Une soixantaine de navires ont transité mercredi dans les deux sens par le détroit d’Ormuz, alors que la route maritime sécurisée, normalement évitée en cas de suspicion de mines, était officiellement fermée. Cette situation, rapportée par Libération, illustre les risques persistants pour le trafic commercial dans cette zone stratégique, où les tensions géopolitiques compliquent toute opération de déminage.

L’opération d’évacuation des mines, supervisée par les Nations Unies, pourrait s’étaler sur plusieurs semaines, selon des sources diplomatiques citées par le quotidien. Le détroit d’Ormuz, point de passage incontournable entre le golfe Persique et la mer d’Oman, voit transiter près d’un tiers du trafic mondial de pétrole. Sa fermeture, même partielle, aurait des répercussions économiques majeures.

Ce qu'il faut retenir

  • 60 navires ont franchi le détroit d’Ormuz mercredi malgré la fermeture de la route sécurisée, selon Libération.
  • La présence de mines présumées a entraîné la fermeture de cette voie, normalement évitée en cas de danger.
  • L’opération de déminage, menée sous l’égide de l’ONU, pourrait prendre plusieurs semaines.
  • Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour le commerce mondial, notamment pour le pétrole.

Une zone sous haute tension depuis des mois

Le détroit d’Ormuz, où s’affrontent régulièrement les intérêts des puissances régionales, est le théâtre de suspicions de minage depuis plusieurs semaines. Selon des rapports de renseignement relayés par Libération, des engins non explosés auraient été repérés près des chenaux principaux, forçant les autorités maritimes à interdire temporairement leur utilisation. Cette fermeture, bien que nécessaire, fragilise davantage un trafic déjà soumis à des aléas politiques.

Les compagnies maritimes sont contraintes de privilégier des routes alternatives, souvent plus longues et plus coûteuses. « Le contournement par le cap de Bonne-Espérance ou le détroit de Malacca allonge les délais de livraison de plusieurs jours », a expliqué un armateur sous couvert d’anonymat. Ces détours entraînent une hausse des coûts logistiques, supportés in fine par les consommateurs.

L’ONU en première ligne pour sécuriser les eaux

Face à l’urgence, les Nations Unies ont engagé une mission d’évaluation et de neutralisation des mines, en coordination avec les États riverains. D’après Libération, cette opération pourrait s’étendre sur quatre à six semaines, en fonction des conditions météorologiques et de la complexité des zones à inspecter. Les experts soulignent que le déminage en mer est une tâche délicate, nécessitant des moyens techniques et humains importants.

Les navires de la force navale européenne EUNAVFOR, déployés dans la région depuis 2022, pourraient jouer un rôle clé dans la sécurisation des abords du détroit. « Nous surveillons activement la situation et sommes prêts à intervenir en cas de besoin », a déclaré un porte-parole de l’organisation. Cependant, sans accès à la zone minée, leur action reste limitée.

Des répercussions économiques déjà visibles

Le blocage partiel du détroit d’Ormuz a déjà provoqué des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement. Plusieurs compagnies pétrolières ont réduit leurs exportations en attendant une clarification sur la sécurité des voies maritimes. Les cours du baril de Brent ont enregistré une hausse de 4 % en deux jours, reflétant l’inquiétude des marchés face à une possible aggravation de la situation.

Les pays du Golfe, dépendants à plus de 90 % de leurs exportations via cette route, multiplient les appels à la désescalade. Le Qatar, par exemple, a appelé à une « solution diplomatique immédiate » pour éviter une crise durable. « Le détroit d’Ormuz ne doit pas devenir un champ de bataille », a insisté le ministre qatari des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse à Doha.

Et maintenant ?

Dans les prochains jours, les inspections des équipes onusiennes devraient permettre d’établir une cartographie précise des zones minées. Si les conditions le permettent, une réouverture progressive des chenaux pourrait intervenir d’ici la mi-juillet, mais tout dépendra de l’état des engins décelés. Les compagnies maritimes, elles, préparent déjà des plans de secours, au cas où la fermeture se prolongerait.

D’ici là, le risque d’incident – collision, explosion ou détournement de navire – reste une menace tangible. Les autorités maritimes appellent à la prudence et à une coordination renforcée entre tous les acteurs, civils comme militaires.

Pour rappel, le détroit d’Ormuz a été le théâtre de plusieurs crises par le passé, notamment en 2019 et 2021, lorsque des attaques contre des pétroliers avaient exacerbé les tensions entre l’Iran et les pays du Golfe. La communauté internationale surveille de près l’évolution de la situation, consciente que son instabilité pourrait avoir des conséquences bien au-delà de la région.