Alors qu’EDF célèbre ses quatre-vingts ans cette année, son président-directeur général, Bernard Fontana, expose dans La Tribune Dimanche les grandes lignes de la stratégie du groupe pour les années à venir. Selon BFM Business, le dirigeant mise sur l’électrification du pays et la relance des investissements dans le nucléaire, tout en réinvestissant massivement dans l’hydroélectricité.
Ce qu'il faut retenir
- Un accord de financement a été trouvé entre EDF et l’État pour les six premiers réacteurs EPR2, avec un prêt en cours de finalisation via la Caisse des dépôts.
- L’État a demandé à EDF la construction de huit EPR2 supplémentaires, dont l’étude technique et territoriale sera remise fin 2026.
- 4,5 milliards d’euros sont réinvestis dans la modernisation des barrages, certains datant de 60 à 80 ans, pour étendre leur durée de vie et augmenter leur puissance.
- La Commission européenne a ouvert une enquête en avril 2026 sur le financement public des EPR2, afin de vérifier sa compatibilité avec les règles de concurrence de l’UE.
- EDF mise sur le nucléaire comme solution pour renforcer la compétitivité et la stabilité du système électrique européen.
Le nucléaire au cœur de la stratégie énergétique française
Bernard Fontana, qui a pris la tête d’EDF en avril 2026, confirme que le groupe s’appuie sur la stratégie d’électrification du pays pour accélérer ses investissements dans le nucléaire. Selon lui, « un accord a été trouvé assez rapidement avec l’État sur le financement des six premiers EPR2 ». Il précise que les modalités de ce financement, notamment via un prêt avec la Caisse des dépôts, sont en cours de finalisation. « Le programme poursuit son avancement sous la supervision de la délégation interministérielle au nouveau nucléaire », explique-t-il. « Nous travaillons comme prévu à une décision finale d’investissement à la fin de l’année. »
Côté calendrier, tout reste donc sur les rails pour une mise en service des premiers réacteurs d’ici quelques années. L’État a par ailleurs demandé à EDF d’étudier la construction de huit EPR2 supplémentaires. « Nous analysons les critères techniques mais aussi l’engagement des Régions. Plusieurs territoires sont déjà très désireux d’accueillir ces nouveaux réacteurs », indique Bernard Fontana. « L’étude sera remise à la fin de l’année. »
L’Europe valide-t-elle cette stratégie ? Pas encore
Si Bernard Fontana affiche une confiance mesurée, il reconnaît que des incertitudes persistent, notamment du côté des autorités européennes. « J’ai confiance sur le fait que l’on trouvera une solution », déclare-t-il, « d’autant plus que c’est dans l’intérêt de la France et de l’Europe de bénéficier de ces équipements : ils participent à la compétitivité et à la stabilité du système électrique européen ».
Pourtant, la Commission européenne a ouvert une enquête mi-avril 2026 sur le financement public des nouveaux réacteurs nucléaires. Bruxelles examine si le soutien de l’État français est bien compatible avec les règles de concurrence au sein de l’UE. Une procédure classique, mais qui pourrait retarder ou modifier certains aspects du projet. Pour l’instant, EDF et l’État estiment que les arguments en faveur des EPR2 – réduction des émissions de CO₂, indépendance énergétique, stabilité des prix – devraient jouer en leur faveur.
L’hydroélectricité, un pilier complémentaire à moderniser
Si le nucléaire reste la priorité, EDF ne néglige pas pour autant son parc hydroélectrique. Une loi de relance récente permet au groupe de réinvestir 4,5 milliards d’euros dans la modernisation de ses barrages, certains datant de 60 à 80 ans. « C’est une étape majeure, elle nous permet de réengager ces investissements », souligne Bernard Fontana. « Il faut réinvestir pour assurer leur extension de vie, augmenter leur puissance quand cela est possible et développer des stations de transfert d’énergie par pompage pour optimiser le système. »
Ces infrastructures, selon lui, constituent « un outil de flexibilité inestimable pour gérer une ressource en eau de plus en plus précieuse ». Avec les défis posés par le changement climatique et la variabilité des précipitations, ces investissements visent à sécuriser une production d’électricité stable et décarbonée, tout en préservant la gestion de l’eau.
Un calendrier serré et des défis à relever
Plusieurs échéances sont désormais clés pour EDF et ses partenaires. D’ici la fin de l’année 2026, l’État et le groupe devront finaliser la décision d’investissement pour les six premiers EPR2, tout en remettant l’étude technique et territoriale pour les huit réacteurs supplémentaires. Parallèlement, Bruxelles devrait rendre sa décision sur la compatibilité du financement public avec les règles européennes d’ici mi-2027.
Côté hydroélectricité, les travaux de modernisation des barrages devraient s’échelonner sur plusieurs années, avec des mises en service partielles dès 2027-2028. « Certains ouvrages ont besoin d’une rénovation urgente, mais nous avons aussi des marges de manœuvre pour améliorer leur performance », explique Bernard Fontana. « L’enjeu est double : prolonger la durée de vie de ces infrastructures et les adapter aux nouvelles exigences du réseau électrique. »
Quant aux règles européennes, leur interprétation pourrait encore évoluer. Pour l’instant, ni EDF ni l’État ne semblent inquiets, mais la prudence s’impose : une décision défavorable de Bruxelles pourrait contraindre à repenser le modèle de financement ou à étaler certains projets. Enfin, sur le plan industriel, la capacité d’EDF à mobiliser les compétences nécessaires – en ingénierie comme en main-d’œuvre – sera déterminante pour tenir les délais.
Reste à savoir si les Régions et les acteurs locaux suivront l’enthousiasme affiché par certains territoires pour accueillir les nouveaux réacteurs. L’acceptabilité sociale, toujours cruciale pour les grands projets industriels, pourrait elle aussi jouer un rôle dans la concrétisation de ces plans.
La Commission européenne a ouvert une procédure en avril 2026 pour vérifier si le soutien financier de l’État français aux EPR2 est compatible avec les règles de concurrence de l’UE. Bruxelles examine notamment si ce financement ne constitue pas une aide publique déguisée, susceptible de fausser le marché intérieur. Une décision est attendue d’ici mi-2027.