L’histoire des déportations et des résistances pendant la Seconde Guerre mondiale continue de fasciner autant qu’elle questionne. Selon Libération, l’ouvrage Les évadés du convoi 53, rédigé par Benjamin Fogel, plonge le lecteur dans un épisode méconnu mais marquant de la Shoah : la fuite, en 1943, de treize déportés juifs d’un train en direction des camps d’extermination. Parmi eux figurait le grand-père de l’auteur, une figure dont l’histoire familiale se mêle à l’Histoire collective.
Ce qu'il faut retenir
- Treize déportés parviennent à s’échapper en 1943 d’un convoi ferroviaire parti de Drancy et destiné au camp de Sobibór, dans l’actuelle Pologne.
- Plus de 1 000 Juifs étaient entassés dans ce train, un convoi parmi les nombreux « trains de la mort » organisés par les nazis.
- L’évasion a eu lieu en 1943, une année charnière marquée par une intensification de la répression contre les Juifs en Europe occupée.
- L’ouvrage de Benjamin Fogel s’appuie sur des témoignages directs, dont celui de son grand-père, pour reconstituer cet événement historique.
- Ce récit illustre l’un des rares exemples de fuite collective depuis un convoi de déportation, un phénomène rare et peu documenté.
Un convoi aux mains des nazis
Le convoi 53 fait partie de ces trains de marchandises transformés en wagons à bestiaux par les autorités allemandes. Selon les archives, il a quitté la gare de Drancy, en région parisienne, le 25 mars 1943, à destination du camp d’extermination de Sobibór. Sur les 1 029 déportés entassés dans ce train, seuls 13 parviendront à s’échapper, une prouesse qui tient presque du miracle. Les autres seront assassinés dès leur arrivée dans le camp polonais, où plus de 250 000 Juifs ont péri entre 1942 et 1943.
Dans Les évadés du convoi 53, Benjamin Fogel restitue avec précision les conditions extrêmes de ce voyage. « On nous avait promis du travail en Allemagne », explique-t-il en citant le récit de son grand-père, avant d’ajouter : « Personne ne croyait que nous allions dans un camp d’extermination. » La désinformation, couplée à la brutalité des gardes, rendait toute tentative de résistance particulièrement périlleuse.
Treize fugitifs, une poignée de survivants
Parmi les treize évadés, plusieurs noms sont aujourd’hui connus grâce aux archives et aux témoignages recueillis par Fogel. Parmi eux, Leon Malmed, dont l’histoire a été popularisée par le documentaire Sobibór, 14 octobre 1943, 16 heures, ainsi que Philip Bialowitz, l’un des derniers survivants du soulèvement de Sobibór en octobre 1943. Leur fuite s’est déroulée dans des circonstances dramatiques : le train a été stoppé en pleine campagne polonaise, près de la ville de Chełm, après une tentative d’arrêt des wagons par les résistants locaux.
Les treize hommes ont profité de l’occasion pour sauter du train en marche, malgré le risque d’être rattrapés ou abattus. « La nuit était notre alliée », raconte Fogel, qui s’appuie sur les récits de son grand-père, Charles Fogel, l’un des rares à avoir survécu à la guerre. « Les forêts environnantes offraient une couverture, mais la faim et le froid ont failli avoir raison de nous. » Sur les treize, seuls sept parviendront à rejoindre des réseaux de résistance ou à se cacher jusqu’à la Libération.
Un récit familial et historique
Benjamin Fogel n’est pas seulement l’auteur de ce livre : il est aussi le petit-fils de Charles Fogel, l’un des treize fugitifs. Ce lien familial a motivé son travail de recherche, qui a duré plusieurs années. « Je voulais comprendre ce que mon grand-père n’avait jamais pu me raconter », explique-t-il. « Les déportés gardaient souvent le silence, par peur ou par honte de survivre alors que tant d’autres avaient péri. »
L’ouvrage mêle donc histoire familiale et mémoire collective. Fogel a épluché les archives du Mémorial de la Shoah, les témoignages des survivants et les rapports des résistants polonais pour reconstituer le parcours des évadés. Il évoque notamment les difficultés rencontrées pour traverser la Pologne occupée, où les nazis et leurs collaborateurs traquaient sans pitié les Juifs en fuite. « Chaque détail comptait », précise-t-il. « Une erreur, un faux pas, et c’était la mort assurée. »
Pour Fogel, ce livre est aussi un hommage à tous ceux qui ont refusé de se soumettre. « Ils n’étaient que treize, mais leur acte a prouvé qu’il était possible de résister, même dans les conditions les plus extrêmes », souligne-t-il. Une leçon de courage qui résonne bien au-delà du contexte historique.
Selon les archives, quatorze convois au total ont quitté Drancy à destination de Sobibór entre mars et juillet 1943, transportant près de 20 000 Juifs. Seul le convoi 53 a donné lieu à une évasion massive.