Le monde de la recherche océanographique pleure la disparition de Lorenzo Bramanti, biologiste marin de renom au CNRS et rattaché à l’observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer, dans les Pyrénées-Orientales. Comme le rapporte Reporterre, ce chercheur et plongeur d’origine italienne s’est éteint le 29 juin 2026, à l’âge de 52 ans. Spécialiste reconnu des écosystèmes profonds, il consacra sa carrière à l’étude des « forêts animales marines », ces jungles sous-marines formées par des gorgones, éponges et coraux, abritant une biodiversité méconnue.

Ce qu'il faut retenir

  • Lorenzo Bramanti, chercheur au CNRS à l’observatoire de Banyuls-sur-Mer, est décédé le 29 juin 2026 à 52 ans.
  • Il était une figure majeure de l’étude des forêts animales marines, écosystèmes abyssaux composés de gorgones, éponges et coraux.
  • Ses travaux ont contribué à mieux comprendre les interactions entre ces organismes et leur rôle dans les écosystèmes océaniques.

Un scientifique engagé au service de la biodiversité marine

Lorenzo Bramanti a marqué la communauté scientifique par son approche pluridisciplinaire, mêlant biologie marine, écologie et plongée profonde. Selon Reporterre, ses recherches portaient notamment sur les dynamiques des peuplements benthiques, ces communautés d’organismes fixés sur les fonds marins. « Les forêts animales marines sont des hotspots de biodiversité, comparables aux récifs coralliens », expliquait-il souvent lors de conférences. Ses travaux ont permis d’éclairer les mécanismes de résilience de ces écosystèmes face aux perturbations naturelles ou anthropiques.

Plongeur expérimenté, il a mené de nombreuses missions en Méditerranée, mais aussi dans l’Atlantique et en mer Rouge. Ses expéditions, souvent menées dans des conditions extrêmes, ont abouti à la découverte de nouvelles espèces et à l’identification de zones à protéger. Autant dire que sa disparition prive la science d’un expert dont l’expertise était unanimement reconnue.

Un héritage scientifique et militant

Au-delà de ses publications académiques, Lorenzo Bramanti s’est imposé comme un défenseur acharné des océans. Ses prises de position publiques contre la surpêche, la pollution plastique ou l’exploitation minière des fonds marins ont marqué les esprits. « Protéger les forêts animales marines, c’est préserver des nurseries pour des milliers d’espèces, dont certaines pourraient avoir un intérêt médical ou écologique insoupçonné », avait-il déclaré lors d’un colloque en 2024. Ses interventions dans les médias et les rapports officiels ont contribué à sensibiliser les décideurs aux enjeux de conservation des écosystèmes profonds.

Selon Reporterre, plusieurs projets de recherche qu’il dirigeait sont désormais en suspens. Ses collaborateurs soulignent l’ampleur de la perte : « Lorenzo était un mentor pour beaucoup d’entre nous. Sans lui, plusieurs programmes de suivi des peuplements benthiques pourraient être retardés, voire abandonnés. » La communauté scientifique craint aussi un ralentissement des initiatives de protection, alors que les menaces sur les océans s’intensifient.

Les forêts animales marines, un écosystème méconnu mais vital

Ces écosystèmes, situés entre 30 et 200 mètres de profondeur, jouent un rôle clé dans la régulation des cycles biogéochimiques et servent de refuge à de nombreuses espèces. Les gorgones, par exemple, peuvent vivre plusieurs décennies et abritent des communautés complexes de crustacés, poissons et micro-organismes. « Ces structures sont comparables à des gratte-ciel sous-marins : elles offrent des habitats, de la nourriture et des zones de reproduction », précisait Bramanti dans une interview en 2022. Pourtant, leur étude reste limitée par les difficultés d’accès et le manque de financements dédiés.

En Méditerranée, où Lorenzo Bramanti a concentré une grande partie de ses recherches, ces forêts sont menacées par le chalutage de fond, le réchauffement des eaux et l’acidification des océans. En 2023, une étude co-signée par Bramanti alertait sur le déclin de 30 % des peuplements de gorgones dans certaines zones depuis 2010. « Sans action urgente, ces écosystèmes pourraient disparaître avant même d’avoir été pleinement découverts », avait-il mis en garde.

Et maintenant ?

La disparition de Lorenzo Bramanti laisse un vide dans le paysage de la biologie marine française et internationale. Plusieurs de ses collègues ont indiqué vouloir poursuivre ses travaux, mais les moyens alloués à ces recherches restent incertains. Une pétition circule depuis quelques jours pour demander la création d’un fonds dédié à l’étude des forêts animales marines, en son honneur. Reste à voir si cette initiative aboutira, alors que les priorités budgétaires se concentrent souvent sur des enjeux plus médiatisés.

Par ailleurs, l’observatoire de Banyuls-sur-Mer doit annoncer dans les prochains mois la succession de Bramanti. La question de la pérennité des programmes qu’il dirige sera au cœur des débats. Pour les défenseurs de l’environnement, sa disparition rappelle aussi l’urgence d’agir pour protéger les océans, alors que les négociations internationales sur la biodiversité marine s’intensifient.

Lorenzo Bramanti laisse derrière lui une œuvre scientifique majeure et un engagement sans faille en faveur des océans. Ses découvertes et ses alertes restent d’actualité, alors que les menaces sur les écosystèmes profonds ne cessent de croître.

Il s’agit d’un écosystème sous-marin formé par des organismes sessiles comme les gorgones, éponges et coraux, qui créent des structures verticales comparables à des arbres. Ces forêts abritent une biodiversité exceptionnelle et jouent un rôle clé dans les cycles biogéochimiques.