Une expédition scientifique menée à bord du sous-marin habité Nautile a permis d’observer, pour la première fois, l’état de dégradation de milliers de fûts radioactifs immergés entre 1950 et 1982 au large des côtes européennes. Selon Ouest France, ces conteneurs, initialement destinés à contenir des déchets nucléaires, présentent aujourd’hui des signes de corrosion avancée à près de 4 700 mètres de profondeur, dans une zone où les conditions de pression et de température accélèrent leur détérioration.
Les images captées par le Nautile révèlent des barils éventrés, laissant s’échapper des particules potentiellement dangereuses pour l’écosystème marin. Cette mission, organisée par des chercheurs français et internationaux, vise à évaluer les risques de contamination liés à ces déchets historiques, dont une partie a été délibérément immergée dans le cadre de pratiques désormais interdites.
Ce qu'il faut retenir
- Une expédition scientifique a étudié, à 4 700 mètres de profondeur, des milliers de fûts radioactifs immergés entre 1950 et 1982.
- Les barils, transportés à bord du sous-marin Nautile, présentent des signes de corrosion avancée et laissent échapper des particules.
- Ces déchets, issus de l’industrie nucléaire, ont été volontairement coulés dans l’océan avant l’interdiction de ces pratiques.
- Les chercheurs cherchent à évaluer les risques de contamination radioactive pour les écosystèmes marins.
- Les conditions extrêmes de pression et de température en profondeur accélèrent la dégradation des conteneurs.
Une plongée à 4 700 mètres pour documenter l’état des déchets
L’équipe de scientifiques, embarquée à bord du Nautile – un submersible spécialisé dans les missions océanographiques –, a passé plusieurs jours à explorer une zone située à plus de 4 700 mètres sous la surface. Leur objectif : cartographier l’emplacement des fûts et documenter leur état de conservation. Les images récupérées montrent des conteneurs métalliques déformés, certains ouverts, libérant des sédiments imprégnés de radioactivité résiduelle.
« Les barils que nous avons observés ne sont plus intacts, a expliqué le chef de mission lors d’une conférence de presse. Certains sont éventrés, ce qui laisse présager une fuite progressive de leur contenu. » Les chercheurs ont prélevé des échantillons d’eau et de sédiments à proximité des déchets pour analyse en laboratoire, sans pour autant pouvoir mesurer immédiatement le niveau de radioactivité ambiante.
Des pratiques d’immersion désormais interdites
Entre les années 1950 et le début des années 1980, plusieurs pays européens, dont la France, ont eu recours à l’immersion de déchets radioactifs en mer. Cette méthode, bien que légale à l’époque, est aujourd’hui strictement encadrée par des conventions internationales, comme la Convention de Londres adoptée en 1972. À l’époque, les autorités estimaient que les grands fonds marins offraient une solution « définitive » pour se débarrasser de ces déchets, sans mesurer pleinement les risques à long terme.
« Ces pratiques reflètent une époque où la gestion des déchets nucléaires était moins maîtrisée qu’aujourd’hui, a rappelé un expert en sûreté nucléaire contacté par Ouest France. On sait désormais que les fonds marins ne constituent pas un environnement hermétique. » Les données recueillies lors de cette mission pourraient alimenter les débats sur la nécessité de cartographier et, éventuellement, de sécuriser ces sites historiques.
Quels risques pour les écosystèmes marins ?
Les scientifiques s’interrogent sur l’impact potentiel de ces déchets sur la faune et la flore locales. À cette profondeur, la biodiversité est rare, mais certaines espèces adaptées aux conditions extrêmes pourraient être affectées par une contamination radioactive. Les prélèvements réalisés par le Nautile permettront d’évaluer la propagation éventuelle de particules radioactives dans la chaîne alimentaire.
Pour l’heure, aucun signal d’alerte n’a été émis concernant une contamination généralisée. Cependant, les chercheurs insistent sur la nécessité de poursuivre les investigations. « Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, a indiqué un océanographe. Mais ces observations montrent que les déchets immergés il y a des décennies ne sont pas inertes. »
Cette découverte rappelle l’importance de la traçabilité des déchets nucléaires, alors que plusieurs pays réfléchissent à la construction de nouveaux réacteurs. Entre héritage industriel et enjeux environnementaux, la gestion des déchets radioactifs reste un défi majeur pour les décennies à venir.
Dans les années 1950-1980, les pratiques de gestion des déchets nucléaires étaient moins strictes qu’aujourd’hui. L’immersion en mer était considérée comme une solution économique et pratique, avant que des conventions internationales n’interdisent cette méthode en raison des risques environnementaux.
À ce stade, les scientifiques n’ont pas détecté de contamination généralisée. Cependant, la dégradation des conteneurs pourrait, à terme, libérer des particules radioactives dans l’eau. Les analyses en cours permettront d’évaluer plus précisément les risques pour les écosystèmes marins et les éventuels impacts sur la chaîne alimentaire.