés à l’avant du corps — présentent des particularités distinctes.

La confusion entre les deux espèces n’est pas rare. « Il est possible que des photos aient été identifiées comme appartenant à la recluse méditerranéenne alors qu’elles correspondent en réalité à la recluse du Chili », a expliqué le biologiste. Une incertitude qui complique l’évaluation précise de leur répartition.

Un précédent au Portugal : le cas de la recluse méditerranéenne en 2023

Le Portugal a enregistré un cas confirmé de loxoscelisme en 2023, causé par une morsure de Loxosceles rufescens. Selon un rapport publié dans la revue SPMI Case Reports, une femme de 48 ans a été mordue à la nuque alors qu’elle se trouvait dans un parc urbain de Porto.

Les symptômes sont apparus progressivement : un gonflement local sans douleur immédiate, suivi, dans les 24 heures, de maux de tête, fièvre, fatigue et nécrose cutanée. La patiente a développé des lésions autour des yeux, des lèvres, ainsi que sur les cuisses et les fesses. Après 16 jours d’hospitalisation, elle est sortie sans séquelle.

Ce cas illustre la gravité potentielle des morsures de ces araignées, bien que les complications graves restent rares. Les autorités sanitaires portugaises surveillent donc de près l’évolution de cette nouvelle espèce.

Des espèces exotiques en hausse : un phénomène lié à l’activité humaine

La présence de la recluse du Chili au Portugal s’inscrit dans un contexte plus large : l’augmentation des espèces exotiques sur le territoire. Selon José Manuel Grosso-Silva, « nous modifions de plus en plus l’environnement qui nous entoure. Nous introduisons volontairement de nombreuses plantes qui, très souvent, arrivent accompagnées d’insectes que nous ne souhaitions pas introduire ».

Parmi les exemples récents, le biologiste cite l’introduction du frelon asiatique en Europe via la France, transporté accidentellement avec des bonsaïs chinois. Les monocultures — comme les forêts d’eucalyptus ou les cultures extensives de maïs — réduisent également les habitats naturels et favorisent la prolifération d’espèces invasives.

Le réchauffement climatique, qui touche l’Europe à un rythme accéléré, joue également un rôle clé. « La hausse des températures peut favoriser la reproduction et l’expansion de ces espèces exotiques », explique le chercheur. « Nous ne savons pas comment la situation évoluera ici dans la péninsule Ibérique. C’est un phénomène à suivre dans les prochaines années ».

La recluse du Chili en Europe : une expansion déjà observée

La recluse du Chili n’est pas une inconnue en Europe. La première observation remonte à 1972, dans un bâtiment des départements de zoologie et de génétique de l’université d’Helsinki, en Finlande. Les chercheurs supposent que l’espèce a été transportée par l’homme et a trouvé refuge à l’intérieur du bâtiment, où les températures étaient plus clémentes que dans le climat extérieur finlandais.

En 2025, un nouvel exemplaire a été identifié à l’université Eberhard Karl de Tübingen, en Allemagne, dans les caves de l’institution. Des signalements non confirmés évoquent également sa possible présence en Italie, mais cette information reste à vérifier, le site original ayant depuis disparu.

Ces observations confirment que l’espèce s’adapte à différents environnements, même en dehors de son aire de répartition naturelle. « Elle aurait eu du mal à survivre au climat extérieur de la Finlande, mais elle a trouvé des habitats artificiels où elle peut prospérer », précise José Manuel Grosso-Silva.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer l’expansion de la recluse du Chili au Portugal et en Europe. Les chercheurs prévoient de multiplier les campagnes de surveillance, notamment dans les zones urbaines et les bâtiments anciens où ces araignées pourraient s’installer. Une meilleure identification des espèces, notamment grâce à l’analyse des pédipalpes, permettra d’affiner les connaissances sur leur répartition. Par ailleurs, la hausse des températures pourrait favoriser leur prolifération, ce qui rend une surveillance accrue d’autant plus nécessaire.

En attendant, les autorités sanitaires recommandent de rester vigilant lors de manipulations de bois, de cartons ou d’objets stockés dans des lieux sombres et peu fréquentés. En cas de morsure suspecte, il est conseillé de consulter rapidement un médecin pour éviter les complications.

La recluse du Chili (Loxosceles laeta) se distingue par sa couleur uniformément brune et l’absence de motifs. Les mâles présentent des pédipalpes spécifiques, utilisés lors de l’accouplement. Elle construit des toiles dans les recoins sombres et ne tisse pas de toiles aériennes comme les araignées classiques.

En cas de morsure suspecte, il est recommandé de laver la zone à l’eau et au savon, d’appliquer une compresse froide et de consulter un médecin sans tarder. Les symptômes (douleur retardée, gonflement, nécrose) peuvent s’aggraver en 24 à 48 heures.