Un important réseau de blanchiment d'argent lié au trafic de stupéfiants, opérant entre la France, la Belgique et la Mauritanie, a été démantelé début juin. Quatorze personnes ont été interpellées et près de 8 millions d'euros en espèces, ainsi que 50 kilos de cocaïne, ont été saisis lors d'une opération coordonnée entre le 5 et le 6 juin. Selon BFM - Faits Divers, cette affaire illustre la complexité des circuits criminels transfrontaliers et les méthodes sophistiquées utilisées pour recycler les profits illicites.
Ce qu'il faut retenir
- 15 interpellations en France et en Belgique dans le cadre d'un réseau de blanchiment et de trafic de drogue.
- 50 kg de cocaïne saisis, ainsi que 8 millions d'euros en espèces et sur des comptes bancaires.
- Un total de 24 millions d'euros blanchis en huit mois, selon les estimations des enquêteurs.
- Une société écran basée à Bruxelles identifiée comme destinataire présumée des fonds.
- Deux collecteurs en France mis en examen et écroués, cinq suspects en Belgique inculpés.
- Un mandat d'arrêt émis contre un donneur d'ordres présumé, susceptible de se trouver en Mauritanie.
Une opération coordonnée entre trois pays
L'enquête, menée par plusieurs services spécialisés, a révélé l'existence d'un réseau structuré entre la France, la Belgique et la Mauritanie. Les investigations, pilotées par l'Office anti-stupéfiants (Ofast), l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) et la Brigade de répression de la délinquance itinérante (BRI), ont permis de remonter jusqu'à une société d'achat et de revente de véhicules basée à Bruxelles. Cette entreprise servait de façade pour blanchir les fonds issus du trafic de drogue.
Selon les éléments recueillis, 7,9 millions d'euros ont été saisis sur ses comptes bancaires, principalement en liquide. Les enquêteurs ont également identifié plusieurs garages écrans en Belgique, utilisés pour dissimuler l'origine illicite des fonds. En France, les perquisitions ont eu lieu en région parisienne, notamment en gare de Massy (Essonne), à l'Haÿ-les-Roses et à Alfortville (Val-de-Marne), où 500 000 euros en espèces et des stupéfiants ont été saisis.
Un blanchiment massif sur plusieurs années
Les déclarations de capitaux à l'entrée sur le territoire français émanant de ressortissants mauritaniens ont atteint au moins 7,5 millions d'euros depuis 2019, un chiffre qui devrait encore évoluer à mesure que l'enquête progresse. Les enquêteurs estiment que 24 millions d'euros ont été blanchis en huit mois seulement, une somme colossale qui témoigne de l'ampleur des activités criminelles du réseau. Les fonds étaient collectés en France et en Belgique avant d'être transférés vers des destinations variées, dont la Mauritanie.
Les méthodes utilisées par les trafiquants étaient multiples : virements en liquide, achats de véhicules, ou encore utilisation de sociétés écrans. La police judiciaire fédérale de Bruxelles a joué un rôle clé dans le démantèlement de cette organisation, en collaboration avec les autorités françaises et mauritaniennes. Cette coopération internationale s'est avérée essentielle pour identifier les flux financiers et remonter jusqu'aux principaux acteurs du réseau.
Des interpellations et des mises en examen en cascade
En France, deux collecteurs ont été interpellés et présentés mardi à un juge de la Juge d'instruction de la juridiction spécialisée en matière de criminalité organisée (Jirs-Junalco) de Paris. Les deux hommes, qui ont reconnu les faits lors de leur garde à vue, ont été mis en examen pour blanchiment et trafic de stupéfiants avant d'être placés en détention provisoire. Leur rôle consistait à récupérer les fonds issus de la vente de drogue et à les acheminer vers les différents comptes du réseau.
Côté belge, cinq personnes ont été inculpées. Quatre d'entre elles ont été libérées sous caution, tandis qu'un mandat d'arrêt a été émis contre le cinquième, toujours en fuite. Les autorités belges ont également lancé un mandat d'arrêt international visant un donneur d'ordres présumé, dont la localisation pourrait se situer en Mauritanie. Ce dernier est considéré comme l'un des principaux organisateurs du réseau, chargé de superviser les opérations de blanchiment et de redistribuer les fonds vers les pays d'origine des capitaux.
« Quinze personnes ont été interpellées, 50 kilos de cocaïne et 8 millions d'euros ont été saisis »
Police nationale, communiqué publié sur X
Un réseau aux ramifications internationales
L'organisation criminelle s'appuyait sur des complicités locales dans chacun des trois pays concernés. En Mauritanie, les enquêteurs soupçonnent l'existence d'un réseau de collecteurs chargés de récupérer les fonds et de les acheminer vers des destinations finales, comme des pays d'Afrique de l'Ouest ou des paradis fiscaux. Les montants déclarés depuis 2019 suggèrent une activité continue et bien structurée, avec des flux financiers réguliers entre les trois pays.
Les services de douane français, via l'Office national antifraude (Onaf), ont également joué un rôle dans l'enquête, notamment en identifiant les mouvements de fonds suspects. Leur intervention a permis de tracer les flux financiers et de confirmer l'ampleur des sommes blanchies. Cette affaire met en lumière les défis posés par les réseaux criminels transfrontaliers, qui exploitent les failles des systèmes financiers et les différences de réglementation entre les pays.
Les prochaines étapes incluront également l'analyse des saisies réalisées, notamment des véhicules et des comptes bancaires, afin de reconstituer l'intégralité des flux financiers. Les enquêteurs devront également déterminer si d'autres réseaux criminels sont liés à cette organisation, ou si celle-ci opérait de manière autonome. Une fois ces éléments réunis, les autorités judiciaires pourront décider des suites à donner à cette affaire, qui s'annonce comme l'une des plus importantes de ces dernières années en matière de blanchiment transfrontalier.