D'après BFM Business, la filière aérospatiale française pourrait tirer profit du désengagement des États-Unis auprès de leurs partenaires européens pour accélérer ses ventes d’équipements militaires. Selon les déclarations d’Olivier Andriès, président du Groupement des industries aérospatiales françaises (Gifas) et directeur général du motoriste Safran, cette situation ouvre une « opportunité indirecte » pour promouvoir la « préférence européenne » dans le domaine de la défense.

Ce qu'il faut retenir

  • Olivier Andriès, président du Gifas et DG de Safran, estime que les arguments en faveur des équipements américains peuvent être contestés.
  • Le système SAMP/T de Thales associé aux missiles Aster a été choisi par les Danois, malgré la concurrence des Patriot américains.
  • Certains pays européens, notamment les pays baltes et d’Europe de l’Est, ont été informés d’un désengagement prioritaire des États-Unis.
  • La filière civile n’est pas impactée à ce jour, avec des livraisons d’avions maintenues et une activité de maintenance stable.
  • L’impact global dépendra de la durée de la crise géopolitique actuelle.

Une fenêtre ouverte pour les industriels européens

Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi 6 mai 2026, Olivier Andriès a souligné que le désengagement américain en Europe créait un contexte favorable pour les industriels français du secteur aérospatial. Selon lui, les arguments traditionnels en faveur des équipements américains — à savoir leur disponibilité immédiate et leurs performances supérieures — « peuvent être battus en brèche ». Il a notamment cité l’exemple du système de défense anti-aérienne SAMP/T, développé par Thales en collaboration avec l’italien Leonardo, et équipé des missiles Aster. Ce système a récemment été retenu par le Danemark, malgré la concurrence directe des Patriot américains, démontrant ainsi que les solutions européennes n’ont « pas à rougir » face à leurs homologues outre-Atlantique.

L’opportunité se présente d’autant plus que plusieurs pays européens, notamment en Europe du Nord et en Europe de l’Est, ont reçu des signaux indiquant un désengagement prioritaire des États-Unis. Ces pays, comme les pays baltes, pourraient ainsi se tourner vers des alternatives européennes pour sécuriser leurs approvisionnements en matériel de défense. « Il y a une opportunité indirecte pour que la préférence européenne dans la défense soit mise en œuvre », a déclaré Olivier Andriès.

Un secteur civil épargné, mais une vigilance maintenue

Côté civil, la filière aérospatiale française ne subit, pour l’instant, aucun impact négatif. Olivier Andriès a confirmé qu’aucune compagnie aérienne n’a demandé à repousser ses commandes d’avions. « Depuis quelques années, le secteur aérien est plutôt en manque d’avions », a-t-il rappelé. Les compagnies du Golfe ont d’ailleurs repris entre 50 et 70 % de leurs vols, tandis que les compagnies low cost, bien que touchées par la hausse du prix du kérosène, ont réduit leur programme de manière « relativement faible ».

De même, aucun signal de baisse d’activité n’a été observé dans le domaine de la maintenance. « Nous ne voyons pas non plus de signaux à date de baisse d’activité dans ce secteur », a précisé le président du Gifas. Une stabilité qui contraste avec les incertitudes pesant sur le segment militaire, où la durée de la crise géopolitique reste un facteur clé.

La durée de la crise, facteur déterminant pour l’avenir du secteur

Si la crise devait prendre fin dans les prochaines semaines, le secteur aérospatial français pourrait absorber le choc sans difficulté majeure. En revanche, une prolongation du conflit géopolitique pourrait entraîner un scénario plus complexe, avec des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement et les décisions d’investissement. « Si la crise devait s’arrêter dans les prochaines semaines, ce serait un choc dont le secteur se remettrait assez rapidement. Mais si la crise devait durer plus longtemps, on est dans un autre scénario », a mis en garde Olivier Andriès.

Cette prudence s’explique par la dépendance du secteur aux commandes militaires, qui représentent une part significative du chiffre d’affaires des grands groupes comme Thales, Airbus Defence and Space ou Dassault Aviation. Une baisse des commandes américaines en Europe pourrait donc contraindre ces industriels à renforcer leur positionnement sur le marché européen, en misant sur des arguments tels que la souveraineté technologique ou la réactivité des chaînes de production locales.

Un contexte géopolitique déjà favorable aux industriels européens

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large où plusieurs pays européens cherchent à réduire leur dépendance aux équipements américains. La guerre en Ukraine a déjà accéléré les réflexions autour de la souveraineté industrielle, notamment dans le domaine de la défense. La récente initiative franco-polonaise pour le développement d’un satellite géostationnaire de télécommunications militaires, impliquant Thales, Airbus et le polonais Radmor, illustre cette dynamique.

Pour les industriels français, l’enjeu est double : capitaliser sur cette fenêtre d’opportunité pour conquérir des parts de marché, tout en maintenant leur compétitivité face à des concurrents comme l’Allemagne, qui mise également sur une relocalisation des chaînes de production de défense. « Les arguments américains ne sont plus intouchables », a insisté Olivier Andriès, rappelant que les solutions européennes offrent désormais des alternatives crédibles, tant sur le plan technologique que sur celui de la disponibilité.

Et maintenant ?

Dans les prochains mois, la filière aérospatiale française pourrait être amenée à ajuster ses stratégies commerciales pour profiter pleinement de ce désengagement américain. Les prochaines commandes militaires des pays européens, notamment en matière de systèmes de défense aérienne ou de drones, seront des indicateurs clés. Une attention particulière sera portée sur les annonces des pays baltes et d’Europe de l’Est, dont les besoins pourraient évoluer rapidement en fonction de l’évolution du conflit géopolitique. Reste à voir si cette opportunité se concrétisera par des contrats fermes ou si elle restera au stade de potentiel commercial.

Une chose est sûre : le secteur devra naviguer entre opportunités et incertitudes, en misant sur sa capacité à innover et à répondre aux besoins immédiats de ses clients européens. La prochaine édition du salon du Bourget, prévue en juin 2026, pourrait d’ailleurs offrir une plateforme idéale pour concrétiser ces ambitions.

Les principaux concurrents incluent le système SAMP/T franco-italien, les missiles Aster, ainsi que les drones et avions de combat développés par Airbus, Dassault Aviation et MBDA. Ces solutions sont de plus en plus plébiscitées par les pays européens soucieux de réduire leur dépendance aux États-Unis.

À ce stade, aucun impact n’est enregistré, mais une prolongation de la crise géopolitique pourrait perturber les chaînes d’approvisionnement en composants ou augmenter les coûts de production. Les compagnies aériennes pourraient alors revoir leurs plans d’investissement, notamment pour les flottes long-courriers.