Une enquête menée par le média d’investigation breton Splann !, relayée par Reporterre, révèle un phénomène en pleine expansion en Bretagne : le déconditionnement des déchets agroalimentaires pour alimenter les méthaniseurs. Cette pratique, adoptée par certains agriculteurs, contribue pourtant à la dissémination de microplastiques dans les champs, puis dans la chaîne alimentaire. Les données collectées par Splann !, partagées avec Reporterre, mettent en lumière les risques environnementaux liés à cette méthode de valorisation des déchets.
Ce qu'il faut retenir
- En Bretagne, des exploitations agricoles transforment les emballages alimentaires en biogaz via des méthaniseurs, une pratique en hausse depuis 2023.
- Cette technique génère des microplastiques qui sont ensuite épandus sur les terres agricoles, contaminant les sols et les cultures.
- Une exploitation comme le Gaec des Friches, à Saint-Nicolas-du-Tertre (Morbihan), illustre ce phénomène avec ses 300 vaches laitières et ses 3 hectares de serres.
- Les associations environnementales alertent sur l’absence de régulation spécifique concernant la présence de plastiques dans les intrants agricoles.
Une technologie en plein essor, mais aux effets collatéraux méconnus
Dans le Morbihan, à Saint-Nicolas-du-Tertre, le Gaec des Friches incarne cette tendance. Ce groupe agricole exploite un méthaniseur alimenté, en partie, par des déchets issus de l’industrie agroalimentaire. Avec 300 vaches laitières, 3 hectares de serres et une trentaine d’employés, cette ferme représente un modèle économique séduisant : transformer des rebuts en énergie renouvelable. Pourtant, comme le souligne Splann !, ce processus libère des microplastiques dans l’environnement.
Ces particules, issues des emballages plastiques broyés avant méthanisation, se retrouvent dans les digestats – un résidu organique épandu comme engrais sur les terres agricoles. Selon les données recueillies par le média breton, cette pratique, bien que légale, n’est pas encadrée par des normes strictes sur la teneur en plastiques des intrants agricoles.
Des sols agricoles sous influence des plastiques
Les agriculteurs justifient cette méthode par son intérêt économique et écologique : valoriser des déchets autrement destinés à l’enfouissement ou à l’incinération. Pourtant, les associations environnementales, comme Générations Futures, pointent un risque majeur. « Les microplastiques s’accumulent dans les sols et peuvent être absorbés par les plantes, avant de contaminer les animaux et, in fine, les humains », explique un porte-parole de l’association. Les études sur l’impact à long terme de ces particules restent limitées, mais les premières recherches soulignent des effets potentiels sur la biodiversité et la santé publique.
En Bretagne, région particulièrement touchée par la pollution aux algues vertes, l’épandage de digestats contenant des microplastiques ajoute une pression supplémentaire sur les écosystèmes locaux. Les sols, déjà fragilisés par l’agriculture intensive, pourraient voir leur fertilité et leur capacité à retenir l’eau altérées par la présence de ces particules.
Un manque de transparence et de régulation
Splann ! et Reporterre révèlent que les exploitations utilisant cette méthode ne sont pas tenues de déclarer la présence de microplastiques dans leurs digestats. Les contrôles sanitaires se concentrent sur la qualité microbiologique des effluents, mais ignorent largement leur composition chimique. « Aujourd’hui, rien n’oblige les agriculteurs à analyser la teneur en plastiques de leurs intrants, ni à informer les autorités », déplore un expert en pollution des sols interrogé par le média.
Face à ce vide réglementaire, des collectifs citoyens et des scientifiques appellent à un encadrement plus strict. Une pétition nationale, lancée en juin 2026, demande l’interdiction de l’épandage de digestats issus de déchets contenant des plastiques. Pour l’instant, aucune réponse officielle n’a été apportée par les ministères de l’Agriculture ou de l’Écologie.
En conclusion, cette enquête révèle une faille dans le système de valorisation des déchets agroalimentaires. Si la méthanisation reste une solution pour produire du biogaz, son impact environnemental indirect pourrait en limiter les bénéfices. La question n’est plus seulement technique, mais bien politique : comment concilier transition énergétique et préservation des sols ?
Les études scientifiques disponibles indiquent que les microplastiques peuvent être absorbés par les plantes et contaminer la chaîne alimentaire. Leurs effets sur la santé humaine à long terme restent partiellement connus, mais des recherches évoquent des risques inflammatoires et toxiques. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné en 2025 le besoin de données supplémentaires pour évaluer précisément ces dangers.
Plusieurs pistes sont envisagées : tri plus strict des déchets avant méthanisation, interdiction des emballages plastiques non recyclables dans l’agroalimentaire, ou encore développement de procédés de filtration des microplastiques. Certaines exploitations testent déjà des méthodes de compostage séparé des plastiques, mais ces solutions restent marginales et coûteuses.