Selon BFM Business, l’inquiétude des Français à l’égard de la dette publique et des dépenses sociales atteint un niveau inédit depuis plus d’une décennie. Une étude récente de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), publiée en juin 2026, révèle une montée en flèche des préoccupations liées à la soutenabilité des finances publiques et à l’efficacité du système de protection sociale. Réalisée auprès de 4 000 personnes entre octobre et décembre 2025, cette enquête annuelle dresse un constat sans appel : les Français sont de plus en plus critiques envers le niveau des dépenses sociales, jugées trop élevées et mal maîtrisées. La dette publique, désormais proche de 97 % du PIB, alimente ces craintes, tandis que la baisse des naissances et les tensions sur les dépenses de santé renforcent le débat sur l’allocation des ressources.
Ce qu'il faut retenir
- 70 % des Français se disaient en 2025 « beaucoup » ou « assez » préoccupés par le niveau de la dette publique, contre 52 % en 2023 — un record depuis 2015.
- 48 % des sondés estiment qu’il est plus important de réduire le déficit de la Sécurité sociale que de maintenir les prestations sociales au niveau actuel, un chiffre en hausse depuis 2015.
- 71 % des Français considèrent que le système de Sécurité sociale « coûte trop cher à la société », contre 63 % en 2023.
- Plus de 80 % des répondants jugent que les dépenses de santé sont « trop élevées car le système n’est pas bien géré ».
- Le soutien à la natalité devient une priorité pour 19 % des Français en 2025, contre 8 % en 2019, reflétant la baisse de 14 % des naissances annuelles.
- 25 % des sondés estiment que la France consacre une part excessive de son revenu national à la protection sociale, contre 17 % en 2023.
Une inquiétude historique face à la dette publique
L’enquête de la Drees met en lumière une montée spectaculaire de l’anxiété des Français concernant la dette publique, passée de 52 % de personnes inquiètes en 2023 à 70 % fin 2025. Cette progression de 18 points en deux ans illustre une défiance croissante envers la gestion des finances de l’État. Avec un ratio dette/PIB frôlant les 97 %, la France se situe parmi les pays européens les plus endettés, une situation qui alimente les débats sur la soutenabilité à long terme. Selon la Drees, cette inquiétude n’avait pas été aussi marquée depuis 2015, année où les craintes liées à la dette grecque avaient marqué les esprits.
Les résultats de l’étude confirment une tendance lourde : les Français ne perçoivent plus la dette comme un sujet abstrait, mais comme une menace concrète pour leur pouvoir d’achat et les services publics. « L’opinion publique semble de plus en plus consciente des arbitrages difficiles que devra opérer l’État dans les années à venir », analyse un économiste cité par BFM Business. Pour rappel, cette enquête s’inscrit dans un contexte où les taux d’intérêt, bien que légèrement redescendus depuis 2023, restent élevés, pesant sur le coût du service de la dette.
La Sécurité sociale dans le collimateur : coûts et efficacité en question
Si la dette publique cristallise les inquiétudes, c’est bien la Sécurité sociale qui concentre les critiques les plus vives. Selon l’enquête, 71 % des Français jugent que le système « coûte trop cher à la société », une perception en nette hausse par rapport aux 63 % enregistrés en 2023. Plus révélateur encore, plus de huit Français sur dix estiment que les dépenses de santé sont excessives « car le système n’est pas bien géré ». Une défiance qui s’étend aux remboursements et aux prestations sociales, perçus comme inefficaces ou mal répartis.
Cette insatisfaction se traduit par une demande croissante de réformes. Ainsi, 48 % des sondés privilégient la réduction du déficit de la Sécurité sociale à la préservation des prestations sociales et des remboursements, un chiffre en progression constante depuis 2015. Par ailleurs, un quart des Français (25 %) considère que la France consacre « une part excessive du revenu national » à la protection sociale, contre seulement 17 % en 2023. « Ces chiffres reflètent une remise en cause profonde du modèle français de redistribution », souligne un spécialiste des politiques sociales interrogé par BFM Business. La question de l’efficacité des dépenses sociales devient ainsi centrale, dans un contexte où les recettes de l’État stagnent et où les dépenses, notamment celles liées au vieillissement de la population, continuent de croître.
Protection sociale : des priorités qui évoluent sous la pression démographique
L’enquête de la Drees révèle également une transformation des priorités des Français en matière de politiques familiales, directement influencée par le déclin démographique. Avec une baisse de 14 % du nombre annuel de naissances entre 2019 et 2025, le soutien à la natalité s’impose désormais comme un enjeu majeur. La part des Français plaçant ce sujet en tête de leurs priorités est passée de 8 % à 19 % en six ans, un bond significatif qui illustre l’urgence perçue par la population. Dans le même temps, l’objectif d’autonomisation des jeunes de plus de 20 ans progresse fortement, passant de 17 % à 25 % des répondants.
À l’inverse, les priorités traditionnelles reculent. Ainsi, la volonté de « rapprocher les niveaux de vie entre familles aisées et modestes » chute de 32 % à 19 % entre 2019 et 2025. La « conciliation entre vie familiale et professionnelle », bien que restant l’objectif prioritaire pour 29 % des sondés, voit son score diminuer de 7 points. Ces évolutions traduisent une adaptation des attentes des Français à une réalité économique et sociale plus contraignante. Dans un pays où le taux de fécondité est tombé à 1,8 enfant par femme en 2025, contre 2,1 en 2010, les politiques publiques semblent devoir réorienter leurs efforts vers la natalité et l’insertion des jeunes, au détriment d’autres objectifs sociaux.
Cette défiance croissante envers les finances publiques et le système de protection sociale interroge sur la capacité de la France à concilier équité et soutenabilité. Entre la nécessité de réduire la dette, celle de moderniser la Sécurité sociale et celle de répondre aux défis démographiques, les choix qui s’annoncent s’annoncent complexes. Autant dire que les prochains mois seront cruciaux pour l’avenir du modèle social français.
Plusieurs facteurs expliquent ce niveau d’endettement : des dépenses publiques structurellement élevées (protection sociale, éducation, défense), des recettes fiscales en stagnation, et des crises successives (Covid-19, inflation post-pandémie) qui ont creusé le déficit. La France affiche ainsi un ratio dette/PIB parmi les plus élevés de la zone euro, derrière la Grèce et l’Italie.