Selon Courrier International, quelque 25 381 Allemands résident aujourd’hui en Hongrie, une communauté en partie composée d’expatriés d’extrême droite. Die Zeit, qui a mené une enquête de terrain sur plus de 1 000 kilomètres, révèle les motivations de ces Allemands ayant quitté leur pays pour s’installer dans ce pays d’Europe centrale, attirés par le régime de Viktor Orbán.
Ce qu'il faut retenir
- 25 381 Allemands vivent actuellement en Hongrie, selon les statistiques fédérales allemandes.
- Ces expatriés ont choisi la Hongrie pour son conservatisme et sa politique migratoire restrictive, avant même l’arrivée d’Orbán au pouvoir.
- La communauté germanophone, souvent radicalisée autour du militant suisse Ignaz Bearth, s’est installée dans des zones reculées, notamment autour du lac Balaton.
- 3 % de la population hongroise est étrangère, un taux bien inférieur à celui de l’Allemagne, un critère décisif pour ces expatriés en quête d’un « pays comme l’Allemagne d’il y a cinquante ans ».
- Ces expatriés, souvent en rupture avec la société allemande, privilégient l’isolement, le rejet des technologies modernes et, pour certains, l’enseignement à domicile pour leurs enfants.
Une migration motivée par le rejet de l’Allemagne contemporaine
Selon Die Zeit, ces Allemands ont quitté leur pays entre autres pour fuir les politiques sanitaires mises en place pendant la pandémie de Covid-19 et la politique migratoire jugée trop libérale. « Ils cherchaient un pays comme l’Allemagne d’il y a cinquante ans », explique le quotidien allemand. Si certains sont arrivés avant l’accession de Viktor Orbán au pouvoir en 2010, la majorité de ces expatriés ont fait le choix de la Hongrie une fois le régime de l’actuel Premier ministre – désormais remplacé – consolidé.
Leur installation s’est souvent faite dans des villages reculés ou des fermes abandonnées, notamment autour du lac Balaton, une région prisée pour son cadre idyllique et son coût de la vie attractif. Pourtant, comme le souligne Die Zeit, ces expatriés, bien qu’étrangers eux-mêmes, recherchent un environnement où la part des étrangers est infime : seuls 3 % de la population hongroise est étrangère, contre environ 15 % en Allemagne.
Une radicalisation progressive autour de figures militantes
La communauté germanophone en Hongrie s’est progressivement structurée autour de militants d’extrême droite, dont Ignaz Bearth, un Suisse connu pour ses positions radicales. Ce dernier anime un réseau d’expats allemands, jouant un rôle central dans la diffusion de discours politiques au sein de cette diaspora. Anne Ringelstein, une retraitée de 72 ans installée en Hongrie avant l’arrivée d’Orbán, distingue deux profils parmi ces expatriés : « Plus ils immigrent tard, plus ils sont amers. Et plus ils s’éloignent vers le sud du lac Balaton, où la terre devient aride et bon marché, plus ils rencontrent de discours extrémistes de l’AfD », a-t-elle confié à Die Zeit.
Cette radicalisation s’accompagne d’un rejet croissant des institutions allemandes. Certains expatriés ont retiré leurs enfants du système scolaire traditionnel, préférant l’enseignement à domicile ou des structures alternatives, par méfiance envers le système éducatif perçu comme « trop progressiste ». D’autres rejettent les technologies modernes, allant jusqu’à limiter leur accès à Internet ou aux réseaux sociaux, perçus comme des vecteurs de propagande « gauchiste ».
L’isolement, une caractéristique centrale de cette communauté
Au-delà des motivations politiques, c’est l’isolement qui définit le mieux cette communauté. Selon Die Zeit, ces expatriés ont souvent élu domicile dans des zones rurales éloignées, où les interactions avec la population locale restent limitées. Leur méfiance envers les médias traditionnels et leur rejet des nouvelles technologies renforcent cette coupure avec le monde extérieur. « Le fait que des marginaux de tous bords, de gauche ou de droite, jeunes ou vieux, membres de communes ou solitaires, finissent si souvent par se retrouver dans des fermes abandonnées au cœur d’une idylle provinciale, mérite une étude approfondie », note le quotidien.
Cette solitude est d’autant plus marquée que les membres de cette communauté gardent leurs distances avec les autres expatriés. Beaucoup refusent de partager leurs opinions politiques par crainte de la surveillance ou du jugement, créant une dynamique de silence et de repli sur soi. Pour certains, ce choix de vie relève presque d’une rupture radicale avec la société moderne, qu’ils jugent corrompue et décadente.
Le paradoxe d’un pays d’accueil qui n’est plus celui rêvé
Si ces expatriés ont choisi la Hongrie pour son conservatisme et son rejet affiché de l’immigration, l’enquête de Die Zeit révèle un paradoxe : le départ d’Orbán du pouvoir en 2024 a laissé certains d’entre eux désorientés. Le nouveau gouvernement hongrois, bien que toujours marqué par une ligne nationaliste, ne présente plus les mêmes garanties idéologiques que sous l’ère Orbán. Pour ceux qui avaient fait le déplacement pour des raisons strictement politiques, cette évolution soulève des questions sur la pérennité de leur installation.
Les tensions internes au sein de cette communauté se font également sentir. Les plus anciens, comme Anne Ringelstein, observent avec inquiétude l’arrivée de nouveaux expatriés, souvent plus radicaux et plus amers. « Plus ils immigrent tard, plus ils sont amers », résume-t-elle. Cette radicalisation croissante pourrait, à terme, fragmenter une communauté déjà très isolée et peu encline au dialogue avec l’extérieur.
Si cette communauté reste marginale en nombre, son existence interroge sur les dynamiques de l’extrême droite en Europe. Jusqu’où ces expatriés sont-ils prêts à aller pour vivre selon leurs convictions ? Et comment la Hongrie, désormais sous un nouveau gouvernement, va-t-elle gérer cette présence allemande aussi idéologique que discrète ? Autant de questions qui restent pour l’instant sans réponse.
La Hongrie est perçue par ces expatriés comme un pays où les politiques migratoires sont restrictives et où la société est majoritairement homogène. Le taux d’étrangers n’y est que de 3 %, contre environ 15 % en Allemagne. De plus, le régime d’Orbán a longtemps incarné un modèle conservateur et souverainiste, attirant ceux qui rejettent les valeurs libérales de l’Allemagne contemporaine.