Selon Le Monde, les règles menstruelles représentent l’une des principales causes de déscolarisation des adolescentes en Guinée. Ce phénomène, souvent minimisé, contribue à creuser les inégalités entre filles et garçons dans l’accès à l’éducation.
Ce qu'il faut retenir
- En Guinée, de nombreuses filles évitent l’école pendant leurs règles par manque d’infrastructures adaptées ou de protections hygiéniques.
- Ce décrochage scolaire aggrave les disparités de genre dans le système éducatif guinéen.
- Les absences répétées pendant les menstruations réduisent les chances de réussite académique des jeunes filles.
Ce constat, dressé par Le Monde, révèle une réalité méconnue mais profondément ancrée dans les pratiques sociales et culturelles du pays. D’après le quotidien, les filles préfèrent souvent rester chez elles plutôt que de faire face à l’absence de toilettes propres, de savon ou de serviettes hygiéniques dans les établissements scolaires. Un manque d’infrastructures qui, selon les observateurs, pénalise leur parcours éducatif.
Les chiffres disponibles confirment l’ampleur du problème. Toujours selon Le Monde, près de 40 % des adolescentes guinéennes ont déjà interrompu leur scolarité temporairement en raison de leurs règles. Un taux qui atteint 60 % dans certaines régions rurales, où l’accès à l’eau potable et aux produits d’hygiène reste particulièrement limité. « Les filles n’osent pas en parler, car c’est encore un sujet tabou », a expliqué une responsable d’une ONG locale citée par le journal. « Pourtant, c’est un enjeu de santé publique autant que d’égalité des chances. »
Un cercle vicieux entre pauvreté et déscolarisation
La situation est d’autant plus préoccupante que la Guinée affiche l’un des taux de pauvreté les plus élevés d’Afrique subsaharienne. Dans les familles les plus modestes, l’achat de protections hygiéniques est souvent considéré comme un luxe. Résultat : beaucoup de jeunes filles utilisent des chiffons ou des morceaux de tissu, source potentielle d’infections. Un cercle vicieux se met alors en place : l’absentéisme scolaire limite leurs opportunités économiques futures, ce qui perpétue la précarité de leur foyer.
Selon les données du ministère de l’Éducation guinéen, rapportées par Le Monde, les filles représentent seulement 35 % des effectifs dans les écoles secondaires. Un chiffre qui chute à 20 % dans les zones rurales. Les associations féministes locales pointent du doigt l’absence de politiques publiques ciblées pour résoudre cette crise. « Les infrastructures sanitaires dans les écoles sont insuffisantes, et les enseignants ne sont pas formés pour aborder ce sujet », a déploré une militante, contactée par le quotidien. « Sans changement structurel, la situation ne pourra pas évoluer. »
Des initiatives locales, mais insuffisantes à l’échelle nationale
Malgré ce tableau sombre, quelques initiatives émergent à l’échelle locale pour tenter d’inverser la tendance. Certaines organisations non gouvernementales distribuent des serviettes hygiéniques réutilisables ou organisent des ateliers d’éducation sexuelle dans les écoles. À Conakry, la capitale, des campagnes de sensibilisation ont été lancées pour briser le tabou autour des règles. « Nous avons formé plus de 5 000 filles et garçons en 2025 », a indiqué le directeur d’une association partenaire de l’UNICEF, cité par Le Monde.
Pourtant, ces efforts restent marginaux face à l’ampleur des besoins. Les budgets alloués par l’État à ce problème sont dérisoires, et les programmes scolaires ne prévoient pas de modules obligatoires sur l’hygiène menstruelle. Les experts soulignent que sans une volonté politique forte, les progrès seront lents. « Il faut des investissements massifs dans les écoles rurales et une politique nationale claire », a insisté un économiste spécialiste des questions d’éducation en Afrique de l’Ouest.
En attendant, le combat pour l’égalité des chances dans l’éducation en Guinée passe aussi par une meilleure prise en compte des réalités biologiques des jeunes filles. Un défi qui dépasse largement le cadre scolaire, mais qui en est l’un des piliers.