Depuis plus de quarante ans, les producteurs de tomates de la coopérative bretonne Savéol ont adopté une stratégie de protection des cultures radicalement différente de l’usage classique des pesticides. Leur allié ? Des insectes auxiliaires, élevés en amont sur des plants de tabac, qui jouent le rôle de prédateurs naturels contre les ravageurs ciblant les plants de tomates. Comme le rapporte Ouest France, cette méthode, expérimentée dès les années 1980, s’est imposée comme une alternative durable et efficace, permettant de réduire significativement l’usage de produits chimiques dans les serres bretonnes.

Ce qu'il faut retenir

  • Les serristes de Savéol, en Bretagne, utilisent depuis quarante ans des insectes auxiliaires pour protéger leurs tomates des ravageurs, sans recourir aux pesticides.
  • Ces auxiliaires de culture, élevés sur des plants de tabac, agissent comme des prédateurs naturels contre les insectes nuisibles.
  • Cette méthode a permis de réduire drastiquement l’usage de pesticides dans les serres de la coopérative.
  • La Bretagne est une région historique de production de tomates sous serre, avec une forte tradition d’innovation agricole.

Une alternative aux pesticides née dans les années 1980

L’histoire de cette pratique remonte aux années 1980, lorsque les producteurs de Savéol, confrontés à la montée des résistances aux pesticides et aux exigences croissantes en matière de qualité sanitaire, ont commencé à explorer des solutions biologiques. C’est à cette époque que la coopérative a initié l’élevage d’auxiliaires de culture, notamment des punaises prédatrices comme Macrolophus pygmaeus, ou encore des acariens utiles comme Phytoseiulus persimilis. Ces insectes, élevés sur des plants de tabac en amont, sont ensuite relâchés dans les serres de tomates où ils se nourrissent des ravageurs comme les aleurodes ou les araignées rouges.

Selon les données transmises par Savéol à Ouest France, cette technique a permis de réduire de plus de 80 % l’usage de pesticides chimiques dans certaines serres. «

Nous avons commencé avec des tests modestes, se souvient un technicien de la coopérative. Mais les résultats ont été si convaincants que nous avons généralisé cette méthode à l’ensemble de nos exploitations. Aujourd’hui, c’est une composante essentielle de notre modèle agricole.
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Des auxiliaires adaptés à chaque ravageur

La stratégie de Savéol repose sur une connaissance fine des écosystèmes de serre et des interactions entre espèces. Chaque auxiliaire est sélectionné pour cibler un ravageur spécifique. Par exemple, Encarsia formosa, une petite guêpe parasitoïde, est utilisée contre les aleurodes blancs, tandis que Nesidiocoris tenuis chasse les chenilles et les pucerons. Cette approche sur mesure limite les risques de déséquilibres biologiques et garantit une protection durable des cultures.

Un rapport interne de la coopérative, consulté par Ouest France, indique que près de 90 % des serres de Savéol fonctionnent aujourd’hui selon ce principe. «

L’idée n’est pas de remplacer un pesticide par un autre, mais de recréer un équilibre naturel dans nos serres, explique un ingénieur agronome de Savéol. Cela demande une expertise constante, mais les bénéfices sont multiples : moins de résidus dans les tomates, une meilleure santé des plantes, et une réduction de l’impact environnemental.
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Un modèle qui inspire au-delà de la Bretagne

Si Savéol reste une référence en matière de lutte biologique en France, son modèle intéresse de plus en plus d’autres régions et pays. Des producteurs espagnols, néerlandais ou encore belges se tournent vers ces techniques, séduits par leur efficacité et leur alignement avec les attentes des consommateurs en matière de produits sains. En France, où la réglementation sur les pesticides se durcit (notamment avec le plan Ecophyto 2030), cette approche pourrait devenir un standard pour les cultures sous serre.

Pourtant, des défis subsistent. Le coût de production des auxiliaires reste plus élevé que celui des pesticides classiques, même si les économies réalisées sur le long terme (moins de traitements, meilleure productivité) compensent largement cet investissement initial. De plus, la gestion de ces écosystèmes artificiels demande une main-d’œuvre qualifiée, un enjeu crucial pour une coopérative comme Savéol, qui emploie plusieurs centaines de salariés en Bretagne.

Et maintenant ?

À l’horizon 2027, Savéol prévoit d’étendre cette méthode à 100 % de ses serres, une première en France pour une production de tomates à grande échelle. La coopérative travaille également sur des partenariats avec des laboratoires spécialisés pour améliorer encore l’efficacité de ses auxiliaires, notamment en développant des souches résistantes aux variations de température. Reste à voir si cette innovation biologique pourra s’imposer face à la concurrence des tomates importées, souvent produites à moindre coût avec des méthodes plus traditionnelles.

Une chose est sûre : avec l’évolution des attentes des consommateurs et des régulations, les insectes auxiliaires pourraient bien devenir les nouveaux gardiens des cultures sous serre en Europe.

La coopérative utilise plusieurs espèces, dont Macrolophus pygmaeus et Phytoseiulus persimilis contre les araignées rouges, Encarsia formosa contre les aleurodes blancs, et Nesidiocoris tenuis pour les pucerons et chenilles.