Le remplacement des lance-roquettes unitaires (LRU) de l’armée française, actuellement déployés jusqu’à 70 kilomètres, entre dans sa phase décisive. Le programme FLP-T, piloté par la Direction générale de l’armement (DGA) depuis 2023, doit aboutir d’ici l’été à un choix stratégique pour succéder à ces équipements dont la fin de vie est prévue pour 2027. Selon Capital, plusieurs solutions, françaises comme étrangères, sont examinées avec une attention particulière portée sur l’efficacité, le coût et les délais de livraison. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a d’ores et déjà salué les démonstrations techniques présentées par les industriels nationaux, tout en laissant la porte ouverte à des options « sur étagère ».
Ce qu’il faut retenir
- Les LRU actuels, dérivés d’un modèle Lockheed Martin, seront obsolètes dès 2027 et doivent être remplacés par le programme FLP-T, dont la décision est attendue d’ici l’été.
- Deux consortiums français ont présenté des démonstrations : Safran et MBDA avec leur système Thundart, et Thales et ArianeGroup avec un missile balistique longue portée.
- Les critères de sélection incluent la portée (jusqu’à 80 km pour Thundart, 2 500 km pour le missile balistique), la mobilité et la résistance au brouillage électronique.
- Une offre américaine, probablement le HIMARS de Lockheed Martin, est également à l’étude, suscitant des débats sur une éventuelle dépendance technologique.
- Le sénateur Cédric Perrin, président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat, a qualifié un choix américain de « casus belli » politique.
Des solutions françaises en lice, avec des atouts distincts
Côté français, deux projets se détachent. D’abord, le système Thundart, développé conjointement par Safran et MBDA, a réalisé un premier tir réussi fin avril. Ce lance-roquettes « tout chemin » embarque huit roquettes, capable de rouler à 80 km/h et de frapper avant de se replier rapidement — une capacité directement inspirée des retours d’expérience du conflit en Ukraine, où les pièces d’artillerie deviennent des cibles privilégiées pour les drones. Le système intègre également un guidage durci pour contrer les tentatives de brouillage, un enjeu majeur dans les conflits modernes.
De son côté, le consortium formé par Thales et ArianeGroup a mis en avant un missile balistique longue portée, dont les essais ont été qualifiés de « très intéressants » par Catherine Vautrin, selon les propos rapportés par BFMTV. Ce projectile, capable d’atteindre 2 500 kilomètres, présente l’avantage d’une montée en cadence rapide, un atout pour répondre aux besoins d’une armée en constante évolution. Vincent Pery, d’ArianeGroup, a souligné cette capacité lors de la présentation du démonstrateur, mettant en avant une réponse adaptée aux exigences opérationnelles actuelles.
Une concurrence internationale qui pèse dans la balance
Si les solutions françaises séduisent par leur innovation, la DGA n’exclut pas de se tourner vers des systèmes déjà éprouvés à l’étranger. Parmi les options étudiées figurent le K239 sud-coréen, déjà adopté par plusieurs pays européens, et surtout le HIMARS américain de Lockheed Martin. Ce dernier, déjà déployé massivement en Europe, représente une alternative mature et immédiatement disponible. Selon Capital, une offre américaine aurait même été déposée auprès des autorités françaises, bien que son contenu n’ait pas été précisé.
La ministre des Armées a tenu à rappeler que la décision reposerait sur trois critères objectifs : l’efficacité opérationnelle, le prix et les délais de livraison. Catherine Vautrin a ainsi indiqué que « la DGA travaille avec deux groupements d’entreprises françaises pour remplacer le LRU », une déclaration qui semble exclure a priori une solution purement étrangère. Pourtant, la pression géopolitique et les impératifs logistiques pourraient bien inciter à une ouverture vers des partenariats internationaux, notamment dans un contexte où l’autonomie stratégique de l’Europe est régulièrement questionnée.
Les enjeux stratégiques d’un choix qui dépasse le simple remplacement d’équipements
Le débat dépasse la simple modernisation du parc militaire. Pour le sénateur Cédric Perrin, un choix en faveur du HIMARS américain constituerait un « casus belli » politique, tant il remettrait en cause la souveraineté industrielle de la France dans le domaine de la défense. Dans une tribune récente, il a rappelé que l’indépendance stratégique de la France en matière d’armement était un pilier de sa politique étrangère, et que tout compromis sur ce point risquerait de fragiliser l’autonomie opérationnelle du pays. Ces craintes sont partagées par une partie de la classe politique, qui craint une dépendance accrue vis-à-vis des États-Unis dans un contexte géopolitique tendu.
À l’inverse, certains observateurs soulignent que l’adoption d’un système étranger, déjà éprouvé et déployé à grande échelle, permettrait de combler rapidement le vide capacitaire créé par l’obsolescence des LRU actuels. Le HIMARS, par exemple, est utilisé par plusieurs pays européens dans le cadre de l’appui aux forces ukrainiennes, ce qui en fait un choix pragmatique pour une armée française soucieuse de renforcer sa crédibilité opérationnelle à moindre coût.
« La décision finale doit intervenir d’ici l’été. Entre innovation technologique, souveraineté industrielle et réalisme opérationnel, le gouvernement devra trancher un choix qui engage la France pour les décennies à venir. » — Catherine Vautrin, ministre des Armées
Quoi qu’il en soit, ce choix reflète une tendance plus large en Europe, où les États doivent concilier modernisation de leurs armées et préservation de leur autonomie stratégique. Dans un contexte marqué par les tensions en Ukraine et les incertitudes géopolitiques, la France devra trouver un équilibre entre innovation locale et partenariats internationaux pour garantir la crédibilité de sa défense.
Les lance-roquettes unitaires (LRU) actuels, dérivés d’un modèle Lockheed Martin, arriveront en fin de vie dès 2027. Leur remplacement par le programme FLP-T, lancé en 2023, est donc une priorité pour maintenir les capacités opérationnelles de l’armée française.
Côté français, les consortiums Safran-MDBA (avec Thundart) et Thales-ArianeGroup (avec un missile balistique longue portée) sont en compétition. À l’international, le HIMARS américain de Lockheed Martin et le K239 sud-coréen sont également sur la table des négociations.