Pour la quatrième fois en dix jours, les compagnies pétrolières publiques indiennes ont relevé lundi 25 mai 2026 les tarifs de l’essence et du diesel, selon BFM Business. Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, qui perturbent les approvisionnements énergétiques mondiaux et pèsent sur les économies dépendantes des importations de pétrole.

Comme le rapporte BFM Business, l’Inde, troisième importateur mondial de brut, subit de plein fouet les conséquences de la guerre qui sévit dans la région. Depuis le début du conflit à la fin du mois de février, les perturbations logistiques — notamment le quasi-blocage par l’Iran du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les hydrocarbures — ont entraîné une hausse globale des prix des carburants de 5 % dans le pays. À titre de comparaison, le prix du gazole a progressé de plus de 20 % en France sur la même période.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatrième hausse en dix jours des prix de l’essence et du diesel en Inde, selon BFM Business.
  • La guerre au Moyen-Orient perturbe les approvisionnements énergétiques, avec un quasi-blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, principal point de passage des exportations de pétrole.
  • Hausse de 5 % des prix des carburants en Inde depuis fin février 2026, contre plus de 20 % pour le gazole en France.
  • À New Delhi, le prix du litre d’essence est passé de 99,5 roupies à 102,12 roupies, et celui du diesel à 95,20 roupies après la dernière augmentation.
  • L’Inde, dépendante à 50 % de ses importations via le détroit d’Ormuz, importe désormais davantage de brut russe pour compenser les déficits.
  • Le Premier ministre Narendra Modi a appelé la population à réduire sa consommation de carburants pour préserver les réserves de devises étrangères.

Une économie sous tension, entre perturbations logistiques et dépendance énergétique

La situation en Inde illustre les répercussions directes du conflit au Moyen-Orient sur les économies asiatiques, particulièrement vulnérables aux fluctuations des prix du pétrole. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, est devenu un point de tension majeur depuis le début des hostilités. L’Inde, qui importe environ 50 % de son brut via cette route maritime, subit de plein fouet ces perturbations.

Les compagnies pétrolières publiques indiennes, confrontées à des pertes quotidiennes estimées à 120 millions de dollars, maintiennent pourtant un approvisionnement « sans interruption », selon les déclarations du ministre du Pétrole et du Gaz naturel, Hardeep Singh Puri, rapportées par BFM Business. Une performance rendue possible, en partie, par une stratégie d’importation élargie vers la Russie, malgré les sanctions internationales en vigueur. Washington a en effet accordé une dérogation temporaire aux entreprises indiennes pour importer du pétrole russe.

Des hausses successives et une pression sur les ménages

Les dernières augmentations des prix des carburants, bien que limitées à un peu plus de deux roupies par litre (soit environ 0,02 dollar), s’ajoutent à une série de quatre relèvements en dix jours. À New Delhi, le litre d’essence coûte désormais 102,12 roupies contre 99,5 roupies auparavant, tandis que celui du diesel atteint 95,20 roupies. Ces hausses, bien que modérées en pourcentage, pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages indiens, déjà fragilisés par une inflation persistante.

Face à cette situation, le Premier ministre Narendra Modi a appelé publiquement la population à limiter sa consommation de carburants. « Une baisse de la consommation d’essence et de diesel est nécessaire pour économiser les devises étrangères », a-t-il souligné le 10 mai 2026, lors d’une allocution retransmise par les médias nationaux. Cette mesure s’inscrit dans une logique de réduction des dépenses énergétiques extérieures, dans un contexte où les importations de pétrole absorbent une part croissante des réserves en devises du pays.

L’Inde se tourne vers la Russie pour sécuriser ses approvisionnements

Pour atténuer l’impact des perturbations au Moyen-Orient, New Delhi a significativement accru ses importations de brut russe. Selon les données de suivi des navires et des importations consultées par BFM Business, cette stratégie a permis de combler partiellement les déficits enregistrés sur les approvisionnements traditionnels. Une démarche facilitée par une dérogation accordée par les États-Unis, autorisant les entreprises indiennes à contourner les sanctions contre Moscou dans le secteur énergétique.

Cette réorientation des flux commerciaux s’accompagne cependant de défis logistiques et diplomatiques. Les coûts de transport, plus élevés depuis la Russie, ainsi que les pressions géopolitiques exercées par les partenaires occidentaux, complexifient la gestion de l’approvisionnement énergétique indien. Malgré ces obstacles, les autorités de New Delhi assurent que les stocks restent suffisants pour éviter toute rupture d’approvisionnement à court terme.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir se confirmer la tendance à une hausse modérée mais régulière des prix des carburants en Inde, à moins d’un apaisement des tensions au Moyen-Orient. Les autorités indiennes devraient poursuivre leur stratégie de diversification des sources d’approvisionnement, tout en maintenant leur appel à la sobriété énergétique. Une réunion du conseil des ministres de l’Énergie, prévue début juin 2026, pourrait apporter des précisions sur les mesures supplémentaires envisagées pour stabiliser le marché intérieur. Par ailleurs, l’évolution des relations entre New Delhi et Washington sur la question des sanctions contre la Russie sera un facteur clé pour les importations futures.

En définitive, cette crise met en lumière la vulnérabilité des économies émergentes face aux chocs externes, ainsi que les arbitrages complexes entre sécurité énergétique, contraintes budgétaires et alliances géopolitiques. Les prochaines décisions des principaux acteurs — Inde, États-Unis, Russie et pays du Moyen-Orient — détermineront l’ampleur des répercussions sur le marché mondial du pétrole dans les mois à venir.

Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est le principal point de passage des exportations de pétrole en provenance du Golfe persique. Environ 20 % du pétrole mondial transite chaque jour par cette voie maritime, ce qui en fait un corridor indispensable pour les pays importateurs comme l’Inde, la Chine ou les États-Unis. Un blocage prolongé, comme celui observé depuis le début du conflit, perturbe l’ensemble des chaînes d’approvisionnement et fait mécaniquement monter les prix à l’échelle mondiale.