« On voulait interroger le spectateur sur ce que c’est que de rester intègre », a déclaré Emmanuel Marre à l’issue de la projection de « Notre Salut » en compétition officielle au Festival de Cannes, selon Libération. Ce film, adapté de l’histoire vraie de l’arrière-grand-père du réalisateur, collaborateur pendant la Seconde Guerre mondiale, marque une prise de risque artistique notable dans la sélection cannoise.

Ce qu'il faut retenir

  • « Notre Salut » est l’adaptation par Emmanuel Marre d’un récit familial controversé, celui de son arrière-grand-père ayant collaboré avec l’occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Le film est porté à l’écran par Swann Arlaud, qui incarne ce personnage historique, dans une interprétation saluée par la critique lors de sa présentation sur la Croisette.
  • Emmanuel Marre y explore la question de l’intégrité individuelle face à l’histoire collective, un thème central qui traverse toute la compétition cette année.
  • Le tournage a été marqué par une recherche constante de justesse, entre fidélité historique et liberté artistique.
  • La sortie en salles est prévue pour l’automne 2026, après une tournée internationale en festivals.

Un film à contre-courant dans la compétition cannoise

La présence de « Notre Salut » dans la compétition officielle du Festival de Cannes 2026 surprend par son audace. Alors que la Croisette met traditionnellement en avant des récits consensuels ou des fictions grand public, ce long-métrage ose aborder un sujet historique et familial aussi délicat que celui de la collaboration. Emmanuel Marre, déjà remarqué pour ses précédents travaux, a choisi de transformer cette histoire personnelle en une œuvre collective, invitant le public à se confronter à une réalité complexe. « C’était important pour nous de ne pas édulcorer, mais de montrer comment une personne peut se retrouver prise dans des mécanismes qu’elle ne maîtrise pas », a expliqué le réalisateur lors d’une conférence de presse.

Swann Arlaud face à l’héritage familial

Pour incarner le rôle principal, Swann Arlaud a dû s’immerger dans un personnage dont l’histoire familiale entre en résonance avec sa propre sensibilité. L’acteur, connu pour son intensité à l’écran, a souligné l’importance de ne pas tomber dans le jugement facile. « Ce n’est pas un film sur la collaboration en tant que telle, mais sur ce que cela signifie de rester debout, d’essayer de garder une forme d’humanité dans un contexte inhumain », a-t-il précisé. Son interprétation, à la fois sobre et puissante, a été saluée par les premiers retours de la presse présente sur la Croisette.

Entre quête de justesse et lâcher-prise créatif

Le tournage de « Notre Salut » a été rythmé par une tension constante entre recherche de vérité historique et liberté artistique. Emmanuel Marre a évoqué cette dualité lors des échanges avec la presse. « On a passé des mois à documenter l’époque, les lieux, les mentalités, mais au final, le cinéma doit prendre le relais là où l’histoire s’arrête. Il faut savoir lâcher prise pour que le film existe », a-t-il confié. Cette approche a conduit à une esthétique visuelle où le réalisme des décors et costumes se mêle à une narration plus intime, presque intimiste, centrée sur les dilemmes moraux du personnage principal.

Le film s’appuie sur un travail de reconstitution minutieux, notamment pour les scènes se déroulant dans les années 1940, tout en évitant l’écueil du didactisme. Les dialogues, écrits en collaboration avec des historiens, évitent les anachronismes tout en rendant accessible un sujet qui, par nature, pourrait sembler aride.

Et maintenant ?

Après cette première mondiale à Cannes, « Notre Salut » entame une tournée en festivals internationaux, avec une sortie en salles prévue pour l’automne 2026. Le film pourrait bénéficier d’un effet de bouche-à-oreille positif, d’autant que la question de l’intégrité face à l’histoire collective résonne particulièrement dans le débat public actuel. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si le public et la critique le considèrent comme une œuvre majeure de cette année cinématographique.

Reste à voir si cette prise de risque artistique sera récompensée par une distinction à Cannes, même si les pronostics restent prudents. Une chose est sûre : le film a déjà marqué les esprits par son ambition et sa capacité à provoquer la réflexion, bien au-delà du cadre habituel de la compétition cannoise.

L’enjeu désormais ? Transmettre cette histoire au grand public sans en trahir l’esprit, tout en assurant une distribution à la hauteur des attentes. Les distributeurs internationaux, présents en nombre sur la Croisette, devraient se positionner rapidement pour une exploitation en salles.

Emmanuel Marre adapte pour le cinéma l’histoire de son propre arrière-grand-père, qui a collaboré avec les forces d’occupation allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce récit familial, transmis oralement, a été le point de départ d’un travail de recherche et de fiction pour aboutir au scénario du film.