Le nouveau Premier ministre hongrois Péter Magyar a effectué mercredi 20 mai sa première visite officielle à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir. Lors d’un déplacement à Varsovie, il a mis en avant la nécessité de s’appuyer sur l’expérience polonaise en matière de rétablissement de l’État de droit, de lutte contre la corruption et de gestion des fonds européens. Une démarche visant à solder les années du gouvernement Viktor Orbán, marquées par des tensions persistantes avec Bruxelles.
Selon Le Figaro, Péter Magyar a souligné, lors d’une déclaration à la presse, les défis communs rencontrés par les deux pays. « Le gouvernement du Premier ministre Donald Tusk a lui aussi été confronté à des problèmes similaires », a-t-il déclaré. « Des questions liées à l’État de droit, au rapatriement des fonds de l’Union européenne et à leur utilisation efficace, ainsi qu’à la lutte contre la corruption. Et je compte beaucoup sur l’expérience du Premier ministre polonais pour avancer. »
Ce qu’il faut retenir
- Péter Magyar effectue son premier déplacement officiel à l’étranger en tant que Premier ministre hongrois, à Varsovie.
- Il souhaite s’inspirer de l’expérience polonaise pour restaurer l’État de droit et lutter contre la corruption en Hongrie.
- Les deux pays ont été confrontés à des critiques de l’UE concernant le respect des normes démocratiques et la gestion des fonds européens.
- Donald Tusk, Premier ministre polonais, a engagé des réformes pour répondre aux exigences de Bruxelles après des années de tensions.
- La Hongrie cherche à régler les contentieux hérités de l’ère Orbán pour débloquer les financements européens.
Une transition politique sous le signe de la coopération régionale
Péter Magyar, arrivé au pouvoir en avril 2026 après une victoire électorale face aux partisans de Viktor Orbán, a fait de la restauration de l’État de droit une priorité. Sa visite à Varsovie s’inscrit dans une stratégie plus large de rapprochement avec les partenaires européens, notamment la Pologne, dont le gouvernement de Donald Tusk a su rétablir un dialogue constructif avec les institutions bruxelloises. « Des questions liées à l’État de droit, au rapatriement des fonds de l’Union européenne et à leur utilisation efficace, ainsi qu’à la lutte contre la corruption », a résumé le Premier ministre hongrois lors de sa conférence de presse.
Cette approche marque un changement radical par rapport à la politique menée jusqu’alors par Budapest, souvent accusée de saper les valeurs européennes au profit d’une gouvernance autoritaire. Autant dire que la Hongrie de Péter Magyar mise sur une diplomatie pragmatique pour sortir de l’isolement et relancer son économie, lourdement pénalisée par le gel partiel des fonds européens.
L’État de droit et les fonds européens au cœur des enjeux
Depuis plusieurs années, la Hongrie a été la cible de sanctions financières de la part de l’Union européenne en raison de ses défaillances démocratiques. Les fonds européens, gelés en partie en raison de manquements répétés à l’État de droit, représentent un enjeu économique majeur pour Budapest. Péter Magyar a d’ailleurs évoqué la nécessité de « rapatrier » ces fonds et de les utiliser de manière « efficace », une formulation qui reflète les attentes des institutions européennes.
La Pologne, sous la direction de Donald Tusk, a connu une trajectoire similaire. Après des années de tensions avec Bruxelles sous le gouvernement précédent de Jarosław Kaczyński, Varsovie a engagé un processus de réformes pour répondre aux exigences de l’UE. Ces réformes ont permis de débloquer des fonds européens et de rétablir un climat de confiance avec les partenaires européens. La Hongrie pourrait ainsi s’inspirer de cette expérience pour accélérer sa propre transition.
Un tournant après une décennie sous Viktor Orbán
L’arrivée de Péter Magyar au pouvoir marque la fin d’une ère politique dominée par Viktor Orbán, Premier ministre hongrois depuis 2010. Son gouvernement avait régulièrement défié les institutions européennes, notamment sur des sujets comme l’indépendance de la justice, la liberté de la presse ou les droits des minorités. Ces divergences avaient conduit à des procédures de sanction et au gel de plusieurs milliards d’euros de fonds européens.
Péter Magyar, ancien membre du parti Fidesz d’Orbán avant de prendre ses distances, a promis de « servir la Hongrie » plutôt que de « régner » sur elle. Sa visite à Varsovie s’inscrit dans cette volonté de rompre avec le passé et de restaurer la crédibilité internationale de Budapest. « Je compte beaucoup sur l’expérience du Premier ministre polonais », a-t-il insisté, soulignant l’importance d’une coopération régionale pour surmonter les défis communs.
Cette volonté de coopération régionale pourrait également ouvrir la voie à une révision des relations bilatérales entre la Hongrie et la Pologne, deux pays ayant partagé une trajectoire politique similaire sous Orbán et Kaczyński. Pour l’instant, Budapest mise sur l’expérience varsovienne pour sortir de l’impasse, mais les résultats concrets ne seront visibles qu’à moyen terme.
Les principaux obstacles incluent la réforme du système judiciaire, la lutte contre la corruption endémique et la révision des lois jugées contraires aux normes européennes, comme celles encadrant les médias ou les ONG. Ces réformes nécessitent des changements constitutionnels et une volonté politique forte, deux éléments encore incertains dans un pays où le pouvoir reste très centralisé.