Avec plus de 5 375 cas et un bilan provisoire de 2 557 morts en cent jours, l’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo (RDC) depuis mai 2026 s’impose déjà comme la plus meurtrière jamais enregistrée dans ce pays d’Afrique centrale. Selon Franceinfo – Santé, cette flambée, provoquée par la souche Bundibugyo du virus, dépasse en ampleur et en rapidité les précédentes vagues épidémiques, y compris celle de 2018-2020, autrefois considérée comme la plus dévastatrice. Les autorités sanitaires et les organisations internationales multiplient les alertes, tandis que la communauté médicale tente de contenir une propagation que les experts qualifient de « exponentielle ».
Ce qu’il faut retenir
- En cent jours, 5 375 cas et 2 557 décès ont été recensés en RDC, selon les dernières données de l’ONU.
- Le taux de létalité approche les 50 %, un record pour une épidémie d’Ebola en RDC.
- La souche Bundibugyo, responsable de cette vague, progresse sept fois plus vite que celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest.
- Aucun vaccin homologué n’existe contre cette souche, mais des essais cliniques sont en cours.
- Six provinces sont désormais touchées, et l’épidémie couvre une superficie supérieure à celle de la France.
- L’OMS appelle à limiter les rassemblements et à renforcer les contrôles sanitaires pour éviter une extension vers Kinshasa.
Une épidémie qui dépasse tous les précédents bilans en RDC
Déclarée officiellement le 15 mai 2026, cette épidémie d’Ebola a été reconnue avec plusieurs semaines de retard. « Nous avons perdu beaucoup de temps », a déploré Marie-Roseline Belizaire, directrice des urgences pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique. Selon ses déclarations rapportées par Franceinfo – Santé, les premières transmissions pourraient remonter à décembre 2025, voire février 2026. En cent jours, le virus a déjà causé près de 2 600 morts, un bilan qui place cette flambée devant celle de 2018-2020, qui avait fait plus de 2 200 victimes. « Avec un taux de létalité approchant les 50 %, cette épidémie est la plus meurtrière de l’histoire du virus Ebola en RDC », ont souligné les African Centers for Disease Control and Prevention (CDC) dans un communiqué du 17 août.
Cette situation inédite s’explique par une progression « exponentielle » du virus, comme l’a confirmé Julien Harneis, coordinateur principal d’Ebola pour les Nations unies. « L’épidémie s’étend sur une superficie supérieure à celle de la France », a-t-il alerté lors d’une conférence de presse. Six provinces sont désormais concernées, un territoire bien plus vaste que lors des précédentes épidémies. « En moyenne, environ 90 cas confirmés sont enregistrés chaque jour », précise l’OMS dans un communiqué du 24 août. Un rythme sept fois supérieur à celui de l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016, qui avait duré deux ans.
Des conflits armés et des résistances locales qui freinent la riposte
L’instabilité chronique dans l’est de la RDC complique considérablement les efforts de lutte contre l’épidémie. « Le conflit limite l’accès aux zones touchées et rend les investigations sur les cas contacts très difficiles », a expliqué Marie-Roseline Belizaire. Des groupes armés actifs dans la région entravent le travail des équipes médicales et retardent la mise en place de mesures de prévention. Par ailleurs, la méfiance d’une partie de la population envers les autorités sanitaires s’est traduite par des tensions autour de la gestion des dépouilles des victimes. « Des décès surviennent encore en dehors des centres de traitement », a constaté la responsable de l’OMS, soulignant que « gagner la confiance des communautés est l’une de nos priorités ».
Les moyens déployés pour endiguer la propagation ont été renforcés ces derniers mois. L’OMS indique que les capacités de laboratoire sont passées d’un seul site de dépistage à 19 laboratoires capables de traiter plus de 3 000 échantillons par jour. Le nombre de lits disponibles dans les centres de traitement a été multiplié par plus de 130, passant de moins de 10 à plus de 1 300. Pourtant, ces avancées restent insuffisantes. « Malgré tous nos efforts, le dispositif n’est pas encore suffisant pour contrôler l’épidémie », a regretté Marie-Roseline Belizaire. « Cette réponse nécessite bien plus que des lits supplémentaires. Elle requiert un meilleur dépistage, l’isolement sécurisé des malades et de leurs contacts, ainsi qu’un soutien accru aux professionnels de santé », a martelé Javid Abdelmoneim, président international de Médecins sans frontières.
Des traitements et vaccins en développement, mais aucun disponible à grande échelle
Contrairement aux épidémies précédentes, aucun vaccin homologué ne cible spécifiquement la souche Bundibugyo d’Ebola. Plusieurs candidats sont toutefois en phase d’essais cliniques. Le groupe américain Moderna développe un vaccin à ARN messager, tandis que l’université d’Oxford travaille sur une autre formule. Par ailleurs, l’OMS mise sur un vaccin « rVSV Bundibugyo », considéré comme le plus prometteur, développé par Hilleman Laboratories à Singapour. « Probablement sept à neuf mois » seront nécessaires avant qu’il ne soit prêt pour une évaluation clinique, avait estimé l’agence onusienne fin mai 2026.
En attendant, l’OMS a mis à disposition 70 000 doses du vaccin Ervebo, produit en Allemagne. Bien que ce vaccin, développé par Merck, soit homologué contre la souche Zaïre du virus, son efficacité contre la souche Bundibugyo reste incertaine. Les experts estiment qu’il pourrait offrir une protection partielle, sur la base de données préliminaires en laboratoire et sur animaux. Sur les 70 000 doses disponibles, 20 000 sont destinées à un essai clinique, tandis que les 50 000 restantes seront administrées aux travailleurs de première ligne et aux professionnels de santé en RDC. « Nous avons besoin de plus d’aide de la part de la communauté internationale, c’est une question de sécurité internationale. Le monde entier est concerné », a insisté la représentante de l’OMS.
Une réponse internationale qui s’organise, mais trop lentement
Malgré l’ampleur de la crise, les moyens déployés peinent à suivre le rythme de la propagation. « Cette épidémie est loin d’être maîtrisée », a prévenu l’OMS dans un communiqué du 24 août. Les traitements symptomatiques administrés aux patients, bien que permettant à environ 1 600 personnes de guérir, restent inefficaces lorsque les malades arrivent trop tard dans les centres de soins. « Quand les patients arrivent à un stade très avancé, il y a très peu de choses à faire car il n’existe pas encore de traitement direct contre le virus », a expliqué Marie-Roseline Belizaire. « Il est crucial que les patients se soignent dès les premiers symptômes », a-t-elle insisté.
Plusieurs traitements sont actuellement évalués, dont l’anticorps monoclonal MBP134 et l’antiviral remdésivir, utilisé avec succès sur un patient américain en juin 2026. Un autre antiviral, l’obeldésivir, est testé en prévention pour les contacts à haut risque. Cependant, ces approches dépendent d’une recherche efficace des contacts, un défi majeur dans certaines zones de la RDC en raison des conflits et de l’hostilité de certaines communautés. « Nous sommes encore en train de découvrir l’ampleur réelle de l’épidémie », a reconnu la responsable de l’OMS.
Alors que l’épidémie progresse à un rythme sans précédent, la mobilisation internationale reste un impératif. « Le monde entier est concerné », a rappelé une représentante de l’OMS, soulignant que l’absence de vaccin ou de traitement homologué contre la souche Bundibugyo place la communauté médicale dans une situation particulièrement délicate. Les prochaines semaines diront si les mesures mises en place permettront d’éviter une catastrophe sanitaire de portée mondiale.
La souche Bundibugyo d’Ebola est apparue à deux reprises par le passé, mais avec une ampleur bien moindre qu’en 2026. En 2007-2008 en Ouganda, elle avait causé 131 cas et 42 morts. En 2012 en RDC, 38 cas et 12 décès avaient été recensés. Cette souche est donc moins connue que la souche Zaïre, responsable des épidémies les plus meurtrières, mais elle présente un taux de létalité proche de 50 % et une capacité de propagation rapide, comme en témoigne l’épidémie actuelle.