Un nouvel épisode d’El Niño s’est officiellement déclaré début juin 2026, selon les dernières observations de la NOAA, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique. Les modèles climatiques divergent sur son intensité : certains prévoient un phénomène modéré, tandis que d’autres anticipent un « super El Niño », capable de bouleverser les conditions météorologiques à l’échelle mondiale. Mais quelle que soit son ampleur, cet épisode s’inscrit dans une tendance de fond bien plus inquiétante : avec le réchauffement climatique, les phénomènes Enso (El Niño-Oscillation australe) devraient devenir plus violents et leurs effets, démultipliés.
Ce qu'il faut retenir
- L’épisode d’El Niño 2026 a été officiellement confirmé par la NOAA le 11 juin 2026.
- Les modèles prévoient une intensité modérée, mais un « super El Niño » (anomalie > 2°C) n’est pas exclu.
- Les épisodes d’El Niño et de La Niña devraient s’intensifier d’ici 2150 en raison du réchauffement des océans.
- Les pertes économiques liées à ces phénomènes pourraient atteindre plusieurs milliers de milliards de dollars, selon une étude de 2023.
- L’Europe, jusqu’ici peu affectée, pourrait subir des alternances brutales de sécheresses et d’inondations d’ici les prochaines décennies.
Un phénomène cyclique, mais plus destructeur que jamais
El Niño est un cycle naturel qui se produit tous les 2 à 7 ans dans le Pacifique. Normalement, les alizés poussent les eaux chaudes vers l’ouest, près de l’Indonésie, tandis que les eaux froides remontent le long des côtes sud-américaines. Mais lorsque ces vents faiblissent, les eaux chaudes refluent vers l’est, modifiant les régimes de pluie : sécheresses en Australie et en Indonésie, inondations en Amérique du Sud. Ce déplacement libère une quantité colossale de chaleur dans l’atmosphère, entraînant une hausse des températures mondiales. Selon les scientifiques, un épisode classique d’El Niño peut ajouter plus de 3 °C par rapport aux normales saisonnières.
Pour être qualifié d’El Niño, une anomalie de température de la surface de l’océan d’au moins 0,5 °C est nécessaire. Un « super El Niño » est généralement défini par une anomalie supérieure à 2 °C, et un « El Niño XXL » au-delà de 3 °C. À ce stade, les dégâts économiques et environnementaux deviennent catastrophiques, comme l’ont montré les trois épisodes les plus intenses jamais enregistrés : 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016.
Des conséquences déjà visibles, et qui vont empirer
Les impacts d’El Niño sont multiples et s’étendent bien au-delà du Pacifique. Les massifs coralliens, notamment, subissent un dépérissement accéléré lors des épisodes intenses, comme en témoignent les épisodes de 1998 et 2016. Les économies locales en paient également le prix fort : selon une étude publiée dans Science en 2023 par Christopher Callahan (université de l’Indonésie), les pertes financières liées à un « super El Niño » peuvent atteindre plusieurs milliers de milliards de dollars. « Nos résultats démontrent que l’ampleur des pertes économiques est directement liée aux records de chaleur de l’océan Pacifique », précise-t-il.
Mais le véritable défi réside dans l’interaction entre El Niño et le réchauffement climatique. « Les données scientifiques sont très claires : avec la hausse des températures, les épisodes d’Enso vont provoquer encore plus de dégâts », explique Richard Allan, climatologue à l’université de Reading. Les inondations seront plus intenses en raison d’une atmosphère plus humide, tandis que les sécheresses s’aggraveront par l’assèchement accéléré des sols. « Cela se traduira, dans de nombreuses régions du monde, par des alternances bien plus brutales entre des années de pluies torrentielles et des années de sécheresse », avertit Malte Stuecker, chercheur à l’université d’Hawaï.
« Même un épisode d’El Niño classique aura des répercussions plus graves à l’échelle régionale et mondiale. »
Axel Timmermann, chercheur à l’Université nationale de Pusan (Corée du Sud)
L’Europe dans la ligne de mire
Jusqu’à présent, l’Europe était relativement épargnée par les effets directs d’El Niño. Mais les dernières simulations climatiques suggèrent un changement radical. Selon les travaux d’Axel Timmermann et de son équipe, l’Enso pourrait bientôt influencer l’oscillation nord-atlantique, un mécanisme clé pour le climat européen. Résultat : l’Europe subirait elle aussi des alternances extrêmes entre inondations et sécheresses. « Ce serait un changement radical pour l’Europe, car, avec le climat actuel, El Niño n’a pas d’effet majeur sur les conditions météorologiques en Europe », souligne Malte Stuecker.
Cette synchronisation entre El Niño et d’autres phénomènes climatiques pourrait s’accélérer d’ici la fin du siècle. Les modèles prévoient non seulement des épisodes plus intenses, mais aussi un enchaînement plus rapide entre El Niño et La Niña, sa phase opposée. « Les épisodes d’Enso pourraient devenir plus violents et s’enchaîner à un rythme plus soutenu », indique Richard Allan. Un « choc climatique » qui compliquerait davantage l’adaptation des sociétés, déjà mises à rude épreuve par les canicules et les catastrophes naturelles.
Un avenir incertain, mais des certitudes qui inquiètent
Si la communauté scientifique s’accorde sur l’aggravation des phénomènes Enso, tous les modèles ne prévoient pas une intensification systématique d’El Niño. « L’évolution d’El Niño et de La Niña divise profondément les experts », constate Adam Scaife, du Centre Hadley (Met Office britannique). En revanche, la plupart s’accordent sur un point : les liens entre El Niño et d’autres régions du monde, comme l’Atlantique, vont se resserrer. « Les répercussions d’El Niño au-delà du Pacifique risquent donc de s’accentuer », ajoute-t-il.
Une lueur d’espoir subsiste : selon Axel Timmermann, l’intensification d’El Niño ne devrait pas être permanente. « Cette dynamique est en partie alimentée par le réchauffement rapide des eaux de surface dans le Pacifique. Lorsque les eaux profondes commenceront à se réchauffer à leur tour, réduisant l’écart de température, le phénomène Enso devrait logiquement perdre de sa force », explique-t-il. Problème : ce rééquilibrage n’est pas attendu avant les années 2150. D’ici là, les épisodes d’El Niño et de La Niña pourraient bien devenir la norme… et non plus l’exception.
Si le phénomène Enso reste un cycle naturel, son interaction avec le réchauffement climatique en fait désormais l’un des marqueurs les plus visibles de la crise environnementale actuelle. Reste à savoir si cette prise de conscience suffira à éviter le pire.
Le réchauffement climatique augmente l’évaporation et la quantité d’humidité dans l’atmosphère, ce qui intensifie les précipitations lors des épisodes d’El Niño. Parallèlement, les sécheresses s’aggravent en raison d’un assèchement plus rapide des sols sous l’effet des températures élevées. Selon Richard Allan (université de Reading), « les inondations seront plus intenses et les périodes de sécheresse plus longues ».