Un chantier de construction à Tallinn, en Estonie, a révélé l’un des navires médiévaux les mieux conservés d’Europe, selon Futura Sciences. Enterré sous plus d’un mètre de sable humide depuis près de six siècles, ce bâtiment marchand du XIVe siècle, baptisé « Lootsi 8 », offre aux archéologues une fenêtre unique sur les techniques de navigation et les réseaux commerciaux de l’époque.
Ce qu'il faut retenir
- Un navire de 24,5 mètres datant de 1370-1374, découvert en mars 2022 sous le numéro 8 de la rue Lootsi, près du vieux port de Tallinn.
- La coque, découpée en quatre sections pour être transportée, est considérée comme l’une des mieux préservées d’Europe.
- Parmi les objets retrouvés figure une boussole sèche du XIVe siècle, potentiellement la plus ancienne d’Europe encore fonctionnelle.
- L’analyse dendrochronologique révèle que le bois provient principalement de Lituanie et des régions baltes, confirmant l’étendue des échanges commerciaux de l’époque.
- Les charpentiers médiévaux avaient déjà identifié et renforcé les zones fragiles du bois, preuve d’un savoir-faire technique avancé.
- Une seconde épave, plus ancienne, a été repérée à proximité et sera préservée pour de futures recherches.
Ce n’est pas une, mais bien deux découvertes majeures que les archéologues doivent désormais étudier. Tout a commencé le 31 mars 2022, lorsque des ouvriers creusant les fondations d’un futur immeuble de bureaux à Tallinn ont mis au jour une structure en bois enfouie à seulement 1,50 mètre de profondeur. Le chantier, situé au 8 rue Lootsi, près du vieux port, a immédiatement été interrompu pour permettre une fouille d’urgence. Rapidement, les experts du Musée maritime estonien ont réalisé qu’ils ne se trouvaient pas face à des débris portuaires quelconques, mais bien devant les vestiges exceptionnellement conservés d’un grand navire marchand médiéval.
Selon Futura Sciences, la coque « Lootsi 8 » mesure environ 24,5 mètres de long pour 8,6 mètres de large. Son état de conservation est tel que les archéologues ont dû la découper en quatre sections afin de la transporter jusqu’au Musée maritime estonien, où elle est désormais étudiée et préservée. À l’époque médiévale, cette zone se situait près du littoral, au niveau du delta de la rivière Harjapea. Au fil des siècles, les marécages ont été remblayés et urbanisés, faisant disparaître le paysage maritime d’origine. Le navire, lui, est resté prisonnier des sédiments marins pendant près de six siècles, protégé des intempéries et des dégradations.
Une boussole du XIVe siècle, plus ancienne que prévu en Europe
Parmi les objets découverts à bord, une découverte a particulièrement retenu l’attention des chercheurs : une boussole sèche datant du XIVe siècle. Selon plusieurs sources estoniennes citées par Futura Sciences, cet instrument pourrait être le plus ancien exemplaire connu en Europe encore fonctionnel. Cette trouvaille change radicalement la perception que les archéologues avaient du navire. Il ne s’agissait pas uniquement d’un cargo médiéval, mais bien d’un bâtiment naviguant dans un réseau commercial sophistiqué, nécessitant des instruments de navigation précis.
À bord du « Lootsi 8 », les fouilles ont également permis de retrouver des outils, des armes, des chaussures en cuir usées et réparées, ainsi que les restes de deux rats conservés dans du goudron répandu sur le pont. Le désordre des objets laisse penser à une évacuation précipitée. Pourquoi un navire aussi imposant et précieux a-t-il été abandonné si près des côtes ? Cette question reste sans réponse pour l’instant.
Le bois du navire révèle l’étendue des réseaux commerciaux médiévaux
Une récente étude scientifique, menée par des chercheurs estoniens, a permis de dater l’épave avec une précision remarquable grâce à la dendrochronologie, l’analyse des cernes du bois. Sur les 97 échantillons prélevés, 87 ont pu être datés. Les résultats montrent que la majorité des chênes utilisés pour sa construction ont été abattus durant les hivers 1370-1371 et 1371-1372. D’autres éléments proviennent d’arbres coupés un peu plus tard, vers 1373-1374. Cette datation confirme que le navire a probablement coulé ou été abandonné entre 1374 et la fin du XIVe siècle.
L’analyse a également révélé l’origine du bois : la plupart des chênes auraient poussé sur les côtes de l’actuelle Lituanie, tandis que d’autres proviendraient des régions baltes voisines et d’Estonie. Cette diversité géographique illustre l’étendue des réseaux commerciaux en mer Baltique à l’époque médiévale. Les chercheurs ont également identifié un détail fascinant : de nombreuses planches présentaient des défauts appelés « cernes lunaires », causés par des dommages subis par les arbres durant leur croissance. Les charpentiers médiévaux avaient repéré ces fragilités et renforcé les zones concernées avec de longues planches internes, preuve d’un savoir-faire technique déjà très avancé.
Une seconde épave repérée, préservée pour les générations futures
Les archéologues n’ont pas terminé leur travail. Selon Futura Sciences, une seconde épave, encore plus ancienne que le « Lootsi 8 », a été repérée à proximité. Pour l’instant, elle reste volontairement enfouie sous terre, préservée pour de futures générations de chercheurs. Cette découverte pourrait offrir de nouvelles perspectives sur la navigation et le commerce en Baltique avant le XIVe siècle.
Cette découverte rappelle que même les villes les plus modernes peuvent cacher des trésors archéologiques insoupçonnés. À Tallinn, où l’histoire médiévale est omniprésente, le « Lootsi 8 » s’ajoute à la longue liste des témoignages du passé qui continuent de fasciner les chercheurs et le grand public. Reste à savoir si d’autres navires, encore plus anciens ou mieux conservés, attendent sagement sous les fondations des bâtiments modernes.