À la veille du 16e de finale de la Coupe du monde 2026 entre la Suisse et l’Algérie, prévu dans la nuit du 7 au 8 juillet depuis Philadelphie, le sujet de Christophe Gleizes s’est invité malgré lui dans l’actualité sportive. Selon Le Figaro, Said Fellak, directeur de la communication de la Fédération algérienne de football, a coupé court à une question sur le journaliste français emprisonné en Algérie lors de la conférence de presse d’avant-match.

Alors que le sélectionneur algérien, Vladimir Petkovic, venait d’être interrogé sur ce dossier, Said Fellak a intervenu d’un ton ferme pour recentrer le débat : « S’il vous plaît, on reste sur le match ». Une réaction qui illustre la sensibilité du sujet, alors que les tensions diplomatiques entre Paris et Alger restent palpables, malgré un dégel amorcé depuis février 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Christophe Gleizes, journaliste sportif pour So Foot, est incarcéré en Algérie depuis mai 2024 après avoir réalisé un reportage en Kabylie.
  • Il a été condamné en juin 2025 à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », une accusation qu’il conteste.
  • Ses avocats ont annoncé début juin 2026 que la voie judiciaire était désormais dégagée pour une grâce présidentielle émanant du président algérien Abdelmadjid Tebboune.
  • La FIFA, dont le président Gianni Infantino a accrédité Gleizes pour la Coupe du monde, avait espéré son libération pour lui permettre d’assister au tournoi.
  • Le sort du journaliste s’ajoute aux sujets de friction persistants entre la France et l’Algérie, malgré des signes de rapprochement diplomatique.
  • La réaction musclée de Said Fellak lors de la conférence de presse reflète la volonté des autorités algériennes d’éviter que ce dossier ne parasite la compétition sportive.

Un journaliste emprisonné après un reportage en Kabylie

Christophe Gleizes, connu pour ses travaux dans So Foot, a été arrêté en mai 2024 alors qu’il couvrait une équipe de football locale en Kabylie, région du nord-est de l’Algérie. Selon les autorités algériennes, son reportage aurait contenu des éléments jugés comme une « apologie du terrorisme ». Une qualification qui a conduit à sa condamnation à sept ans de prison en juin 2025 par la justice algérienne, verdict confirmé en appel.

Ses proches et ses défenseurs dénoncent une instrumentalisation politique du dossier. Depuis son incarcération, sa situation a alimenté les tensions entre la France et l’Algérie, deux pays liés par une histoire coloniale complexe et des relations diplomatiques souvent tendues. Pourtant, depuis février 2026, un processus de dégel semble s’amorcer, sans que le dossier Gleizes ne trouve encore de résolution.

La FIFA espérait une libération pour la Coupe du monde

Alors que la Coupe du monde 2026 bat son plein aux États-Unis, en Canada et au Mexique, la FIFA avait fait un geste symbolique en accréditant Christophe Gleizes pour couvrir le tournoi. Le président de l’instance, Gianni Infantino, s’était dit « optimiste » quant à une possible grâce présidentielle qui lui aurait permis d’assister aux matchs depuis les tribunes.

Cette accréditation, bien que rare pour un journaliste emprisonné, n’a pas suffi à accélérer les démarches en faveur de sa libération. Les autorités algériennes n’ont pas donné suite aux demandes de libération conditionnelle ou de grâce, malgré les pressions diplomatiques exercées par Paris. Le dossier reste donc dans l’impasse, à quelques heures du match décisif des Fennecs.

Une réaction musclée pour éviter que le sujet ne s’invite dans le Mondial

Dans l’enceinte du centre de presse de Philadelphie, la question sur le sort de Christophe Gleizes a refait surface lors de la conférence de presse d’avant-match. Vladimir Petkovic, le sélectionneur algérien, avait à peine fini de répondre que Said Fellak, son directeur de la communication, a pris la parole pour recentrer le débat sur le football.

« S’il vous plaît, on reste sur le match », a-t-il lancé d’un ton sans appel, mettant fin à toute velléité de poursuivre sur ce sujet. Une réaction qui en dit long sur la sensibilité du dossier au sein de la délégation algérienne. Pour Alger, l’enjeu est double : assurer une bonne image de marque à l’international lors de la Coupe du monde, tout en évitant que la question Gleizes ne vienne ternir l’événement sportif.

Cette posture reflète aussi la ligne dure adoptée par les autorités algériennes face aux critiques internationales sur les droits humains et la liberté de la presse. Depuis des années, des organisations comme Reporters sans frontières ou Amnesty International dénoncent la répression des journalistes en Algérie, où les condamnations pour des motifs politiques ou sécuritaires se multiplient.

Un dégel diplomatique en trompe-l’œil ?

Depuis le début de l’année 2026, les relations entre la France et l’Algérie montrent des signes d’apaisement. Les deux pays ont évoqué la possibilité de relancer des partenariats économiques et culturels, après des années de tensions liées à la mémoire coloniale ou aux visas.

Pourtant, le dossier Gleizes reste un point de friction. Début juin 2026, ses avocats ont indiqué que la voie judiciaire était désormais dégagée pour que le président algérien Abdelmadjid Tebboune lui accorde une grâce. Une issue possible, mais qui n’est assortie d’aucune garantie. À Paris, le Quai d’Orsay suit de près l’évolution de ce dossier, sans pour autant conditionner le réchauffement des relations bilatérales à la libération du journaliste.

Autant dire que, pour l’instant, le dégel reste fragile. Et que le sort de Christophe Gleizes dépend désormais davantage des arbitrages politiques à Alger que des déclarations diplomatiques en France.

Et maintenant ?

Le match entre la Suisse et l’Algérie, prévu dans la nuit du 7 au 8 juillet, devrait se dérouler dans un contexte où la question de Christophe Gleizes sera soigneusement évitée. Les autorités algériennes ont montré leur détermination à cantonner le sujet aux cercles diplomatiques, sans interférer avec l’événement sportif.

Côté judiciaire, une grâce présidentielle reste la piste la plus plausible pour une libération, mais elle dépendra des arbitrages politiques internes à Alger. Les prochaines semaines pourraient voir émerger des signaux concrets, notamment après le Mondial où la pression médiatique pourrait s’intensifier. En attendant, la famille de Gleizes et ses soutiens continuent de militer pour sa libération, tandis que la FIFA, malgré son accréditation symbolique, semble impuissante à faire bouger les lignes.

Ce dossier rappelle que, même dans l’euphorie d’une Coupe du monde, certains sujets sensibles persistent à hanter les relations internationales. Et que la diplomatie, quand elle est en mouvement, avance parfois à un rythme bien plus lent que celui des stades.

Christophe Gleizes a été condamné pour « apologie du terrorisme » par la justice algérienne en juin 2025. Selon les autorités, son reportage en Kabylie en mai 2024 aurait contenu des éléments jugés comme une incitation ou une justification d’actes terroristes. Ses proches et ses défenseurs rejettent cette qualification, y voyant une instrumentalisation politique de son dossier.

La FIFA a accrédité Christophe Gleizes pour couvrir la Coupe du monde 2026, un geste symbolique fort. Son président, Gianni Infantino, avait exprimé son espoir quant à une grâce présidentielle. Cependant, l’instance n’a aucun pouvoir contraignant sur les décisions judiciaires ou politiques des États. Son rôle se limite à des pressions diplomatiques et médiatiques, sans garantie de résultat.