Alors que l’Europe fait face à une deuxième vague de chaleur en moins de deux semaines, avec plus de 1 300 morts enregistrés lors de la première canicule, la question de l’accès à la climatisation révèle les tensions entre équité sociale, urgence climatique et ambitions énergétiques de l’Union européenne. Selon Euronews FR, cette situation met en lumière les limites du Pacte vert européen, conçu pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais confronté à une réalité estivale qui exige des adaptations immédiates.

Ce qu'il faut retenir

  • Plus de 1 300 morts ont été recensés en Europe lors de la première vague de chaleur, selon les données disponibles.
  • Le Pacte vert pour l’Europe, lancé en 2019, vise à réduire les émissions de GES et à améliorer l’efficacité énergétique des logements, mais ses mesures étaient initialement conçues pour l’hiver.
  • Les bâtiments européens, isolés pour conserver la chaleur, se transforment en « pièges à chaleur » lors des épisodes caniculaires.
  • Quatre pays — France, Allemagne, Pologne et Royaume-Uni — ont enregistré en juin leur journée la plus chaude jamais mesurée.
  • La demande en climatisation explose, mais son déploiement massif pose des défis énergétiques et climatiques, notamment en termes d’émissions et de pression sur les réseaux électriques.
  • Les inégalités sociales se creusent : les ménages aisés peuvent s’équiper, tandis que les plus modestes subissent des températures intérieures dangereuses.

Un Pacte vert conçu pour l’hiver, confronté à l’été

Présenté en 2019, le Pacte vert pour l’Europe repose sur trois piliers : réduire la consommation d’énergie, limiter l’usage des combustibles fossiles et améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments. Pourtant, selon Euronews FR, ces mesures ont été élaborées en priorité pour répondre aux besoins hivernaux, avec pour objectif de réduire la dépendance au gaz importé. La vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la transition propre, Teresa Ribera, a reconnu lors d’un entretien au Guardian que l’Europe n’a pas suffisamment anticipé l’impact des canicules. « Il s’agit d’un phénomène dont nous savions qu’il pouvait se produire, mais nous n’avons pas été suffisamment intelligents pour en traiter les causes profondes », a-t-elle déclaré.

Des températures records et des bâtiments inadaptés

Les étés caniculaires s’allongent et s’intensifient sur le continent. De Paris à Amsterdam, en passant par Madrid et Munich, les records de chaleur s’enchaînent. En juin, la France, l’Allemagne, la Pologne et le Royaume-Uni ont enregistré leur journée la plus chaude jamais mesurée. Le problème ? Les logements européens, conçus pour conserver la chaleur en hiver, deviennent des « pièges à chaleur » en été. « Nous ne pouvons pas simplement confiner les gens, surtout les plus vulnérables, lors des étés extrêmes à venir », a alerté le député européen Martin Hojsík (République tchèque / Renew Europe) auprès d’Euronews. Il plaide pour une adaptation de l’espace public, avec davantage d’espaces verts capables de faire baisser les températures ambiantes, y compris à proximité des bâtiments.

La climatisation, entre nécessité et paradoxe climatique

Face à des températures intenables, la climatisation s’impose comme une solution immédiate. Le député européen Roman Haiden (Autriche / Patriots for Europe) la présente comme une évidence : « Quand vous avez chaud, allumez la clim. Quand vous avez froid, allumez le chauffage. » Une position partagée par son collègue Michal Kobosko (Pologne / Renew Europe), qui estime que l’Europe devra « indéniablement » augmenter le nombre et la capacité des systèmes de climatisation, « pour nos usines comme pour nos logements ». Kobosko souligne cependant que cette solution implique un besoin accru d’énergie propre : « La climatisation consomme beaucoup d’énergie. Nous aurons besoin de nombreuses sources supplémentaires d’énergie propre et abordable. »

Le défi est de taille pour la Commission européenne, qui n’a pas encore de position officielle sur le sujet. Une stratégie d’adaptation au climat doit être présentée au quatrième trimestre 2026. En attendant, la question divise. Les détracteurs soulignent le risque d’une explosion de la demande électrique lors des pics de chaleur, obligeant à des investissements coûteux dans les réseaux. Les partisans, eux, rappellent que le paquet sur les réseaux de l’UE, une législation visant à moderniser le réseau électrique pour accélérer les énergies propres, doit répondre aux besoins actuels, y compris ceux des centres de données.

« Le refroidissement ne peut plus être considéré comme un simple choix de consommation, mais comme une infrastructure essentielle. »

— Député européen Michal Kobosko (Pologne / Renew Europe)

Des solutions complémentaires pour un rafraîchissement durable

L’Organisation européenne des consommateurs (BEUC) estime que la climatisation doit s’accompagner de solutions plus passives, comme un meilleur aménagement urbain intégrant des arbres, des maisons peintes dans des couleurs réfléchissantes ou l’installation de volets et dispositifs d’ombrage. « La climatisation vient en complément de ces mesures », souligne Frederico Oliveira da Silva, responsable du pôle énergie au BEUC. Il rappelle également que les pompes à chaleur, qui assurent à la fois le chauffage et le refroidissement, pourraient être une solution adaptée, à condition d’être soutenues financièrement. « Leur coût initial reste un obstacle, mais elles pourraient être éligibles à un soutien public grâce aux recettes du marché du carbone de l’UE », propose le député Martin Hojsík.

Inégalités sociales et urgence politique

La canicule met en lumière les disparités sociales. Les foyers aisés peuvent s’équiper en climatiseurs, tandis que les familles modestes subissent des températures intérieures dangereuses. Les villes dotées de parcs et de couverts végétaux restent plus fraîches que les quartiers bétonnés, faisant de l’accès au rafraîchissement un enjeu social croissant. Le Parti vert européen a récemment demandé une réunion d’urgence des chefs de gouvernement de l’UE, qualifiant les épisodes de chaleur extrême de « crise continentale en matière de sécurité, de santé et d’économie ». « L’Europe est face à un choix clair : affaiblir ou renforcer les protections du Pacte vert qui permettent de protéger la population », a déclaré le député Ciaran Cuffe (Irlande), coprésident du Parti vert européen.

Et maintenant ?

La Commission européenne doit présenter, d’ici la fin de l’année, sa stratégie d’adaptation au climat, qui pourrait inclure des mesures pour encourager les solutions de rafraîchissement durables. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer si l’UE parvient à concilier réduction des émissions et adaptation aux réalités climatiques. Les États membres, sous pression, pourraient être amenés à revoir leurs politiques de rénovation énergétique et d’aménagement urbain pour mieux préparer les étés à venir.

Face à la montée des températures, le Pacte vert européen doit désormais prouver qu’il peut aussi aider l’Europe à vivre dans un climat déjà transformé. Comme le rappelle le ministre belge du Climat, Jean-Luc Crucke : « Nous devons bien sûr réduire les émissions de CO2, mais nous devons aussi nous adapter au changement climatique. L’inaction a des conséquences sur la santé, l’économie, le bien-être et la biodiversité. »

Le Pacte vert, conçu en 2019, visait principalement à réduire la dépendance au gaz fossile et à améliorer l’efficacité énergétique des logements pour l’hiver. Les canicules répétées exposent aujourd’hui les limites de cette approche, avec des bâtiments mal adaptés à la chaleur et une demande croissante en climatisation, source de tensions énergétiques et climatiques.

Plusieurs pistes sont explorées : l’installation de pompes à chaleur (qui assurent à la fois chauffage et refroidissement), l’aménagement urbain avec davantage d’espaces verts, l’isolation réfléchissante des bâtiments et l’utilisation de volets ou stores. L’UE pourrait aussi soutenir financièrement ces solutions via les recettes du marché du carbone.